François Hollande entame l'année sociale à front renversé

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FRANÇOIS HOLLANDE ENTAME L'ANNÉE SOCIALE À FRONT RENVERSÉ
FRANÇOIS HOLLANDE ENTAME L'ANNÉE SOCIALE À FRONT RENVERSÉ

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - François Hollande se retrouve en ce début 2014 dans une situation inédite pour un président socialiste: un patronat plutôt bien disposé, des syndicats dubitatifs, voire hostiles, une gauche peu loquace et une droite prise de court.

Le gouvernement s'attache à présenter le "pacte de responsabilité" proposé aux entreprises par le chef de l'Etat lors de ses voeux aux Français comme une "accélération" ou un "approfondissement" de la politique menée jusqu'ici.

Des "éléments de langage" au moins en partie destinés à ménager la gauche de la majorité, très sensible à tout ce qui pourrait ressembler à un virage "social-libéral".

Ce pacte, a expliqué le 31 décembre le chef de l'Etat, "est fondé sur un principe simple: moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d'embauches et plus de dialogue social".

Il a également promis d'en finir avec "les excès" et "les abus" de la Sécurité sociale et de continuer à réduire les dépenses publiques pour pouvoir, à terme, diminuer les impôts.

Il n'en a pas fallu plus pour que des voix critiquent à gauche un "tournant" politique. Mais c'est du côté des syndicats que ce virage a été pour le moment commenté avec le plus de virulence, alors que le contenu du "pacte" est encore flou.

François Hollande lèvera un coin du voile ce jeudi à Toulouse, où il parlera de la mise en oeuvre de mesures de simplification administratives promises en juillet.

Avant d'entrer vraiment dans le vif du sujet lors de sa conférence de presse du 14 janvier et, les jours suivants, lors d'assises de la fiscalité des entreprises.

Le secrétaire général de la CGT a estimé mercredi, sans attendre et sans surprise, que François Hollande reprenait "point par point" le "programme revendicatif" du Medef, principale organisation patronale française.

GATTAZ PRÊT À JOUER LE JEU

"Il vient de façon très claire de trancher en faveur du capital contre l'emploi, le développement social et les salariés", a ajouté, lors de sa première conférence de presse de l'année, Thierry Lepaon, dont le prédécesseur, Bernard Thibault, avait pourtant appelé à voter François Hollande en 2012.

"François Hollande président socialiste? On pourrait discuter", avait pour sa part ironisé mardi son homologue de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly.

Moins sévère, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, n'en a pas moins refusé tout "chèque en blanc" pour les entreprises et souhaité discuter de "contreparties".

"Je veux sortir de cette idée de mano a mano entre le gouvernement et le patronat (...) Je lance un avertissement: il faut que les syndicats soient parties prenantes", a-t-il dit.

La CGT entend aussi apporter sa contribution, a assuré Thierry Lepaon. Mais pour obtenir des conditions aux mesures en faveur des entreprises et des moyens de contrôle, a précisé un autre dirigeant de la CGT, Mohammed Oussédik.

Le président du Medef, Pierre Gattaz, qui adressait un "carton jaune" au gouvernement en octobre, a au contraire salué samedi un projet de "pacte de responsabilité" proche de sa propre proposition de "pacte de confiance".

François Hollande "a montré un cap qui nous va bien", a-t-il déclaré au Monde. "On est prêt à jouer le jeu (...) Nous voulons rebâtir un environnement de confiance avec le président."

Même satisfaction affichée du côté de la CGPME, organisation représentative des petites et moyennes entreprises.

"Nous sommes satisfaits de voir que le président de la République a pris conscience qu'il fallait baisser les charges et simplifier la vie des entreprises", a déclaré à Reuters son président, Jean-François Roubaud. "Il y a urgence."

La CGPME est prête à participer dans un "esprit positif" à l'élaboration du futur "pacte de responsabilité" et aux assises de la fiscalité des entreprises, a-t-il ajouté.

"CHICHE" DIT MOSCOVICI À GATTAZ

La CGPME a fait à ce propos des propositions qui font écho à la volonté du ministre du Budget, Bernard Cazeneuve, de s'attaquer au maquis des "petites taxes" auxquelles sont soumises les entreprises pour un très faible rendement.

Selon elle, 81 taxes ont un rendement annuel inférieur à 5,5 millions d'euros, comme la redevance sur les biocides ou les droits sur l'enregistrement des médicaments à base de plantes.

La CGPME proposera une règle visant à supprimer celles dont le rendement ne serait pas supérieur d'au moins 25% au coût de leur collecte, ainsi que 29 taxes dont le rendement annuel est inférieur à 0,5 million d'euros.

La CGPME refuse cependant de s'engager sur un objectif de création d'emplois. "L'enjeu est de reconstituer les marges de nos entreprises de façon à pouvoir investir en matériel et en hommes. Mais je suis incapable de faire des promesses en matière de nombre d'emplois créés", a dit Jean-François Roubaud.

Pierre Gattaz dit avoir l'assurance de François Hollande que le but des Assises sera bien de "baisser la fiscalité sur les entreprises" et a confirmé que le Medef y participerait.

L'objectif affiché par le Medef -100 milliards d'euros de prélèvements en moins en cinq ans, dont 50 milliards sur le coût du travail, contre la création d'un million d'emplois- semble difficile à atteindre. Mais le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, s'est dit prêt à le prendre au mot -"Je dis chiche".

Il a admis mardi que des "blocages psychologiques" tenant "au niveau des prélèvements obligatoires", au poids des charges et aux contraintes administratives pouvaient entraver la relance de l'investissement par les entrepreneurs. Mais il s'est bien gardé à ce stade de s'engager sur des allègements de charges.

Le président de l'UMP, principal parti de l'opposition, a mis en garde le Medef contre un "piège": "Attention, ne renoncez pas à votre vigilance et à vos exigences pour un plat de lentilles", a lancé Jean-François Copé à l'adresse de Pierre Gattaz lors d'une conférence de presse.

Edité par Yves Clarisse

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  • M2280901 le jeudi 9 jan 2014 à 09:19

    Hollande dégage !

  • msoulie3 le jeudi 9 jan 2014 à 09:13

    Les élites se parlent entre eux. Ils sont contents, ils ont perdu le sens commun et la perception de la réalité - celle du terrain et du vécu -A trop parler ou plutot parlotter ......Le décalage est tel que c'est devenu un autre monde.Que de gachis...Que d'abus de langage, de contre-vérités, d'irréalisme...Seul un séisme peut changer ces mirages.

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