France-Valls perturbe les négociations sur l'assurance-chômage

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    * Une loi de 2014 prévoit déjà une modulation des 
cotisations 
    * Les syndicats souhaitent renforcer ce dispositif 
    * Le Medef indisposé par les reculs sur la loi Travail 
 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 12 avril (Reuters) - Manuel Valls a pris le risque de 
perturber les tractations sur l'assurance-chômage en préconisant 
lundi une surtaxation des contrats de travail de courte durée 
pour inciter les entreprises à privilégier les contrats à durée 
indéterminée (CDI). 
    Cette mesure s'inscrit dans le plan annoncé par le Premier 
ministre pour tenter d'amadouer les jeunes qui réclament le 
retrait du projet de réforme du Code du travail.   
    Elle a immédiatement été dénoncée par les organisations 
patronales, Medef et CGPME en tête, qui la jugent inefficace et 
pénalisante à la fois pour les entreprises et l'emploi mais 
aussi par une partie de la majorité. 
    La CGPME a même déclaré dans un communiqué qu'elle poserait 
prochainement à ses instances dirigeantes "la question de son 
départ de la négociation en cours sur l'assurance-chômage", qui 
doit reprendre le 28 avril. 
    Le principe d'une majoration des cotisations sociales 
patronales d'assurance-chômage pour les contrats de moins de 
trois mois est déjà prévue par une loi de 2014, découlant 
elle-même de l'accord interprofessionnel national de 2013 sur la 
sécurisation des parcours professionnels. 
    Mais cette mesure, qui ne concerne pas à ce stade l'intérim, 
notamment, n'a pas réussi à entraver l'explosion du recours aux 
contrats très courts (un mois ou moins), utilisés comme un moyen 
de gestion de leur main-d'oeuvre par nombres d'entreprises et 
très coûteux pour l'assurance-chômage.   
    Les syndicats souhaitent remettre la question sur la table 
des négociations sur la nouvelle convention Unedic, pour durcir 
la pénalisation de ces contrats de très courte durée, quitte à 
instaurer a contrario un système de bonus pour les entreprises 
recourant aux CDD longs ou aux CDI.  
    Les organisations patronales, en particulier le Medef, 
soucieuses de réduire le déficit de l'Unedic, n'étaient a priori 
pas opposées à ce que la question soit abordée.  
     
    CRISPATIONS 
    Mais le détricotage partiel du projet de loi Travail sous la 
pression de la gauche du Parti socialiste, de syndicats comme la 
CGT et Force ouvrière et de plus d'une vingtaine d'organisations 
de jeunes ont mis Medef et CGPME dans de mauvaises dispositions. 
    "Ça va crisper les organisations patronales", admet un 
dirigeant syndical sous couvert d'anonymat. "On savait qu'il y 
avait un risque de vases communicants sur la partie 
assurance-chômage si on déshabillait le projet de loi travail." 
    "Le gouvernement fait des annonces qui fâchent le patronat 
et viennent perturber les négociations sur l'assurance-chômage, 
sur un terrain où ce sont normalement les partenaires sociaux 
qui ont la main", renchérit le vice-président de la CFTC, Joseph 
Thouvenel.  
    L'annonce de Manuel Valls, qui a dit vouloir rendre 
obligatoire la surtaxation des contrats courts, ne fait au 
demeurant pas l'unanimité au sein de son parti. 
    Le député socialiste Christophe Caresche va même jusqu'à la 
qualifier de "connerie" et de "politique de gribouille". 
    Cette mesure est selon lui contradictoire avec ce que le 
gouvernement tente de faire pour favoriser l'emploi. 
    "On a fait le pacte de responsabilité pour abaisser le coût 
du travail et aujourd'hui on l'alourdit", a-t-il ainsi déclaré à 
la chaîne LCP. "Je ne comprends pas cette mesure. Je pense que 
le gouvernement devrait y réfléchir avant de la présenter à 
l'Assemblée nationale." 
    Un autre député socialiste, Christophe Sirugue, rapporteur 
du projet de loi réformant le Code du travail, a pour sa part 
averti mardi sur la même chaîne que l'économie avait besoin de 
contrats à durée déterminée (CDD) pour fonctionner. 
    "Je demande à expertiser cette mesure de manière un peu 
précise", a-t-il déclaré. "Le CDD c'est aussi une forme de 
souplesse, parfois y compris souhaitée par certains salariés." 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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