France-Urvoas renforce la sécurité dans les prisons

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    * Un plan en cinq points pour les unités de déradicalisation 
    * 1.400 détenus radicalisés répartis dans 188 prisons 
    * Urvoas exclut la création de prisons "spéciales" 
 
    PARIS, 10 septembre (Reuters) - Le ministre de la Justice 
annonce dans le Journal du Dimanche un renforcement de la 
sécurité dans les prisons, en particulier dans les unités de 
prévention de la radicalisation, huit jours après l'attaque de 
deux gardiens par un détenu dans une de ces unités, à Osny, dans 
le Val d'Oise. 
    "J'ai demandé au nouveau directeur de l'administration 
pénitentiaire de modifier immédiatement le régime de détention 
des cinq unités de prévention de la radicalisation", déclare 
Jean-Jacques Urvoas dans cette interview.  
    Les changements de cellule seront ainsi organisés plus 
fréquemment et les fouilles y seront multipliées, explique-t-il. 
    Les effets personnels des détenus seront limités dans les 
cellules pour diminuer les caches potentielles, de même que 
l'accès de ces prisonniers aux produits disponibles à l'achat 
pour améliorer leur détention (la "cantine").  
    Le ministre demande également le renforcement du contrôle 
des publications extérieures auxquelles ces détenus ont accès.  
    "Voici notre réponse en cinq points pour renforcer encore 
davantage la sécurité au sein de ces unités", souligne-t-il. 
"Ces mesures entreront en application cette semaine." 
    Le Garde des Sceaux rejette en revanche l'idée de prisons 
spéciales, avancée par une partie de la droite. 
    Le risque des établissements dédiés, voire même des unités 
de prévention de la radicalisation, est de former des foyers de 
radicaux susceptibles de passer à l'acte en détention comme à 
Osny, admet Jean-Jacques Urvoas. 
    "C'est évidemment le risque, repéré dès l'origine", dit-il. 
"C'est pourquoi nous refusons des prisons spécialisées au profit 
de petites structures nécessairement plus maîtrisables." 
    "J'exclus les prisons 'spéciales' (...) Il ne faut pas 
créer des poudrières", ajoute-t-il. "Ce qui s'est passé à Osny 
renforce les inquiétudes que nous avions déjà et milite pour des 
petites structures avec des règles de sécurité." 
     
    1.400 DÉTENUS RADICALISÉS 
    Jean-Jacques Urvoas souligne que les inquiétudes du 
gouvernement ne concernent pas seulement les cinq unités de 
prévention mais l'ensemble des 188 prisons françaises, où sont 
répartis quelque 1.400 détenus radicalisés. 
    "J'ai pris des décisions qui vont entrer en application 
progressivement à compter de ce lundi", dit-il. "La première 
priorité, c'est d'éviter la communication entre ces détenus et 
le reste de la détention et que l'on évite aussi les 
regroupements massifs." 
    Un défi, alors que les prisons françaises sont en situation 
de surpopulation, pour laquelle il dit qu'il fera dans les jours 
à venir des propositions au Premier ministre, Manuel Valls. 
    Il dit aussi avoir pour objectif une sécurisation renforcée 
des bâtiments, notamment pour éliminer les zones "hors regard", 
et de former dans chaque établissement des équipes de sécurité. 
    Sur les 1.400 détenus considérés comme "radicaux", 325 
sont incarcérés pour une incrimination terroriste et répartis 
dans 50 établissements, précise Jean-Jacques Urvoas.  
    Sur ces 325, 80% sont des prévenus dans l'attente de 
jugement et 20% sont condamnés, dont certains pour départ en 
Turquie en vue de rejoindre la Syrie. 
    Quatre-vingt-neuf personnes sont regroupées dans les cinq 
unités de prévention de la radicalisation, dans les prisons de 
Lille-Annœullin, Fleury-Mérogis, Fresnes et Osny. 
    Interrogé sur le démantèlement la semaine passée d'un 
commando de femmes soupçonnées de préparer un attentat à Paris, 
Jean-Jacques Urvoas estime que ce n'est pas une surprise. 
    "Nos services font face à cette menace diffuse. Ils 
déjouent, démasquent, démantèlent des filières quasiment chaque 
jour", explique le ministre de la Justice. 
    "Les femmes et les mineurs sont deux sujets auxquels nous 
allons être confrontés dans les prochains mois, nous le savons", 
ajoute-t-il. "Ainsi en France, une femme est incarcérée après 
avoir reconnu porter un gilet d'explosifs." 
    Ce qui inquiète aussi le gouvernement, ce sont les mineurs 
engagés en Syrie, confie le ministre : "S'ils reviennent, 
comment allons-nous agir ? Nous travaillons juridiquement et 
concrètement pour adapter notre prise en charge." 
 
 (Emmanuel Jarry) 
 
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