France-Soutien psychologique pour entrepreneurs post-faillite

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* En France, l'échec est stigmatisé * Des associations pour permettre aux "défaillants" de repartir * Enseigner le "management de l'échec" dans les écoles de commerce * Une cellule d'aide psychologique dans un tribunal de commerce par Guillaume Frouin NANTES, 1er décembre (Reuters) - Soutenir les chefs d'entreprises qui ont fait faillite, changer le regard de la société sur leur échec et les aider à rebondir : des initiatives émergent en France pour en finir avec leur stigmatisation et imiter le modèle américain en la matière. Selon le dernier bilan de la Banque de France, établi en septembre, quelque 63.175 défaillances d'entreprises ont été recensées sur les douze derniers mois, un chiffre proche des records enregistrés en 1993 et en 2008 et qui est en partie à l'origine des manifestations de patrons lundi. ID:nL6N0TL1DQ Fin novembre, trois "entrepreneurs post-faillite" sont venus témoigner dans l'amphithéâtre d'une grande école de commerce nantaise, à l'invitation de "60.000 Rebonds, une association née en 2012 qui tire son nom de ce nombre de liquidations. L'initiative de cette association, qui veut tout faire pour que les "défaillants" repartent sur un "projet entrepreneurial", revient à Philippe Rambaud, qui a vécu en 2008 ce "triple traumatisme personnel, professionnel et financier", après le dépôt de bilan de sa start-up lancée huit ans plus tôt. Cet ancien directeur marketing du groupe Danone incite donc à présent les écoles de commerce à enseigner le "fail management" - le "management de l'échec" - à leurs étudiants. "Aux Etats-Unis, certains spécialistes se penchent déjà sur la question, et cela deviendra une compétence indispensable aux managers de demain", estime-t-il. STIGMATISATION EN FRANCE Outre des conférences, son association - qui compte à présent dix antennes en régions - propose aussi des séances de "coaching" gratuites à ses adhérents, et le parrainage par d'autres chefs d'entreprises en activité. Des "réunions d'intelligence collective" sont également organisées entre chefs d'entreprises en rebond, coachs et parrains pour identifier les failles des nouveaux projets. "Beaucoup font trop souvent l'amalgame 'j'ai échoué, donc je suis nul'", explique Fabienne Boisneau, vice-présidente de 60.000 Rebonds dans la région nantaise et "coach" bénévole. "Ils doivent donc analyser leur part de responsabilité : on ne peut invoquer la seule crise économique, quand d'autres entreprises, pourtant positionnées sur le même créneau, arrivent à s'en sortir. Il faut simplement prendre conscience de ses erreurs, pour ne pas les reproduire dans le projet d'après." Reste que, même avec une confiance en soi retrouvée, ces "entrepreneurs post-faillite" doivent surmonter un obstacle culturel de taille en France : leur échec y est bien souvent "stigmatisé", là où les Américains ont plutôt tendance à valoriser les leçons qui peuvent en être tirées. "En France, on met en moyenne huit ans pour reconstruire financièrement ce qu'on a perdu après une faillite", déplore ainsi Fabienne Boisneau. "Or, dans les pays anglo-saxons, c'est deux à trois ans, et même un an dans les pays nordiques ! La différence, c'est le regard de la société : chez nous, les banques et les sociétés de capital-risque considèrent l'échec comme un point en moins." PRÉVENIR LES SUICIDES Au tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon (Vendée), où 600 liquidations d'entreprises sont prononcées chaque année, on ne peut en effet que constater les effets de cette stigmatisation. "Depuis un an et demi, nous voyons presque toutes les semaines des gens qui pleurent et qui sont en détresse à l'audience", observe sa greffière Alix Printems. "Ils ont le sentiment que leur vie s'écroule : pour eux, ce sont des cautions qui entrent en jeu, la situation scolaire de leurs enfants qu'ils ne pourront plus honorer, et parfois la question de leur logement lié au bail commercial." Pour leur venir en aide, le tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon va mettre en place en janvier une cellule d'aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë (Apesa), comme cela se fait déjà au tribunal de commerce de Saintes (Charente-Maritime). Cette plate-forme téléphonique, qui met en relation sous 48 heures les chefs d'entreprises liquidées volontaires avec un psychologue, pourrait aussi être déployée prochainement à La Rochelle et Bordeaux. "On a pris cette initiative après qu'un homme a menacé le président du tribunal de se suicider s'il liquidait son entreprise", explique Alix Printems. "Face à un tel ultimatum, on ne pouvait pas rester sans rien faire. Il faut aussi que la justice prenne en compte la santé de ces gens : c'est aussi grâce à eux que les entreprises françaises existent." (Edité par Yves Clarisse)

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  • FREDTOUZ le lundi 1 déc 2014 à 12:28

    Si on faisait plutôt du suivi psychologique de nos gouvernants?Face à leur déni de réalité, un traitement s'impose franchement.