France-Tapie demande réparation de son litige avec le Lyonnais

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* Tapie dénonce une fraude, demande une "ferme" réparation * Il est absent à l'audience * Son avocat demande le déplafonnement du compromis par Chine Labbé PARIS, 29 septembre (Reuters) - L'avocat de Bernard Tapie a demandé mardi entre 516 millions et 1,174 milliard d'euros de réparation dans le cadre du litige qui a opposé son client il y a plus de vingt ans au Crédit Lyonnais sur la revente d'Adidas, et qui se rejoue aujourd'hui. L'homme d'affaires, qui dénonce une "fraude", estime avoir été victime d'une captation "préméditée", par les sociétés du Lyonnais, d'une partie substantielle de la valeur d'Adidas. Une version contestée par le Consortium de réalisation (CDR), structure publique qui gère le passif du Crédit Lyonnais. "Vous réparerez en, je l'espère, les termes les plus fermes, l'injure faite à Monsieur Tapie et à son patrimoine", a lancé mardi Me Emmanuel Gaillard à la cour, dénonçant la "banalisation de l'insulte de Monsieur Tapie". Bernard Tapie, 72 ans, ne s'est pas présenté devant la cour d'appel de Paris pour cette audience cruciale. Il "a fait le choix de ne pas être présent (...) compte tenu de la médiatisation extrême" de cette affaire, a expliqué à l'audience Me Emmanuel Gaillard. Il a appelé la cour à ne pas y voir un signe de désintérêt, mais au contraire "de respect" de la part de son client, mû selon lui par une volonté d'assurer la "sérénité des débats". La cour d'appel de Paris a annulé le 17 février dernier la sentence arbitrale qui, en 2008, lui avait accordé 404 millions d'euros avec les intérêts. Elle doit donc revoir l'affaire, et une nouvelle décision est attendue d'ici la fin de l'année. En 1992, Bernard Tapie décidait, à la demande de François Mitterrand, de vendre ses actifs industriels pour se consacrer à son mandat de ministre de la Ville. Il donnait un mandat de vente de ses actions Adidas à une filiale du Crédit Lyonnais, pour 2,085 milliards de francs français. Mais lors de sa revente, en 1993, la valeur d'Adidas est estimée à 4,4 milliards de francs français. Puis, en 1995, lors de sa mise en bourse à Francfort, à 11 milliards de francs. "GÉNIES MALHONNÊTES DE LA FINANCE" "Au total, plus de deux milliards de francs français ont été attribués par elles-mêmes aux sociétés du Crédit Lyonnais", a estimé mardi Me Emmanuel Gaillard. "Ce sont des génies malhonnêtes de la finance", a-t-il ajouté, estimant que la valorisation d'Adidas lors de sa mise en bourse était envisagée de longue date par le Lyonnais. Pour justifier sa demande, qui va jusqu'à 1,174 milliard d'euros pour le préjudice matériel - il a en outre chiffré le préjudice moral à 50 millions d'euros -, son conseil s'appuie notamment sur des documents obtenus à l'occasion de la procédure pénale sur l'arbitrage controversé. Ceux-ci montrent selon lui "la totale préméditation" de la banque, accusée d'avoir "détourné" le mandat qui lui était confié. "Monsieur Tapie n'est pas énarque, il n'est pas docteur en droit", a dit Me Gaillard. "C'est un homme d'affaires autodidacte." Les dirigeants du Crédit Lyonnais à l'époque de la vente d'Adidas se sont toujours défendus d'avoir commis la moindre faute dans ce dossier. La cour d'appel devra trancher deux questions principales : Bernard Tapie a-t-il été victime des agissements des sociétés du Crédit Lyonnais, comme l'assure sa défense, et peut-elle autoriser un déplafonnement du litige, comme il le demande ? Ce plafond, avec lequel doit en principe statuer la cour d'appel, a été fixé en 2007 à 295 millions d'euros pour le préjudice matériel (plus 50 millions pour le préjudice moral). Il doit toutefois être actualisé avec les intérêts légaux depuis le 30 novembre 1994, et s'élève désormais à un montant situé entre 400 à 500 millions d'euros, selon Me Gaillard. Pierre Estoup, l'un des trois arbitres qui a rendu un jugement favorable à Bernard Tapie en 2008, a fait savoir mardi matin qu'il avait formé un recours contre l'annulation de l'arbitrage, à l'origine de cette audience. Dans un communiqué, son avocat, Me Renaud Bertin, estime que cette décision, qui remonte à février, "constitue le degré ultime de l'injuste mise en cause de Monsieur Estoup." Les enquêteurs au pénal, qui soupçonnent un "simulacre d'arbitrage", s'interrogent sur les liens entre l'homme d'affaires et Pierre Estoup, mis en examen pour escroquerie en bande organisée, notamment. (avec Gérard Bon, édité par Yves Clarisse)

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