François Hollande à la conquête du marché chinois

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LES ÉCHANGES COMMERCIAUX ENTRE LA FRANCE ET LA CHINE
LES ÉCHANGES COMMERCIAUX ENTRE LA FRANCE ET LA CHINE

par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - François Hollande tentera jeudi et vendredi de convaincre le nouveau gouvernement chinois d'ouvrir davantage son gigantesque marché aux produits et services français afin de rééquilibrer un commerce extérieur qui n'a plus été excédentaire depuis 2003.

Promis par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault pour 2017, le retour à une balance commerciale équilibrée (hors énergie) ne se fera pas sans un effort considérable sur la Chine qui, avec un solde de 26,5 milliards d'euros en 2012, pèse environ 40% du déficit commercial français.

Même si cette visite d'Etat vise à renforcer toutes les dimensions du partenariat stratégique signé entre les deux pays en 1997, le marché chinois demeure un objectif prioritaire.

Le président français bénéficie d'une fenêtre de tir : la Chine réoriente progressivement son économie vers la consommation intérieure et ne fait plus la sourde oreille aux appels de ses partenaires internationaux, dont la France, à réévaluer sa monnaie.

Un yuan internationalisé et plus élevé sert désormais les intérêts de la Chine dont la classe moyenne, en pleine expansion, a dorénavant les moyens d'importer des produits comme le vin ou les produits du luxe venus de France, mais aussi d'y faire du tourisme, d'y étudier, voire d'y investir.

Cette convergence d'intérêts sert François Hollande, qui s'était engagé durant la campagne présidentielle à plaider pour un taux de change plus équilibré entre l'euro et le yuan, dont le niveau actuel offre, selon Paris, un avantage compétitif excessif aux exportateurs chinois.

Si l'industrialisation à marche forcée de la Chine a particulièrement bénéficié à l'économie allemande, la France pense pouvoir tirer son épingle du jeu dans la transition économique chinoise qui correspond mieux à l'offre française.

"RÉÉQUILIBRAGE PAR LE HAUT

Pour l'entourage de François Hollande, le succès de la visite ne se jugera pas au nombre d'Airbus vendus, un classique presque inévitable des visites françaises ou allemandes en Chine, mais sur l'émergence d'entreprises françaises de taille intermédiaire (ETI) dans des secteurs prometteurs comme l'agroalimentaire, le numérique ou l'environnement.

Les accords que la France espère par exemple signer pour dynamiser sa présence dans la filière porcine chinoise, la plus importante au monde, témoignent des ambitions françaises qui ne se cantonnent plus à ses fleurons traditionnels.

"Nous exportons des reproducteurs (porcins), la semaine prochaine par exemple il y a un avion d'environ 1.000 animaux qui partira mercredi en direction de la Chine", explique Guy Dartois, président de la coopérative bretonne Cooperl.

Le chef d'entreprise, membre de la délégation française à Pékin et Shanghai, explique que la Chine, qui souhaite résoudre ses problèmes sanitaires via une industrialisation de sa filière agroalimentaire, représente un marché majeur pour la France.

Outre les exportations de viandes ou de produits finis, c'est aussi tout le secteur des sciences de la vie, comme la santé animale via les vaccins, qui pourrait profiter du virage qualitatif de l'agro-industrie chinoise.

C'est cette dynamique, transposable à d'autres pans de l'économie chinoise, qui encourage maintenant l'Elysée à évoquer un "rééquilibrage par le haut" des relations commerciales.

Ce pari consiste à miser sur une hausse significative des exportations françaises sans pour autant faire baisser de manière coercitive, via des barrières douanières européennes de type environnementales, les importations chinoises.

DISCRÉTION SUR LES DROITS DE L'HOMME

Premier chef d'Etat occidental à rencontrer le nouveau gouvernement chinois, François Hollande bénéficie de l'image d'une France encore considérée à Pékin comme une puissance politique à vocation mondiale.

La séquence s'annonce d'autant plus prometteuse que les deux pays prévoient de célébrer en 2014, lors d'une visite du président chinois Xi Jinping en France, les 50 ans de relations diplomatiques instaurées par le général de Gaulle, premier dirigeant à l'Ouest à reconnaître le régime communiste de Pékin.

Après une lune de miel diplomatique sous le dernier quinquennat de Jacques Chirac, les relations entre les deux pays se sont dégradées, notamment en 2008 à l'occasion des Jeux olympiques de Pékin, où la question du Tibet a été un sujet de tension entre les deux gouvernements.

Les relations se sont ensuite progressivement apaisées à la fin de la présidence de Nicolas Sarkozy et, comme il l'a fait en Russie, le président français devrait rester relativement discret sur la question des droits de l'Homme ou du Tibet.

Il pourrait néanmoins évoquer en privé avec son homologue chinois des cas individuels de prisonniers transmis par des associations de défense des droits de l'Homme ou certaines revendications d'associations tibétaines, inquiètes de la multiplications des immolations dans la province.

"L'idée c'est d'avoir avec les autorités chinoises nouvelles les meilleurs relations possibles, ce n'est pas de tout de suite commencer à les rendre difficiles", explique-t-on dans l'entourage de François Hollande.

La Chine montre en effet qu'elle porte surtout intérêt aux puissances émergentes, même si François Hollande sera le premier chef d'Etat à rencontrer à Pékin les nouvelles autorités.

Xi Jinping a ainsi choisi la Russie pour son premier voyage à l'étranger depuis son accession officielle à la présidence chinoise le 14 mars et a ensuite effectué une longue tournée sur le continent africain.

Edité par Yves Clarisse

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