Francis Heaulme aux assises pour un double meurtre

le
0
FRANCIS HEAULME DEVANT UNE COUR D'ASSISES POUR LES MEURTRES DE MONTIGNY-LÈS-METZ
FRANCIS HEAULME DEVANT UNE COUR D'ASSISES POUR LES MEURTRES DE MONTIGNY-LÈS-METZ

par Gilbert Reilhac

STRASBOURG (Reuters) - Francis Heaulme sera jugé en cour d'assises pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz (Moselle), crime qui fut imputé à Patrick Dils, innocenté après 15 ans de prison, a-t-on appris jeudi de source proche du dossier.

Cette décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Metz, conforme aux réquisitions du parquet, ouvre la voie à un quatrième procès dans cette affaire hors normes vieille de bientôt 27 ans.

L'avocate de Francis Heaulme, Me Liliane Glock, a indiqué son intention de se pourvoir en cassation, dans une interview sur internet du quotidien 20 Minutes, précisant qu'elle devait d'abord en discuter avec son client.

Les corps d'Alexandre Beckrich et de Cyril Beining, deux garçons de huit ans, avaient été retrouvés dans la soirée du 28 septembre 1986 le crâne fracassé à coups de pierre sur le talus d'une voie ferrée proche de leur domicile, dans la banlieue de Metz, où ils étaient venus jouer.

Patrick Dils, âgé de 16 ans au moment des faits, avait été condamné à la réclusion à perpétuité, en 1989, pour ces crimes qu'il avait avoués - comme deux autres suspects avant lui - avant que son affaire ne soit révisée, une procédure tout à fait exceptionnelle.

Condamné à nouveau à 25 ans de réclusion par la cour d'assises de la Marne, Patrick Dils a été finalement acquitté en appel à Lyon, en avril 2002.

"C'est bien pour les familles des victimes mais aussi pour moi car je veux savoir ce qui s'est passé sur ce talus le 28 septembre 1986 et pourquoi j'ai perdu quinze ans de ma vie dans cette procédure", a réagi Patrick Dils au micro d'Europe 1.

Mais "quel que soit l'individu, on n'a pas le droit de dire qu'il est coupable. Il doit bénéficier de la présomption d'innocence jusqu'à la fin", a ajouté celui qui a refait sa vie dans le sud-ouest de la France.

La présence avérée de Francis Heaulme sur les lieux du crime ainsi que de nombreux autres indices laissant penser que le tueur en série pouvait en être l'auteur avaient été déterminants dans la décision de révision de son procès.

Ni aveux, ni preuve matérielle ne viennent cependant étayer la thèse de la culpabilité du tueur en série tandis que la destruction des scellés interdit toute recherche d'empreintes génétiques.

UN MODE OPÉRATOIRE ÉQUIVALENT

Surnommé "Le routard du crime", Francis Heaulme est en prison depuis 1992 et purge, à 54 ans, sept condamnations pour des meurtres, dont deux à perpétuité.

Il travaillait non loin du lieu où ont été tués les deux enfants, a reconnu être passé près du talus ce jour-là, disant même avoir vu les enfants qui lui auraient jeté des pierres. Deux pêcheurs affirment l'avoir croisé le même jour, le visage ensanglanté.

Lors d'une contre-enquête menée avant la révision du procès Dils, les gendarmes ont cru percevoir sa "quasi signature criminelle" dans le mode opératoire du double meurtre. Il a déjà tué avec des pierres et a déjà été condamné pour un meurtre d'enfant.

Mis en examen le 9 juin 2006 dans le cadre d'une nouvelle instruction sur l'affaire de Montigny-lès-Metz, Francis Heaulme avait pourtant bénéficié un an et demi plus tard d'une ordonnance de non-lieu d'un juge d'instruction.

Fait inhabituel, le parquet, qui n'avait pas requis son renvoi devant les assises, a suivi la famille de Cyril Beining dans son appel, obtenant le 26 juin 2008 un supplément d'information portant notamment sur l'audition de plusieurs témoins et ordonnant une expertise sur les photos des cadavres des victimes.

Il semblerait, selon diverses sources, dont des éléments du dossier qui ont filtré dans la presse régionale, que le changement d'attitude du parquet soit dû plutôt à une relecture du dossier qu'à l'apparition de nouveaux éléments déterminants.

La famille d'Alexandre Beckrich, qui restait persuadée de la culpabilité de Patrick Dils et n'avait pas fait appel, s'est néanmoins félicitée de la décision de la cour d'appel par la voix de Me Thierry Moser, son nouvel avocat, qui a précisé qu'elle serait partie civile dans un futur procès.

"La famille Beckrich a évolué. Elle ne dit pas aujourd'hui que le coupable, c'est Francis Heaulme, mais elle dit qu'il se pourrait que ce soit lui", a-t-il dit à Reuters.

"Je pense qu'il y a contre Francis Heaulme des charges sérieuses. Il doit au moins subir un procès criminel au cours duquel il y aura des débats contradictoires étoffés", a-t-il ajouté.

Edité par Sophie Louet et Patrick Vignal

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant