Francis Heaulme pourrait retourner devant les assises

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FRANCIS HEAULME POURRAIT COMPARAÎTRE POUR UN DOUBLE MEURTRE INITIALEMENT IMPUTÉ À PATRICK DILS
FRANCIS HEAULME POURRAIT COMPARAÎTRE POUR UN DOUBLE MEURTRE INITIALEMENT IMPUTÉ À PATRICK DILS

STRASBOURG (Reuters) - Les meurtres de deux enfants en 1986 en Lorraine, jadis imputés à un adolescent de 16 ans, Patrick Dils, pourraient faire l'objet d'un quatrième procès, avec cette fois comme accusé le tueur en série Francis Heaulme, mis en cause par une contre-enquête.

Le procureur général de Metz Jacques Pin a annoncé au quotidien Le Républicain Lorrain qu'il demanderait le renvoi de Francis Heaulme devant les assises. La réponse finale appartiendra à la chambre de l'instruction. Si elle accepte, le procès se tiendrait sans doute en 2014.

"L'analyse du second supplément d'information a conduit à prendre des réquisitions de renvoi à l'encontre de Francis Heaulme", dit le procureur général au quotidien.

Alexandre Beckrich et Cyril Beining, âgés de huit ans tous deux, avaient été tués, le crâne fracassé à coups de pierre, le 28 septembre 1986 sur le talus d'une voie ferrée à Montigny-les-Metz, près de Metz.

Ginette Beckrich, grand-mère de la première victime, a dit sur BFM TV ne pas croire à la culpabilité de Francis Heaulme et a réaffirmé comme lors des trois premiers procès qu'elle voyait toujours Patrick Dils comme le coupable.

"Nous n'avons pas d'éléments suffisants pour dire que Francis Heaulme est le coupable de cette affaire", a dit son avocat Dominique Rondu. La famille Beining ne s'exprime plus. Francis Heaulme nie les faits.

Ce crime avait été initialement imputé à Patrick Dils, condamné à perpétuité en 1989. Après l'arrêt ordonnant de réviser l'affaire - une décision rarissime - un premier procès en révision à huis clos avait abouti, à la surprise générale, à une nouvelle condamnation à 25 ans de détention en 2001.

Patrick Dils avait été finalement acquitté en appel en 2002 et libéré après quinze années passées en prison.

LA PRÉSENCE DE HEAULME AVÉRÉE

La présence avérée de Francis Heaulme sur les lieux du crime ainsi que de nombreux autres indices laissant penser que le tueur en série pouvait en être l'auteur, avaient été déterminants dans la décision de révision.

Celui que l'on a surnommé le "routard du crime" est en prison depuis 1992 et purge à 53 ans sept condamnations pour des meurtres dont deux à perpétuité.

Il a été mis en examen le 9 juin 2006 dans le cadre d'une nouvelle instruction sur l'affaire de Montigny-lès-Metz mais a bénéficié un an et demi plus tard d'une ordonnance de non-lieu d'un juge d'instruction.

Le parquet en a fait appel, obtenant le 26 juin 2008 un supplément d'information portant notamment sur l'audition de plusieurs témoins et ordonnant une expertise sur les photos des cadavres des victimes.

Plusieurs éléments figuraient déjà dans le dossier sur Francis Heaulme, rattaché initialement à l'affaire par une déclaration spontanée de sa part au gendarme qui a retracé ses crimes, Jean-François Abgrall.

Lors d'une contre-enquête menée avant la révision du procès Dils, les gendarmes ont cru voir sa "quasi signature criminelle" dans le mode opératoire du crime. Il a en effet déjà tué avec des pierres et a déjà été condamné pour un meurtre d'enfant.

Les gendarmes ont établi qu'il travaillait à 400 mètres des lieux du crime, qu'il avait été hospitalisé juste après les faits à la suite d'une crise d'alcoolisme similaire à celles ressenties après d'autres meurtres.

Tout en niant les avoir tués, Francis Heaulme a aussi dit dans toutes ses dépositions sur l'affaire qu'il avait vu les enfants qui, ajoutait-il, lui avaient jeté des pierres. Deux témoins l'ont vu couvert de sang le jour des faits.

Patrick Dils, mis en cause par des aveux au moment de l'affaire, a été acquitté en raison des problèmes de méthode policière apparus lors de la révision et de divers points, notamment une question d'horaire qui pourrait exclure totalement sa présence sur les lieux du crime au moment des faits.

Patrick Dils, qui a refait sa vie depuis sa sortie de prison, n'a pas fait de déclaration dans l'immédiat sur ce nouveau développement.

Il avait dit en 2008, au moment du nouveau supplément d'information qui aboutit aujourd'hui, qu'il souhaitait que la "boucle soit bouclée" et qu'on trouve le coupable.

Gilbert Reilhac, avec Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal

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