François Hollande fait entrer la campagne dans sa phase active

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FRANÇOIS HOLLANDE FAIT ENTRER LA CAMPAGNE DANS UNE PHASE ACTIVE
FRANÇOIS HOLLANDE FAIT ENTRER LA CAMPAGNE DANS UNE PHASE ACTIVE

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Par un discours aux accents "mitterrandiens" ancré à gauche, ciblé contre la finance et saupoudré de touches personnelles, François Hollande a fait entrer dimanche la campagne présidentielle française dans une phase nouvelle.

Pour les analystes interrogés par Reuters, le candidat socialiste attendu au tournant a bien négocié ce premier virage d'où il ressort doté d'une stature qui restait à démontrer.

Les sondages devraient bientôt mesurer le bénéfice qu'aura su tirer le député de Corrèze d'un premier acte à même de bousculer le quatuor de tête qu'il formait jusqu'ici avec un Nicolas Sarkozy pas encore candidat, la présidente du Front national Marine Le Pen et le centriste François Bayrou.

"Tout le monde se demandait s'il allait sortir du flou, certains craignaient qu'il ne soit pas à la hauteur de la fonction présidentielle", rappelle Mariette Sineau, chercheur au Centre national de recherche scientifique.

"Force est de constater que ce fut réussi tant sur la forme que sur le fond, avec un discours qui avait du souffle, où on retrouvait une rhétorique 'mitterrandienne' avec des effets de répétition, la même gestuelle", ajoute cette spécialiste de l'histoire de la gauche.

De l'amour des gens au mépris de l'argent, Le Monde recense ainsi les mimétismes entre François Hollande et l'ancien président François Mitterrand, à l'origine de l'entrée en politique du candidat PS, né dans un milieu plutôt conservateur.

Mariette Sineau fait un parallèle entre le discours du Bourget et "le tournant historique" de celui qui avait installé, le 14 janvier 2007 porte de Versailles, Nicolas Sarkozy en tête de l'opinion jusqu'à la victoire finale.

"IL A SU SURPRENDRE"

Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris Interactive, a noté dans les propos prononcés devant 20.000 personnes enthousiastes "une tonalité plutôt positive".

"On entrevoit peu de faiblesses. L'UMP était d'ailleurs en difficulté pour trouver un angle d'attaque", dit-il, tandis que Mariette Sineau juge "un peu à côté de la plaque" les critiques du ministre de l'Intérieur Claude Guéant sur le "discours d'incantation" du candidat, et le "gigantesque numéro de démagogie" pointé par le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé.

Jérôme Sainte-Marie, directeur du département opinion de CSA, salue une "prestation risquée" de la part d'un candidat qui, étant donné ses bons scores dans les sondages, où il fait la course en tête, "avait plus à perdre qu'à gagner".

"Il a su surprendre, j'ai moi-même été surpris, ce qui n'était pas évident pour un exercice aussi attendu", dit-il.

Le politologue reconnaît que le candidat a su éviter l'écueil d'une "'balladurisation' de sa campagne", c'est-à-dire la tentation d'une non-campagne à la manière de l'ex-Premier ministre Edouard Balladur en 1995 et "le risque de 'jospinisation'" - coller au centre-gauche en oubliant ses électeurs du premier tour, une posture qui avait éliminé Lionel Jospin du second tour au profit du Front national en 2002.

Concentré sur le bilan du président sortant ces dernières semaines, François Hollande a ouvert au Bourget, près de Paris, un chapitre actif en dévoilant 80% du projet dont il donnera derniers détails et chiffrage jeudi à Paris.

"C'était un discours à gauche mais pas trop, car il a quand même rappelé la nécessité d'un retour à l'équilibre des finances d'ici la fin du quinquennat", souligne Mariette Sineau.

"Et il a surpris tout son monde en dévoilant des mesures nombreuses sur l'école, la laïcité, la justice, l'impôt, le logement social ou encore le salaire du président".

LA FINANCE COMME CIBLE

Prononcé à 38 reprises, comme s'est amusé à compter Le Parisien, le mot "égalité" pourrait selon elle toucher "les fragiles qui vivent la crise dans leur chair, pour qui ce discours va probablement faire date et avoir un écho".

Reste à savoir s'il saura convaincre les électeurs du Front national ou du Front de gauche, qui totalisent à eux deux près de 30% des intentions de vote.

Jean-Daniel Lévy remarque que "François Hollande n'est pas allé directement sur le terrain de Nicolas Sarkozy" de la gestion de la crise "en se présentant comme le meilleur pour défendre la République, la Nation, l'égalité, un terrain sur lequel les enquêtes d'opinion disent qu'il est plus fort".

Sans jamais citer le nom du président sortant, le candidat PS a fait du monde de la finance son principal adversaire.

Un discours qui a convaincu Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue.

"Bien que n'étant pas de son bord politique, je suis plutôt en phase avec M. Hollande sur la séparation banque de détail/banque d'investissement, l'interdiction des activités des banques dans les paradis fiscaux et une taxe 'Tobin' généralisée", dit cet ancien dirigeant bancaire. "Cette fois-ci je serais plutôt enclin à voter 'citoyen', estimant que la finance doit servir l'économie et non l'inverse".

Un analyste londonien ayant requis l'anonymat est plus catégorique : "C'est tellement caricatural et populiste qu'on se demande si ce genre de déclaration rend son programme plus crédible", dit-il. "De toute façon on sait que pendant cette campagne, les banques ne seront pas logées à la bonne enseigne".

Avec Emmanuel Jarry et Matthieu Protard, édité par Yves Clarisse

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