François Hollande face à l'obligation d'un rebond

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L'ÉXECUTIF FRAGILISÉ DOIT PANSER LA PLAIE CAHUZAC
L'ÉXECUTIF FRAGILISÉ DOIT PANSER LA PLAIE CAHUZAC

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Miné par la crise et l'affaire Cahuzac, l'exécutif est confronté à une impopularité rarement constatée sous la Ve République et les consultations vont bon train à l'Elysée et Matignon pour chercher les moyens de sortir de l'ornière.

Un calme très relatif règne en cette fin de semaine, au sortir de la pire tempête politique du quinquennat de François Hollande, qui aura un an le 6 mai.

Avec son plan pour la transparence de la vie publique, le chef de l'Etat espère avoir refermé la sombre parenthèse déclenchée par les aveux de l'ancien ministre du Budget sur ses comptes clandestins à l'étranger.

Le président a présenté lui-même ses mesures, mercredi après le conseil des ministres, laissant le Premier ministre assurer le service après-vente auprès des élus puis au micro de RTL.

"Il y aura eu un avant et il y aura un après", a dit Jean-Marc Ayrault jeudi soir, au terme d'une journée de consultations de parlementaires inquiets d'être "jetés en pâture" par la publication de leur patrimoine.

Déjà faibles avant cet épisode, les cotes de popularité du président et du Premier ministre sont tombées largement sous la barre des 30% de satisfaits.

Une enquête BVA pour Le Parisien magazine donne une note générale de 7/20 à François Hollande, que 62% des personnes interrogées jugent incompétent face à une crise ayant rendu le pays "dépressif", selon une formule d'un conseiller élyséen.

BOÎTE À IDÉES

Pour tenter de relancer le quinquennat, la boîte à idées est notamment alimentée par les "hollandais historiques" comme les ministres Michel Sapin et Stéphane Le Foll, aperçus jeudi à l'Elysée .

Vendredi matin à Matignon, c'était au tour des ténors du PS, premier secrétaire Harlem Désir et président du groupe à l'Assemblée Bruno Le Roux compris, d'être reçus avec des ministres à la veille d'un conseil national annoncé houleux.

Tandis que la gauche du PS, relayée par des ministres comme Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, réclame une politique anti-austérité, beaucoup critiquent l'idée de Harlem Désir d'un référendum sur la moralisation de la vie politique.

"Si on veut prendre une claque politique et faire monter le populisme, il n'y a qu'à faire un référendum", ironise une ministre, hostile à "une espèce de chasse aux sorcières contre la gauche social-démocrate".

A l'instar du référendum, l'idée d'un remaniement est toujours officiellement écartée malgré la fragilisation de ministres comme Pierre Moscovici, contraint de démentir quotidiennement d'avoir cherché à protéger Jérôme Cahuzac et auquel Jean-Marc Ayrault a apporté un soutien appuyé.

"Un référendum, c'est un bazooka qu'on ne sort qu'extrêmement rarement, quand les choses se sont calmées", analyse un sénateur ayant l'oreille de François Hollande.

"Et puis il faut garder Jean-Marc Ayrault. Ce n'est pas en pleine tempête qu'on change le lieutenant", ajoute-t-il, imaginant un remaniement "pas avant le printemps ou l'été 2014".

Un statu quo également privilégié par une ministre, pour qui "il faut d'abord panser la plaie Cahuzac, parce que le reste n'est pas audible".

"AUCUN FATALISME"

A l'Elysée, on temporise en affirmant que l'image d'intégrité de François Hollande n'est pas atteinte et que l'impopularité fait partie de la vie politique.

"Endurer l'impopularité, le mécontentement, la colère, c'est le rôle de ceux qui gouvernent, il n'y a pas à se plaindre", souligne un conseiller du président de la République.

"Nous avons appliqué la politique pour laquelle François Hollande a été élu avec la conviction qu'elle va être efficace", ajoute-t-il. "Il n'y a aucun fatalisme, on a engagé des actions qui n'auront des effets que dans un certain nombre de mois".

A part un aller-retour éclair dans son fief de Tulle, en Corrèze, François Hollande ne s'est pas confronté au terrain depuis l'affaire Cahuzac.

Une visite de deux jours prévue cette semaine dans la Drôme et l'Ardèche a été reportée et aucun déplacement n'est prévu dans les jours qui viennent.

Si le président s'est déclaré "blessé" par la "trahison" de Jérôme Cahuzac, le chef de l'Etat reste solide, estime un élu l'ayant soutenu depuis le début de sa course à l'Elysée.

"Rien ne l'atteint, ça glisse sur lui. Il n'a pas le narcissisme exacerbé de certains politiques mais une force de caractère, une vision du pays, du socialisme moderne", dit-il. "Il pourra s'en sortir en agissant sur le plan économique ou par une initiative à l'international".

