François Hollande, dix-huit mois pour remonter la pente

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FRANÇOIS HOLLANDE ENTAME UNE LONGUE MARCHE POUR REMONTER LA PENTE
FRANÇOIS HOLLANDE ENTAME UNE LONGUE MARCHE POUR REMONTER LA PENTE

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - A dix-huit mois de l'élection présidentielle, François Hollande a déjà entamé, avec une hyperactivité assumée, la longue marche qui, espère-t-il, lui permettra de faire mentir les Cassandre qui lui promettent une élimination dès le premier tour.

Déplacements quasi quotidiens, d'un chantier naval à une banlieue pauvre, interviews tous azimuts, de RTL au Chasseur français, joutes avec le Front national, réception des syndicats de police après un fait divers et visite dominicale lors d'une saisie de cannabis: le président est en campagne.

Son credo : réformer "jusqu'au bout", rassembler et garder le contact avec les Français sur fond d'impopularité record et de résultats économiques poussifs, à commencer par le chômage.

"Hollande va y aller. C'est un optimiste obstiné, qui croit toujours que les astres vont finir par s'aligner. C'est une force énorme", assure un ministre.

En fait-il trop ? On peut le penser, au regard de l'accueil hostile reçu mardi à La Courneuve, à la mesure de la déception de cette banlieue qui avait voté pour lui à 75% en 2012.

"Il serait plus facile de rester à l'Elysée et d'organiser des déplacements aseptisés, sans contact avec la population", rétorque un membre de son entourage. "Le président veut aller voir les Français partout où ils vivent, où ils travaillent."

PIÈCE MONTÉE

Très actif au plan international, où il a engagé militairement la France sur plusieurs théâtres d'opération, le président avait pris de la hauteur au moment des attentats du début de l'année en France. A six semaines des élections régionales, les choses ont évolué pour le "chef de guerre", qui revêt plusieurs fois par semaine son costume de candidat sur le terrain, à la reconquête d'un électorat déboussolé.

"Il n'y a pas un lien mécanique entre ce type de visites et une remontée de la popularité mais ça permet au moins d'essayer de maintenir des fils (...) et de limiter le syndrome de l'isolement qui concerne tout président de la République", dit Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut Ipsos.

"De là à penser que cela permettrait une remontée de la popularité de l'exécutif ou de limiter la défaite aux élections régionales, c'est un pas à ne pas franchir", ajoute le politologue, évoquant un "mécontentement profond" à l'égard du locataire de l'Elysée.

L'hostilité envers la majorité, l'émiettement de la gauche et les divisions du Parti socialiste n'augurent en effet rien de bon pour le scrutin régional des 6 et 13 décembre.

La défaite annoncée pourrait déboucher sur un remaniement ministériel important. Parmi les sortants possibles figurent le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, pressenti à la présidence du conseil constitutionnel, et celui de la Défense, Jean-Yves Le Drian, tête de liste en Bretagne.

François Hollande a les cartes en main. "Si j'étais président de la République, je ferais un remaniement important, mêlant plusieurs générations. Mais je ne suis pas président de la République...", résume une ministre.

Un de ses proches plaide pour une équipe rassemblant tous les courants de la gauche. "Tout le monde doit faire un effort pour la famille. La présidentielle, c'est la communion solennelle. Il faut attaquer la pièce montée pour 2017."

CANDIDAT PAR DÉFAUT ?

Le cap sera alors mis sur l'élection "reine" pour laquelle l'histoire a montré que rien ne pouvait être écrit à l'avance. François Hollande aura d'abord besoin d'une étincelle sur le front du chômage. Selon les derniers chiffres de l'Unedic, la baisse, très limitée, devrait enfin survenir en 2016.

Aux yeux de Claude Bartolone, le meilleur atout de François Hollande est l'absence de désir fort dans le pays. "Personne n'a envie d'avoir Marine le Pen ou Nicolas Sarkozy à l'Elysée, a dit à Reuters le président de l'Assemblée nationale, candidat à la présidence de la région Ile-de-France.

"Dans l'électorat de gauche, il y a certes une insatisfaction au niveau économique mais aussi une attente de Hollande", veut-il croire. "Dans un monde plein d'inquiétudes et d'espérances, c'est celui qui correspond à la situation du pays dans les huit mois qui précèdent l'élection qui l'emporte."

Un autre ministre confirme la thèse d'une candidature par défaut. "Sur les sujets régaliens, notamment les questions militaires, Hollande a une vraie crédibilité. Il se pose aussi en président protecteur, garant du modèle social", dit-il. "En face, vous n'avez que Nicolas Sarkozy qui veut tout casser, et Marine Le Pen."

Pour le Premier ministre, Manuel Valls, la gauche devra, quoi qu'il arrive, insuffler l'idée d'un renouveau.

"A nous de donner envie", dit-il en privé. "L'envie de renouvellement est là à chaque présidentielle. Après, il arrive qu'il n'y ait pas les mêmes acteurs..."

(Avec Ingrid Melander, édité par Yves Clarisse)

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