François Fillon veut revenir au premier plan, pour longtemps

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FRANÇOIS FILLON ORCHESTRE SON RETOUR POLITIQUE
FRANÇOIS FILLON ORCHESTRE SON RETOUR POLITIQUE

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - François Fillon, dont l'image s'est fissurée lors du conflit pour la présidence de l'UMP, orchestre son retour politique afin de restaurer son crédit auprès des électeurs de droite et préparer la primaire d'investiture présidentielle de 2016.

Avare d'apparitions et déclarations publiques depuis "la guerre des 30 jours", l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy revient à l'avant-scène à la faveur d'un passage au journal de 20 heures de TF1, dimanche, d'une interview au Monde, vraisemblablement lundi et d'un meeting mardi à la Mutualité, salle parisienne qui accueillit le congrès d'investiture des socialistes Lionel Jospin et Ségolène Royal.

Quelques billets sur son blog, de rares "tweets", une allocution à l'Assemblée lors du débat sur le mariage gay, un discours devant les cadres de l'UMP : le "discret" et "solitaire" député de Paris met les nerfs de ses partisans à rude épreuve à force d'incertitudes sur sa stratégie.

François Fillon a assuré ses soutiens parlementaires que sa détermination restait "entière", mais pour quels desseins ?

Les élections municipales de 2014 à Paris, considérées comme une possible rampe de lancement pour la présidentielle de 2017, désormais écartées, reste la question d'une candidature à l'élection-bis pour la direction de l'UMP, en septembre, qui ne sera réglée qu'en juin.

Des proches lui conseillent de ne pas "s'abîmer" dans un nouveau pugilat avec son ennemi intime Jean-François Copé. Il lui faut retrouver son crédit d'"homme d'Etat", dit un élu, "s'élever au-dessus de la mêlée".

"PAS LE GENRE À TOMBER DANS LES OUBLIETTES"

L'équation est compliquée pour François Fillon, qui a révélé des talents inusités de guerrier à l'automne après avoir péché autant par naïveté que par orgueil : une nouvelle empoignade le rebute, mais comment briguer l'Elysée sans l'appui du parti ?

"Chaque expérience vous change. Celle-là, j'aurais préféré m'en passer", a-t-il déclaré le 18 décembre sur France 2 tout en assurant ne pas "regretter" ce combat. L'ambiguïté, toujours.

Dans le baromètre CSA de février, François Fillon gagne deux points à 51% d'opinions positives tandis que le président de l'UMP, Jean-François Copé, n'est qu'à 27% (+2).

"François Fillon apparaît comme peu submersible et il a plutôt creusé l'écart avec Copé. Après, tout dépend de ce qu'il aura à dire", relève Jérôme Sainte-Marie.

"La question, c'est : peut-on durer dans la discrétion ? Il a une stature, il a une image, mais il a tout de même besoin de lui donner régulièrement de la substance", ajoute le directeur général adjoint de l'institut CSA.

Prudence tactique ou "pusillanimité", comme l'en accusent ses détracteurs ? Un ami le défend : "Il n'avance que lorsque son chemin est sûr, mais ce n'est pas le genre à tomber dans les oubliettes. Il n'a jamais raté les occasions de les éviter".

Pour se rappeler au souvenir de l'électorat, François Fillon veut renouer "un dialogue direct" avec les Français en reprenant les déplacements en France, mais aussi à l'étranger, avec l'appui de son club de réflexion France.9 qui devrait être réactivé et rebaptisé.

"LE MENEUR CHARISMATIQUE"

"Les militants de l'UMP, et a fortiori les électeurs de droite, sont fondamentalement bonapartistes : ils suivent le meneur charismatique qui s'impose dans son camp", explique le politologue Thomas Guénolé.

A charge pour l'ancien Premier ministre d'incarner ce leadership face à la concurrence des "quadras" de l'UMP, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire et Xavier, et l'ombre tenace de Nicolas Sarkozy.

"Il a intérêt à s'opposer sans perdre sa stature d'homme d'Etat", estime Jérôme Sainte-Marie.

Gardien de l'orthodoxie budgétaire sous le précédent quinquennat - sa marque de crédibilité - le néo-gaulliste François Fillon entend s'attaquer en priorité à la politique économique de François Hollande à l'heure où retentissent les alarmes de Bruxelles sur les déficits publics français.

"Depuis mai 2012, je n'ai eu de cesse de mettre en garde le gouvernement contre les déséquilibres de sa politique économique et le risque de déclin", écrit-il vendredi dans un communiqué.

"La France doit s'attaquer à ses difficultés structurelles, restaurer ses marges de manoeuvre, et faire le choix de la croissance et de l'emploi", ajoute-t-il dans une préfiguration du "nouveau modèle" de rassemblement qu'il aspire à défendre.

"Je ne mène pas ce combat pour moi", a assuré François Fillon le 18 décembre. "En convaincre les sympathisants de l'UMP, c'est une autre affaire", glisse un "copéiste".

Edité par Yves Clarisse

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