François célèbre la messe place de la Révolution à La Havane

le , mis à jour à 17:42
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* "Ne pas servir les idées mais les personnes", dit le pape dans son homélie * Des dizaines de milliers de fidèles réunis sur la place de la Révolution à La Havane * Des opposants empêchés de rencontrer François (Actualisé avec homélie § 1-2-5-6-7) par Daniel Trotta et Philip Pullella LA HAVANE, 20 septembre (Reuters) - Le pape François, en visite à Cuba, a célébré la messe dimanche matin devant des dizaines de milliers de fidèles réunis sur la place de la Révolution, au coeur de La Havane, délivrant un message spirituel mais aussi politique. Dans son homélie, le chef de l'Eglise catholique a ainsi mis en garde contre les dangers de la puissance et de l'idéologie lorsqu'elles excluent. Le temps d'un dimanche, l'imposante place où les Cubains fêtent le 1er mai sous les immenses portraits d'Ernesto "Che" Guevara et Camilo Cienfuegos s'est transformée en cathédrale à ciel ouvert devant les façades des bâtiments du gouvernement communiste. Un poster géant du Christ avait été déployé pour l'occasion. Le gouvernement de Raul Castro s'enorgueillit de la visite du pape, présent quatre jours sur cette île à très forte tradition catholique. Dans son homélie, dimanche, François a insisté sur le sens chrétien du service qui, a-t-il dit, "n'est jamais idéologique. Il ne sert pas les idées mais les personnes". Il a également mis en exergue "la tentation du 'service' qui se sert des autres, qui vise comme intérêt le bénéfice des miens, au nom de ce qui est nôtre et qui génère une dynamique d'exclusion". "Ne négligez pas le service de vos frères les plus fragiles pour des projets qui peuvent être séduisants, mais qui se désintéressent du visage de celui qui est à côté de vous", a-t-il observé. PERSÉVÉRER SUR LA VOIE DE LA RÉCONCILIATION Dès son arrivée samedi, le pape avait donné un tour politique à son voyage apostolique, exhortant Washington et La Havane à "persévérer sur la voie de la réconciliation" qu'il a largement contribué à initier et réclamant davantage de liberté pour l'Eglise catholique dont la puissance émerge peu à peu après des décennies de répression mais se heurte aussi à la forte présence de la Santeria, un culte afro-cubain majoritaire parmi les onze millions de Cubains. (voir ID:nL5N11Q00Y ) Une foule immense, brandissant des drapeaux cubains avait accueilli samedi le premier pape latino-américain de l'histoire, également le premier à s'adresser aux Cubains dans la langue qu'ils partagent, le castillan. Pour un grand nombre d'entre eux, le pape François est aussi celui qui a réussi à convaincre Washington et La Havane d'ouvrir des discussions diplomatiques qui ont abouti cet été au rétablissement des relations diplomatiques entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide et pourraient à terme permettre de sortir l'île de son isolement. "François est venu donner sa bénédiction à la nouvelle union entre Cuba et les Etats-Unis", affirme Enrique Mesa, un Cubain de 32 ans employé dans le secteur du tourisme rencontré dimanche sur la Plaza de la Revolución, où certains sont arrivés en pleine nuit, six heures avant le début de la messe, qui était programmé à 09h00 (13h00 GMT). Mardi, l'évêque de Rome s'envolera pour les Etats-Unis où il rencontrera le président américain Barack Obama et s'adressera notamment au Congrès américain et à la tribune des Nations unies. "NOUS N'ATTENDONS PAS GRAND CHOSE" Si le gouvernement cubain espère que François condamnera l'embargo économique américain, qui reste en place puisque seul le Congrès peut formellement le lever, il risque également de subir des critiques contre sa politique répressive. Les autorités ont arrêté trente à quarante dissidents pour les empêcher d'assister à la visite du pape. D'autres ont été menacés ou avertis, selon Elizardo Sanchez, chef de file de la Commission cubaine des droits de l'homme et de la réconciliation nationale. Parmi eux, trois dissidentes ont été empêchées de rencontrer le pape, a déclaré Berta Soler, dirigeante du mouvement des Dames en blanc. Au lieu de rencontrer le pape à la nonciature, Berta Soler, Miriam Leyva et Martha Beatriz Roque ont été retenues dans un commissariat plusieurs heures durant. "Le Saint Père ne va pas changer quoi que ce soit à Cuba", a dit Berta Soler. "Nous n'attendons pas grand chose de François parce qu'il vient ici pour discuter de sujets politiques entre Cuba et les Etats-Unis, pas pour résoudre quoi que soit." (avec Nelson Acosta; Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français)

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