France-Sarkozy "trumpise" sa campagne et bouscule Juppé

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    * Le candidat se veut "clivant" comme Donald Trump 
    * Il compte surclasser Juppé au premier tour de la primaire 
    * Le maire de Bordeaux s'emporte contre sa stratégie 
    * La primaire, un scrutin en "vase clos"? 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 22 septembre (Reuters) - A moins de deux mois de la 
primaire de la droite, Nicolas Sarkozy avance à marche forcée 
vers le premier tour en cristallisant la campagne autour des 
thèmes du Front national, une stratégie à la Donald Trump censée 
circonscrire Alain Juppé. 
    L'ancien président ne s'en est jamais caché, le candidat 
républicain à la présidence américaine, qui affrontera le 
verdict des urnes le 8 novembre, est une source d'inspiration. 
    "On ne gagne pas au centre, mais en clivant", répète Brice 
Hortefeux, principal lieutenant sarkozyste. 
    L'arithmétique avantageant Alain Juppé, favori des 
intentions de vote pour le second tour, le calcul est de 
susciter une dynamique au premier tour afin de virer en tête et 
de peser sur les reports de voix. 
    Et dans la posture du "maverick" ("franc-tireur") américain, 
Nicolas Sarkozy entend retourner à son profit le "Tout sauf 
Sarkozy" qui paraît s'installer dans la compétition interne. 
    "Ce sont des mots qui sont censés nourrir une stratégie 
assez cynique de dérive identitaire, pour essayer, un peu comme 
le fait Trump (...) de rallier une partie de notre population 
qui est aujourd'hui exaspérée", a expliqué jeudi sur RFI l'un de 
ses anciens conseillers, Frédéric Lefebvre. 
    "J'aimerais qu'on ne 'Trump' pas les Français", a réagi pour 
sa part au Talk Le Figaro le conseiller (Les Républicains) de 
Paris Pierre-Yves Bournazel, soutien d'Alain Juppé. 
         
    "JEU DANGEREUX" 
    Virage climato-sceptique, polémiques sur les "ancêtres 
gaulois"  , "l'identité heureuse", le regroupement 
familial, les migrants : le "candidat du peuple" s'acharne à 
défier le "candidat du système" sur le "ring", selon ses propres 
termes. 
    Il est de fait parvenu à bousculer Alain Juppé, qui aime 
pourtant à se présenter comme le "bonze de Bordeaux", en 
monopolisant le débat politico-médiatique.   
    Le maire de Bordeaux s'est ainsi emporté jeudi matin dans un 
tweet qui vise clairement Nicolas Sarkozy: "Nullité du débat 
politique que soulèvent certains à droite et à gauche : on débat 
des Gaulois!! Et si l'on parlait d'avenir?", écrit-il. 
    "Faire campagne, ce n'est pas lâcher une incongruité tous 
les jours pour faire parler de soi", a-t-il déclaré par la suite 
en marge d'un déplacement à Tours. 
    Le porte-parole du gouvernement socialiste, Stéphane Le 
Foll, a évoqué jeudi le film des "Tontons flingueurs" à leur 
propos : "Le vitriol est sorti et on est dans le brutal." 
    Un proche d'Alain Juppé concède que face à la "surenchère"  
sarkozyste, le discours de l'ancien Premier ministre "imprime 
moins" mais il estime que ce dernier à tout à perdre à entrer  
dans "le jeu dangereux" de l'électoralisme. 
    "Cette course à droite devient de moins en moins propice à 
la levée en masse d'électeurs du centre gauche pour sauver le 
général Juppé", juge toutefois Jérôme Jaffré, le directeur du 
Cevipof, dans une interview publiée jeudi dans Le Figaro. 
    "Tout se passe comme si la primaire devait se dérouler en 
vase clos. La question est de savoir quel type d'électeurs vont 
se mobiliser, et Sarkozy donne l'impression d'avoir la plus 
grande aptitude à façonner ce corps électoral", ajoute-t-il. 
     
    UNE STRATEGIE QUI A SES LIMITES 
    Selon un récent sondage Harris Interactive pour France 
Télévisions, Nicolas Sarkozy est désormais à égalité avec Alain 
Juppé dans les intentions de vote pour le premier tour de la 
primaire (37%) et réduit son écart pour le second (48% contre 
52% au maire de Bordeaux). 
    "Moi je ne suis pas candidat à la primaire de la droite, du 
centre et de la gauche réunis", a-t-il lancé début septembre au 
campus des Jeunes Républicains à La Baule. 
    Cette stratégie du repli a ses limites : comment aborder le 
second tour en position de force avec une assise électorale peu 
ou pas extensible? 
    François Fillon, "troisième homme" potentiel de la primaire, 
a d'ores et déjà laissé entendre qu'il n'appellerait pas à voter 
Nicolas Sarkozy au second tour, Jean-François Copé n'a toujours 
pas pardonné sa mise en cause dans l'affaire Bygmalion, Nathalie 
Kosciusko-Morizet a rompu depuis longtemps. 
    Hervé Mariton, recalé de la primaire, a annoncé jeudi qu'il 
se prononcerait dans les prochains jours pour un candidat. Il 
fustige de longue date les "effets de manche" de Nicolas 
Sarkozy. Bruno Le Maire renvoie lui dos à dos des candidats de 
"l'Ancien régime". 
    Autre facteur aggravant pour Nicolas Sarkozy, 
Jean-Christophe Lagarde, le chef de file des centristes de l'UDI 
qui ont refusé de participer à la primaire et n'ont pas encore 
pris position dans la campagne, a invité mercredi ses électeurs 
à participer au scrutin des 20 et 27 novembre et cité ...Alain 
Juppé et François Fillon. 
 
 (Avec Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry, édité par Yves 
Clarisse) 
 
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