France-Vote décisif après le désaveu sur la révision constitutionnelle

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    * L'article 2 voté sur le fil à l'Assemblée 
    * L'hostilité monte à gauche et à droite 
    * Hollande défend un texte de protection, de rassemblement 
    * Le Congrès en péril? 
 
    PARIS, 10 février (Reuters) - L'adoption de justesse de 
l'extension de la déchéance de nationalité mardi soir par des 
députés de gauche et de droite très divisés menace la révision 
constitutionnelle voulue par François Hollande et sonne comme un 
désaveu pour le chef de l'Etat et son Premier ministre.  
    Le président a réaffirmé mercredi en conseil des ministres 
son souhait de voir la réforme votée à l'Assemblée en soulignant 
que ce texte contesté avait pour vocation de "protéger les 
Français" et d'"assurer le rassemblement et l'unité nationale", 
a rapporté le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. 
    L'article 2 qui prévoit la déchéance a été adopté avec une 
marge de seulement 14 voix (162 voix contre 148) malgré les 
mises en garde répétées de Manuel Valls à son camp sur le risque 
de fragilisation du président.  
    Ce vote et le rejet par 145 voix contre 108 députés, dont 87 
députés socialistes, d'un amendement d'Olivier Faure (PS) qui 
transformait la déchéance de nationalité en une déchéance 
nationale ont mis en lumière une opposition dans les rangs 
socialistes plus large qu'escompté et une division des 
Républicains plus profonde qu'il n'y paraissait, alors que leur 
président, Nicolas Sarkozy, avait appelé à voter le texte. 
    Ainsi, en ce qui concerne le vote sur l'article 2, 119 
députés socialistes ont voté pour, 92 ont voté contre et dix se 
sont abstenus; 32 députés "Les Républicains" ont voté pour et 30 
ont voté contre tandis que six se sont abstenus. 
    Le groupe UDI a majoritairement voté pour alors que celui 
des écologistes a massivement voté contre, tout comme celui du 
Front de gauche. Celui des radicaux de gauche s'est divisé en 
votes pour, contre et abstention. 
     
    L'"INCONFORT PHILOSOPHIQUE" DE MACRON 
    L'issue du vote solennel du texte de révision 
constitutionnelle, prévu à 16h15 (15h15 GMT) ce mercredi à 
l'Assemblée, dira si le chef de l'Etat peut tabler sur une 
majorité des trois cinquièmes de l'ensemble des parlementaires 
réunis en Congrès, une fois vérifiée l'hypothèse d'une adoption 
du texte par le Sénat dans les mêmes termes. 
    Pour la frondeuse socialiste Aurélie Filippetti, qui a voté 
contre, le vote de mardi soir sonne le glas des espérances de 
l'exécutif et marque une "fracture très grave au sein du vote 
socialiste". 
    "Ça veut dire que ce projet d'inscrire la déchéance de 
nationalité dans la Constitution ne sera pas voté en Congrès à 
Versailles", a dit la députée sur France Info. 
    Aurélie Filipetti a souligné que le ministre de l'Economie 
Emmanuel Macron avait critiqué mardi soir la déchéance de 
nationalité lors d'une conférence organisée par la Fondation 
France-Israël.  
    "On a prêté trop d'importance à ce débat", a jugé l'un des 
ministres les plus populaires du gouvernement, selon les propos 
rapportés par Le Figaro.fr. 
    "J'ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la 
place que ce débat a prise. (...) On ne traite pas le mal en 
l'expulsant de la communauté nationale", a-t-il ajouté. 
    Ces propos, qui ont ajouté à l'ire de Manuel Valls, selon 
des sources parlementaires, ont galvanisé les frondeurs. 
    Mais l'entourage d'Emmanuel Macron avance que les propos du 
ministre ont été mal interprétés, précisant qu'il ne s'était pas 
exprimé "contre la mesure qui a été votée" mais contre ce qu'est 
devenu le débat.  
    "Il est gêné par le débat qui est devenu un débat sur 
l'identité, il dit qu'il faut remettre le débat à sa place, qui 
est un débat sur le terrorisme", a-t-on expliqué. 
     
    "LE CONGRÈS EST MORT-NÉ" 
    Emmanuel Macron avait déjà marqué sa différence avec la 
ligne du Premier ministre sur le terrorisme le 18 novembre 
dernier, cinq jours après les attentats de Paris, jugeant que la 
société française, en "fermant la porte", avait "une part de 
responsabilité" dans le "terreau" de prospérité du terrorisme. 
    L'ancien président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer 
(Les Républicains) a jugé mercredi que le Congrès voulu par 
François Hollande était "mort-né", la majorité des 3/5e des 
parlementaires étant "inatteignable". 
    "Je pense que le gouvernement ne fera pas convoquer le 
Congrès, encore une fois il n'y a pas de possibilité qu'il soit 
adopté à la majorité exigée par la Constitution", a-t-il dit sur 
RFI. 
    Le président du groupe socialiste Bruno Le Roux a dit 
"espérer" au contraire que l'Assemblée "sera mobilisée 
largement" mercredi pour renverser le courant. 
    "Aujourd'hui nous allons voter sur le texte global, un texte 
de protection de la Nation, il porte bien son nom, et je pense 
que l'Assemblée nationale sera mobilisée très largement, je 
l'espère bien au-delà des 3/5e, pour l'adopter", a-t-il dit sur 
France 2. 
 
 (Jean-Baptiste Vey et Gérard Bon, avec Elizabeth Pineau, Emile 
Picy et Michel Rose, édité par Sophie Louet) 
 
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