Pour renouer le contact avec les Français, rien ne vaut le terrain, estime un ministre délégué.

"Il faut poser les actes de façon à rassurer sur la bataille de l'emploi, envoyer des signes concrets", dit-il, privilégiant lui-même les déplacements "dans les zones abandonnées où l'extrême droite fait un bon score".

Malgré le contexte difficile, il assure ne pas rencontrer chez les Français "d'hostilité vis-à-vis du Premier ministre ou du président de la République, mais un vrai désabusement".

Avec Emmanuel Jarry et Julien Ponthus, édité par Patrick Vignal

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  • bordo le vendredi 12 avr 2013 à 18:06

    Moi j'aime bien quand les journalistes retournent leur veste. C'est progressif. au début, ils rendent la monnaie de la déduction d'impôt - il faut bien vivre - et puis ils soutiennent celui qui leur paraît le plus fort, ou qui leur fait vendre le plus de papier (au sens numérique bien sûr) et puis on les sent imperceptiblement qun peu mal à l'aise, lorsque le vent commrence à tourner et puis pouf ! ils lâchent celui qu'ils portaient aux nues d'un seul coup. J'adore.

  • chatnour le vendredi 12 avr 2013 à 17:50

    "il assure ne pas rencontrer chez les Français "d'hostilité vis-à-vis du Premier ministre ou du président de la République, mais un vrai désabusement" ! mais on croit rêver, enfin, ça va lui faire tout drôle quand il pendra au bout d'une corde même s'il n'aura pas trop le temps de souffrir, encore moins d'ailleurs si c'est sur l'échafaud ! De toute évidence, ils appellent la révolution de leurs voeux ? qu'ils se rassurent, elle arrive !

  • morgiou le vendredi 12 avr 2013 à 17:42

    Petite question stupide, 70% de mecontents alors qu'ils ont elu un pantin a 52% de majorite, le bon sens du calcul elementaire est mis a mal.

  • frk987 le vendredi 12 avr 2013 à 17:30

    Quand on ose entrer dans une préfecture par la porte des femmes de ménages lorsque l'on est président, c'est qu'il y a vraiment un très gros malaise, la démission mettrait fin à son calvaire et à celui des français.

  • newwin le vendredi 12 avr 2013 à 17:15

    travail sur le terrain?? faut déja qu il vienne pepere et pas par le sportes dérobées;

  • M3435004 le vendredi 12 avr 2013 à 17:15

    HOLLANDE DEGAGE !

  • M3435004 le vendredi 12 avr 2013 à 17:13

    CHOC DE NORMALITE CHOC DE CONFIANCE CHOC DE FISCALITE CHOC DE SIMPLIFICATION CHOC DE MORALITE CHOC CONTRE LES RICHES CHOC CONTRE LA FINANCE CHOC CONTRE ANGELA CHOC CONTRE LES PARADIS FISCAUX CHOC CONTRE L'HOMOPHOBIE CHOC DE JUSTICE CHOC D'EGALITE ! ALORS IL PEUT BIEN ACCEPTER EN RETOUR LE CHOC D'UN C0UP DE PIED AU C U L !

  • bordo le vendredi 12 avr 2013 à 17:12

    Le problème est que plus personne ne peut le croire. Tout ses délires sont retoqués par le Conseil constitutionnel et seul du sociétal dont personne ne veut est en route. Et il dit qu'il ne savait pas pour Cahuzac ? Tous ceux qui ont eu affaire à lui savaient qu'il était payé au black. Bon admettons que Moscivici n'a pas eu recours à ses services. Mais il est un peu facile de nous faire croire qu'ils ne savaient pô.

  • bordo le vendredi 12 avr 2013 à 16:59

    Trop fort Hollande. Mais moins que Cahuzac. Cahuzac, c'est l'homme qui monte. Pourquoi ? Parce que les français savent avec lui exactement à quoi s'en tenir. Tandis qu'avec Hollande, regardez les ballons d'essais : "stop à la rigueur" Quelle rigueur ? Elle n'a pas eue le début d'un commencement, autrement dit on vous écrase d'impôt on vous dit qu'on va économiser et puis finalement on dépense tout. Cahuzac président !

  • santus le vendredi 12 avr 2013 à 16:54

    Il faut que l'exemple vienne d'en haut et que le président commence par déclarer réellement son patrimoine. Je m'interroge sur sur le montant de ses comptes, comment peut on gagner plus de 250 000€ par an et ne pas avoir de quoi payer les taxes foncière de ses appartements et maison. C'est un bien mauvais gestionnaire ou alors il a oublié, ou son comptable c'est trompé comme lors de l'estimation de sa maison, ou une autre raison !!!