François Fillon, une ambition feutrée

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FRANÇOIS FILLON, UNE AMBITION FEUTRÉE
FRANÇOIS FILLON, UNE AMBITION FEUTRÉE

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Aussi peu disert que Jean-François Copé est prolixe, aussi discret qu'est expansif son adversaire pour la présidence de l'UMP, François Fillon, "le numéro deux", brigue désormais les premiers rôles avec l'ambition d'incarner la reconquête en 2017.

Remisé au rang de "collaborateur" par Nicolas Sarkozy trois mois après sa nomination à Matignon en mai 2007, l'ex-Premier ministre aura pourtant recueilli les fruits de sa ténacité et de sa constance en restant à son poste jusqu'au terme d'un "quinquennat tonitruant".

A 58 ans, le Sarthois, qui a construit son image en contrepoint de Nicolas Sarkozy, dispute à l'ancien président le coeur des sympathisants de droite dans les enquêtes de popularité.

"Il n'y a pas eu de couple qui se soit aussi bien entendu dans la Ve République. On était différents. Heureusement qu'on était différents, les deux mêmes ça aurait été insupportable", confiera Nicolas Sarkozy après la défaite du 6 mai.

"Habité" par l'impériosité de la réforme face à un pouvoir socialiste qui précipite selon lui la France dans l'abîme, François Fillon, un gaulliste social qui a toujours inspiré la méfiance des chiraquiens, entend désormais "partir à l'assaut".

Au fil des meetings qui lui ont appris à fendre l'armure, lui le solitaire au flegme britannique, il a raconté cette "force intérieure" née de la défaite et soigné "le déficit d'affect" qui lui reprochent ses détracteurs.

"J'ai songé à prendre du recul, mais mon devoir m'a rattrapé au vol. 'Ne lâchez pas', me disiez-vous. Je n'ai pas lâché, je ne lâche rien!", répète-t-il devant des militants conquis qui le dépeignent comme "un homme d'Etat sérieux, rassurant", "une sorte de Pompidou".

Une description qui irrite Jean-François Copé : "Homme d'Etat, c'est pas pour moi. En revanche, la 'droitisation', l'extrême droite, le FN, Hitler, c'est pour moi".

"UN BEAU-FRÈRE UN PEU FOUTRAQUE"

"Le personnage de Fillon est sympathique aux gens. Ce n'est pas le genre à tomber dans les oubliettes, il n'a jamais raté l'occasion de les éviter", témoigne son ami Jean de Boishue.

Ce pilote de Formule 3000, qui négocie les tournants avec autant de sang-froid en politique que sur les circuits, a forgé son ambition pour la présidentielle de 2017 au fil des chausse-trapes du quinquennat écoulé.

Un ancien ministre sarkozyste raconte : "Au moment de la crise, c'était un poids dans ce bateau en grand tangage. Son 'self-control' impressionnait". "Il a eu le courage de faire face aux conseillers de Sarkozy, ils étaient très excités au début, (Henri) Guaino enfourchait Pégase à chaque fois".

De fait, les relations avec Nicolas Sarkozy ont été tendues au plus fort de "l'hyperprésidence" et chroniquées en termes guerriers par les médias. Corseté à Matignon, François Fillon a pourtant cultivé une popularité humiliante pour l'ancien président en gardien de l'orthodoxie budgétaire.

Les premiers pas vers la rigueur, en 2011, ce fut en partie lui, qui avait diagnostiqué un "Etat en faillite" dès septembre 2007 et regrette aujourd'hui de n'avoir pu aller plus loin.

"J'ai essayé de faire avancer certaines idées. J'ai réussi pour certaines, pas pour d'autres", confiait-il en août dans Le Point, amorçant une rupture en pointillés avec Nicolas Sarkozy.

Un autre de ses ministres témoigne du "mélange d'exaspération et d'affection" qui présidait à ses relations avec Nicolas Sarkozy. "Il parlait de Sarkozy presque en blaguant, comme dans une famille on parle d'un beau-frère un peu foutraque sur le mode 'On ne le refera pas'".

HONNI PAR LA "CHIRAQUIE"

C'est autant par conviction que par rancoeur envers les chiraquiens que François Fillon rallia Nicolas Sarkozy, furieux de son éviction du gouvernement en juin 2005. Car l'homme tient de ses origines basques un orgueil féroce.

"De Chirac, on ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes", avait-il lancé en 2005.

Dans un ouvrage paru en octobre 2006, "La France peut supporter la vérité", François Fillon dresse un réquisitoire cruel de "l'immobilisme des années Chirac". Les chiraquiens, dont Jean-François Copé, ne lui ont pas pardonné.

Si François Fillon manie plus la dague florentine que la hallebarde, sa pugnacité n'en est pas moins vive.

"Fillon est plus consensuel, mais quand il s'y met, il sait cogner. Cela dit, il n'a pas forcément été celui qui était le plus en première ligne", glisse un proche de Nicolas Sarkozy. Une réputation de sournoiserie et de pusillanimité que prennent soin d'entretenir ses adversaires.

Un ami dément : "Vous ne pouvez pas reprocher à François Fillon d'être passé sur plusieurs cadavres. C'est un type extrêmement réglo, il renvoie les ascenseurs".

Initié à la politique par son mentor Joël Le Theule, député RPR de la Sarthe, François Fillon a siégé dès 1981, à 27 ans, sur les bancs de l'Assemblée. En 1980, il épouse une Galloise, Penelope, dont il aura cinq enfants. Trois ans plus tard, il conquiert la mairie de Sablé-sur-Sarthe dont il fera son fief électoral et se rapproche de Philippe Séguin.

François Fillon a fait ses premiers pas ministériels en 1993 dans le gouvernement de cohabitation d'Edouard Balladur, où Jean-François Copé occupait un poste de directeur de cabinet, au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Il fut l'un des rares "balladuriens" à échapper à la vindicte chiraquienne après la présidentielle de 1995. Il est nommé ministre des Technologies de l'information et de la Poste, puis ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l'Espace sous Alain Juppé.

En mars 2004, il subit aux régionales sa première défaite électorale en 23 ans de carrière.

Accusé par Jean-François Copé d'être le candidat des "barons", François Fillon a choisi de se faire élire après la défaite du 6 mai dans la 2e circonscription de Paris, où on lui prête - aussi - des ambitions municipales.

"François n'avance que lorsque son chemin est sûr", souligne Jean de Boishue.

Edité par Yves Clarisse

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