François Chérèque exclut de passer du syndicalisme à la politique

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PAS DE POLITIQUE APRÈS LA CFDT POUR FRANÇOIS CHÉRÈQUE
PAS DE POLITIQUE APRÈS LA CFDT POUR FRANÇOIS CHÉRÈQUE

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - François Chérèque s'est déclaré mercredi "soulagé" d'avoir rendu publique sa décision de quitter la tête de la CFDT et a exclu de suivre l'exemple de son père Jacques, un des responsables du syndicat dans les années 1980, en se lançant dans la politique.

"Je l'exclus totalement, l'avenir ne sera pas politique, c'est pas possible", a dit lors d'une conférence de presse le secrétaire général de la CFDT, alors que Jacques Chérèque avait prolongé sa carrière en devenant ministre de l'Aménagement du territoire de François Mitterrand entre 1988 et 1991.

Vingt-quatre heures après avoir annoncé qu'il mettrait fin en novembre à son mandat de secrétaire général de la deuxième centrale syndicale française, il a plaidé pour le "non cumul des mandats" dans le temps.

"Je suis plutôt soulagé d'avoir annoncé cette décision", a-t-il dit.

S'il a décidé il y a un an du principe de ne pas attendre le prochain congrès de la CFDT, en 2014, pour quitter des fonctions qu'il occupe depuis 2002, c'est début juillet qu'il a choisi la date de son départ, l'assemblée générale de la CFDT prévue les 28 et 29 novembre.

La mise en orbite de son successeur, Laurent Berger, avec qui il travaille étroitement depuis trois ans et qui a été élu cette année secrétaire général adjoint, s'inscrivait dans cette logique. Le calendrier politique, avec une alternance à gauche après dix ans de gouvernement de droite, l'a renforcée.

François Chérèque n'avait jamais caché son souci de ne pas faire le mandat de trop.

"Au bout de 10 ans, on est un peu cuit", a-t-expliqué mercredi en soulignant que, permanent syndical depuis 25 ans, il se posait toujours la question de savoir s'il était toujours "dans la réalité des choses".

UNE CFDT "AUTONOME" DU POUVOIR

"Ce qui fait que je plaide contre le cumul des mandats, et contre le cumul des mandats dans le temps", dit-il, dans une allusion voilée au débat qui secoue le monde politique.

"Je voulais mettre en phase mes pensées sur ce sujet et mes actes : pour moi, c'est une question d'éthique et je pense que, dans la société française, le renouvellement du débat public ne se fait pas assez", a-t-il indiqué.

Interrogé sur son bilan, il a estimé qu'il revenait aux militants de la CFDT de s'arroger un droit d'inventaire.

S'il a un regret, c'est d'avoir signé l'accord sur les déficits de l'Unedic qui, en réduisant la durée d'indemnisation, avait exclu d'un seul coup du système 265.000 chômeurs début 2004. Le tollé provoqué et des décisions de justice avaient amené les pouvoirs publics à reculer sur le sujet.

"On a fonctionné comme des gestionnaires de droits indépendamment de la réalité des gens concernés", dit-il.

François Chérèque ne regrette pas en revanche d'avoir signé l'accord sur les retraites de 2003, qui a valu à la CFDT d'être ostracisée par d'autres syndicats et les partis de gauche.

Il note avec satisfaction que le gouvernement socialiste a repris à son compte le principe acté par cet accord, qui avait été remis en cause par la réforme de 2009, à savoir que la durée de cotisations doit primer sur l'âge de départ à la retraite.

Interrogé sur ses relations avec le nouveau pouvoir, il a relevé que "les alternances politiques avec la gauche, ça commence toujours bien avec la CFDT et ça finit toujours mal."

Et s'il s'abstient de toute critique sur sa politique, c'est que "le moment des grandes décisions n'est pas arrivé".

François Chérèque rappelle que l'image du syndicat avait souffert de sa proximité avec la gauche en 1981 et qu'il s'abstient bien aujourd'hui de donner une consigne de vote aux élections nationales. Pour lui, la CFDT doit rester elle-même et garder sa capacité d'engagement et de critique.

La promotion de Laurent Berger devrait selon lui rendre les choses encore plus claires : "Je pense que Laurent sera plus à même de montrer une forme d'autonomie vis-à-vis de ce pouvoir politique. Je ne vous cache pas que je vis sous le sceau de fils d'ancien ministre socialiste qui, inévitablement dans ce débat, pourrait revenir en boomerang même si ça aurait été injuste."

Educateur spécialisé dans un hôpital au début de sa carrière, il se voit bien à 56 ans revenir dans les milieux sociaux-sanitaires "d'une façon ou d'une autre".

Mais alors que des informations de presse le donnaient cet été partant pour la présidence d'Emmaüs, il a indiqué que ces fuites avaient provoqué des débats au sein de l'organisation et que cette piste était abandonnée.

édité par Yves Clarisse

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