France-Valls cajole les PME et relance la contestation à gauche

le , mis à jour à 17:08
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* Valls veut convaincre les entreprises d'embaucher * Le patronat juge son plan positif mais insuffisant * La gauche du PS le juge trop "libéral" (Actualisé déclarations de Valls, réactions, contexte) par Julien Ponthus et Emmanuel Jarry PARIS, 9 juin (Reuters) - Manuel Valls a dévoilé mardi un plan pour doper l'embauche dans les petites entreprises salué par le patronat et pris le risque de relancer la contestation au sein de sa majorité, deux jours après un congrès du Parti socialiste censé la consolider. Le Premier ministre a pris soin de ne pas franchir les lignes rouges des syndicats, en particulier de la CFDT, en ne touchant pas au contrat de travail à durée indéterminée (CDI). Mais les 18 mesures inspirées de réformes mises en oeuvre par d'autres gouvernements sociaux-démocrates européens vont parfois au-delà de ce qui était attendu. ID:nL5N0YV1B9 C'est le cas de la possibilité de renouveler deux fois au lieu d'une les contrats à durée déterminée (CDD) ou en intérim. "Comme d'autres l'ont fait à côté de nous, il faut décider des mesures fortes : c'est ce que nous avons fait ce matin", a déclaré à la presse le Premier ministre. Trois jours après avoir dénoncé au congrès du PS le discours "anxiogène" du patronat sur la peur d'embaucher ID:nL5N0YS0BC , c'est pourtant pour tenter de rassurer les chefs d'entreprises qu'il a annoncé un plafonnement des indemnités accordées par les juges prud'homaux pour les licenciements abusifs. De même, les vices de forme comme une lettre de licenciement mal rédigée ou hors délais, n'entraîneront plus la nullité de la rupture de contrat mais un mois de salaire d'indemnité. Alors que la loi sur le dialogue social en cours d'examen touche à peine à la complexité des contraintes liées à la taille des entreprises, ce plan simplifie les effets de seuils pour les PME, en gelant leurs impacts fiscaux pendant trois ans. "DÉCALAGE" Manuel Valls a aussi annoncé une aide de 4.000 euros pour un premier recrutement et l'assouplissement des accords de maintien dans l'emploi dans les entreprises en difficulté, peu utilisés. Autre pas vers les employeurs, il renonce à frapper de nullité une vente d'entreprise pour non respect de l'obligation d'informer les salariés avant la cession. Les 140.000 PME et 2,1 millions de très petites entreprises (TPE) françaises représentent 50% des salariés de France et l'un des principaux gisements d'emplois du pays. "François Hollande et Manuel Valls veulent rassurer les entreprises pour qu'elles embauchent", souligne un élu socialiste proche de l'exécutif. Quitte à heurter, quelques jours après avoir joué l'air du rassemblement, l'aile gauche et les "frondeurs" du PS, qui jugent leur politique trop "libérale". ID:nL5N0YT0AW . "On ne sera pas complice de ce décalage entre les paroles et les actes", a déclaré un de leurs chefs de file, le député Laurent Baumel à Reuters, ce qui annonce un débat difficile sur la loi Macron sur la croissance et l'activité, dans laquelle certaines mesures annoncées mardi prendront place. En marge du congrès de Poitiers, Manuel Valls n'a pas exclu de recourir de nouveau à la procédure de l'adoption sans vote à laquelle les "frondeurs" l'ont contraint en première lecture. LE PATRONAT PLUTÔT POSITIF A gauche du PS, le communiste André Chassaigne, président du groupe Front de gauche à l'Assemblée, a dénoncé des mesures de "régression sociale" dignes de la droite. L'absence de résultat sur le front du chômage obscurcit l'horizon de François Hollande, au plus bas dans les sondages, à moins de deux ans de l'élection présidentielle de 2017. "Il fallait que le gouvernement s'engage aux côtés de ceux qui souhaitent réussir et faire réussir leur pays", a expliqué Manuel Valls, qui a annoncé une nouvelle conférence sociale cet automne pour traiter d'autres sujets affectant les PME, comme les relations entre donneurs d'ordre et sous-traitants. Les mesures annoncées mardi ont été plutôt bien accueillies par le patronat. Le Medef a salué de bonnes "initiatives" et la CGPME de "réelles avancées", tout en estimant qu'elles n'étaient pas suffisantes pour créer un choc de confiance. ID:nL5N0YV2HL Le Medef a renouvelé ses mises en garde contre toute remise en cause des baisses de charge du pacte de responsabilité. Manuel Valls a réaffirmé que les engagements patronaux en contrepartie des baisses de charges du pacte n'étaient pas au niveau attendu, sans toutefois évoquer une réorientation de ces sommes, réclamée par le PS, pour une fois quasi unanime : "Il ne s'agit pas de mettre en cause le soutien aux entreprises mais d'évaluer et de corriger si cela est nécessaire", a-t-il dit. (Avec Jean-Baptiste Vey et Emile Picy, édité par Yves Clarisse)

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