France-Valls prend en mains la réforme du Code du travail

le , mis à jour à 17:06
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    * Valls verra lui-même les partenaires sociaux 
    * Les syndicats réformistes souhaitaient un délai 
    * CGT et FO demandent le retrait pur et simple du texte 
    * Le Medef défend le texte, craint un recul du gouvernement 
 
 (Avec réactions, contexte) 
    PARIS, 29 février (Reuters) - Manuel Valls a pris lundi en 
mains la réforme contestée du marché du travail, dont la 
présentation est reportée de 15 jours, au 24 mars, pour tenter 
d'amadouer les partenaires sociaux et désarmer la rébellion 
d'une partie de la majorité. 
    Sans attendre la fin de rencontres déjà programmées par la 
ministre du Travail, Myriam El Khomri, il a annoncé qu'il 
recevrait lui-même les principales organisations syndicales et 
patronales la semaine prochaine, séparément, puis ensemble. 
    Une décision dont s'est immédiatement réjoui le secrétaire 
général de l'Unsa, Luc Bérille, informé par des journalistes de 
la déclaration du Premier ministre alors qu'il sortait d'un 
rendez-vous avec Myriam EL Khomri. 
    "On voit bien qu'il y a un problème politique général", a 
dit le dirigeant de ce syndicat très implanté dans la fonction 
publique. "On préfère avoir directement des gens en capacité de 
discuter avec nous et pas en attente d'un arbitrage." 
    Le gouvernement en majorité socialiste est aujourd'hui 
contraint de jouer à front renversé sur ce qui devrait être la 
dernière grande réforme du quinquennat de François Hollande. 
    Le projet de loi sur le code du travail a été applaudi par 
la principale organisation patronale, le Medef, qui y voit une 
"rupture" salutaire, et un nombre croissant d'élus de droite se 
disent prêts à le voter s'il reste "en l'état". 
    Il est en revanche critiqué par l'ensemble des syndicats et 
une partie de la gauche, qui y voient des atteintes aux droits 
des salariés, ainsi que par une partie du patronat, qui le juge 
avant tout taillé au profit des grandes entreprises. 
    Il faut "lever les incompréhensions" et "corriger ce qui 
doit l'être", a déclaré Manuel Valls en marge d'une visite au 
Salon de l'agriculture, tout en promettant une "très grande 
détermination du gouvernement pour faire avancer ce texte". 
     
    PRESSION 
    Le Premier ministre, qui pilote en réalité en sous-main 
cette réforme depuis le début, s'efforce ainsi de désamorcer une 
pression qui n'a cessé de monter depuis que le texte est connu. 
    Les principaux syndicats, auxquels se sont jointes des 
organisations étudiantes et lycéennes, se retrouvent jeudi pour 
tenter de s'accorder sur une analyse commune du texte et décider 
d'éventuelles actions revendicatives. 
    Le syndicat étudiant Unef a déjà annoncé des "initiatives" 
pour le 9 mars, date initialement prévue pour l'examen du projet 
en conseil des ministres, et met en avant le précédent du 
Contrat première embauche (CPE), retiré par le gouvernement de 
Dominique de Villepin en 2006 sous la pression de la rue. 
    Une pétition lancée sur internet contre le projet de loi a 
recueilli à ce jour plus de 780.000 signatures, tandis que le 
Parti socialiste se déchire.  
    La maire PS de Lille, Martine Aubry, a ainsi brandi le 
spectre d'un "affaiblissement durable de la France", dans une 
tribune à charge contre le gouvernement, et envisage avec ses 
amis de quitter la direction du Parti socialiste.   
    La CGT et Force ouvrière (FO), qui réclament un retrait pur 
et simple du texte, ne voient dans le report de sa présentation 
qu'une manoeuvre destinée à gagner du temps. 
    "Si c'est un report de 15 jours, ça ne change rien", a ainsi 
déclaré à BFM TV le secrétaire général de FO, Jean-Claude 
Mailly. "Nous pensons à FO qu'il faut maintenir la pression."  
    Ce report répond en revanche au souhait des syndicats 
réformistes, dont la CFDT, de donner sa chance au dialogue. 
    Selon l'entourage de Manuel Valls, il doit permettre de 
déterminer "les lignes rouges" des partenaires sociaux et de 
formuler des "ouvertures", notamment sur la modulation du temps 
de travail pour les salariés en "forfait jour", qui permet des  
dépassements des 35 heures hebdomadaires. 
     
    LE MEDEF "EXTRÊMEMENT VIGILANT" 
    Si le plafonnement des indemnités pour licenciement abusif 
et la définition des motifs de licenciement économique seront 
conservés, "on peut faire bouger les curseurs" sans remettre en 
cause la cohérence du texte, assure-t-on de même source.  
    Ce sont là des points clefs que CFDT, CFTC, CFE-CGC et Unsa, 
qui ne souhaitent pas "jeter le bébé avec l'eau du bain", 
veulent voir évoluer, voire être mis de côté. 
    Or ces dispositions sont considérées par le Medef comme des 
piliers du projet de réforme du Code du travail, au même titre 
que le rôle prééminent donné aux accords d'entreprises.  
    L'organisation patronale s'efforce de ne pas jeter d'huile 
sur le feu, dans l'espoir de voir le gouvernement tenir bon sur 
un texte qu'elle s'emploie déjà à défendre à Bruxelles, à Berlin 
ou auprès de l'Organisation internationale du travail à Genève, 
ainsi qu'auprès des investisseurs internationaux. 
    "Si c'est un report pour expliquer, pourquoi pas", dit-on au 
Medef. "Si c'est juste un enterrement de première classe ou un 
moyen d'affaiblir le texte, ça ne nous ira pas. Le risque, c'est 
celui de la demi-mesure qui ne servira à rien."  
    "Nous allons rester extrêmement vigilant. Nous ne sommes 
fermés sur rien mais il faut rester cohérent", ajoute-t-on de 
même source. Et d'avertir qu'un recul gouvernemental "ruinerait 
de nouveau la crédibilité de la France à l'international." 
    Selon Manuel Valls, le texte pourra malgré tout être voté 
comme prévu en mai à l'Assemblée nationale, puis au Sénat, avec 
une adoption définitive au début de l'été. 
 
 (Jean-Baptiste Vey et Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse) 
 
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  • jpoche le lundi 29 fév 2016 à 17:36

    ... qui devient la réformette des 35 heures

  • opelin le lundi 29 fév 2016 à 17:32

    Après l'hyper président, on a maintenant un hyper premier ministre. Je me demande q'il se souvient qu'il est là pour faire-faire, pas pour faire. En même temps avec autant d'amateurs pas d'autre solution ...