François Fillon emprunte des chemins détournés pour l'Elysée

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par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Il voulait "casser la vaisselle" pour conquérir l'Elysée, François Fillon s'attache aujourd'hui à recoller les morceaux.

L'ancien Premier ministre, qui a dérouté plus d'un soutien par ses propos sur le Front national et ses attaques contre Nicolas Sarkozy, met officiellement en sourdine ses ambitions présidentielles pour se consacrer aux élections municipales.

Malgré une mini-tournée toute présidentielle au Sénégal puis en Côte d'Ivoire entamée jeudi à Dakar dans une relative discrétion, le député UMP de Paris "accélère" la semaine prochaine, selon son service de communication, dans son "tour de France de la reconquête" lancé en mai loin des caméras.

Après une halte lundi à la permanence de Philippe Goujon, président de la fédération UMP de Paris, il enchaînera les déplacements : mardi à Nantes (Loire-Atlantique), dans les Alpes-de-Haute-Provence mercredi, dans les Pyrénées-Atlantiques et en Gironde jeudi, où il fera meeting commun avec Alain Juppé, avant Angoulême (Poitou-Charentes) vendredi.

Accusé - par Jean-François Copé au premier chef - de négliger le combat crucial des municipales au profit de son intérêt personnel, François Fillon orchestre la réplique pour démentir ses détracteurs tout autant que rassurer ses partisans. Et ne pas s'aliéner sa famille politique.

"La course en solitaire", "La mauvaise passe"...: la presse a chapitré le député pour sa désarmante stratégie, tout comme les Français et les sympathisants UMP qui l'ont sanctionné dans les sondages en le rétrogradant loin derrière Nicolas Sarkozy.

Dans un sondage Ifop pour Atlantico diffusé vendredi, seuls 7% des sympathisants UMP le plébiscitent pour la présidentielle de 2017, derrière Alain Juppé (13%) et Nicolas Sarkozy (60%).

LA SORTIE DU VIRAGE

François Fillon a senti le vent tourner.

"Il a coutume de dire qu'il ne faut pas regarder l'entrée, mais la sortie du virage, mais là, il y a eu des embardées qui nous ont surpris, je ne le cache pas", confie un "filloniste".

"L'embardée", c'est ce parallèle - "absolument pas compris", selon l'intéressé - entre le sectarisme présumé du Parti socialiste et du Front national qu'il a dressé le 8 septembre sur Europe 1. Il avait alors appelé à voter pour "le moins sectaire" des candidats dans l'hypothèse de duels municipaux entre PS et FN.

Ses explications à éclipses sur ce qu'il reconnaît désormais comme une "maladresse" ont brouillé le discours "de vérité" et "de rassemblement" dont il a fait un talisman pour 2017, alors que son rival en puissance, Nicolas Sarkozy, instille un plaidoyer pour une "ouverture" nouvelle manière.

"Fillon pense que les politiques, majorité comme opposition, sont inaudibles actuellement, mais son silence a alimenté l'ambiguïté sur l'extrême droite", regrette un élu de "Force républicaine", le parti de l'ancien Premier ministre.

"Fillon, c'est un type très seul, qui fonctionne en solo", plaide un ami. "S'il ne nous associe pas plus, seul, il le deviendra vraiment", souligne le même élu, citant l'exemple de Christian Estrosi qui a quitté l'équipe pour crime de lèse-Sarkozy.

"IL FAUT ALLER AU COMBAT SUR LE TERRAIN"

Dans une rare esquisse d'autocritique face au philosophe Michel Onfray sur France 5 le 13 novembre, François Fillon a invité à sortir du "confort" et des "réponses automatiques" face à la progression du FN pour briser les frontières électorales.

"Moi-même, j'ai dû me laisser aller de temps en temps à ce travers", a-t-il confié à propos de la "droitisation" de l'UMP, qu'il réprouve.

Pour lui, l'enjeu n'est pas tant de durcir son discours que de "changer d'attitude" à l'égard des électeurs de Marine Le Pen qui "expriment un malaise, une douleur, un cri de rage".

"Il faut aller au combat sur le terrain pour convaincre ces gens", répète-t-il.

Le pourfendeur des déficits qui préfère "les décisions qui sauvent" aux "paroles qui plaisent" est donc revenu à des postures plus classiques.

Mardi, lors de l'examen du projet de loi de programmation militaire à l'Assemblée, il a pris la parole pour dénoncer une dégradation "inconnue jusqu'alors" de l'appareil de défense.

"Nos soldats ne manifestent pas, ne démolissent aucun portique, ne discutent aucun ordre, mais vous devez savoir que le coeur de ces hommes de devoir est aujourd'hui serré", a-t-il lancé, dans un registre qu'on ne lui connaît guère.

Lors des déplacements à venir, il veut continuer à construire "une relation de confiance avec les Français" en écoutant leurs doléances. Il lui reste près de trois ans pour relever ce pari exigeant. "C'est très long, mais aussi très court en politique", relève un politologue.

Il y a peu, l'un de ses partisans l'interpellait sur son blog : Il faut "labourer, labourer, votre sillon en allant rencontrer ceux qui sont la France. C'est ce que J Chirac avait fait en son temps". Après deux échecs à la présidentielle.

Edité par Yves Clarisse

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