France-Rocca prend possession de l'ex-SNCM, l'avenir incertain

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    * Le repreneur entend céder ses parts à ses ex-rivaux 
    * Les salariés parlent d'un "acte de piraterie" 
 
    MARSEILLE, 18 février (Reuters) - Le transporteur corse 
Patrick Rocca a signé jeudi les actes de cession qui en font le 
propriétaire de plein droit de l'ex-SNCM, une situation qui ne 
suffit pas à éclaircir l'avenir de la compagnie maritime 
convoitée par son rival Corsica Maritima. 
    "Les actes ont été signés, nous sommes les propriétaires de 
la flotte", a affirmé le président de MCM en marge d'une 
audience à huis clos du tribunal de commerce de Marseille. 
    Le repreneur sera de retour le 25 février devant les juges 
consulaires pour introduire une "demande de requalification 
d'ouverture du capital", une condition nécessaire pour lui 
permettre de céder 100% de ses parts à Corsica Maritima. 
    C'est une étape nécessaire pour permettre une ouverture 
totale du capital que ne prévoyait pas le plan de reprise 
avalisé par le tribunal de commerce qui, le 20 novembre, a 
désigné Patrick Rocca pour reprendre les actifs de la compagnie 
maritime placée un an plus tôt en redressement judiciaire. 
    Sans ce sésame judiciaire, les deux parties ne pourraient 
appliquer l'accord signé durant le week-end, qui prévoit la 
cession de 100% des actifs de Patrick Rocca. En contrepartie, le 
propriétaire de MCM entre au conseil d'administration de CM 
Holding, une entité créée par le consortium Corsica Maritima, 
dont il devient l'un des 15 principaux actionnaires. 
    "C'est un préalable et une étape vers la fusion sous réserve 
de l'autorisation du tribunal. J'espère convaincre la justice 
que cette solution est la seule pour l'ex-SNCM et pour la 
Corse", a dit l'avocat de CM Holding, Maurice Lantourne. 
    Les salariés ont une autre lecture de la position et 
considèrent que l'audience a fermé la porte à cette cession. 
    "On peut penser que ce scénario s'éloigne, surtout que le 
ministère public a clairement déclaré qu'il n'est pas favorable 
au retour autour de la table d'un candidat qui n'a pas été 
retenu dans un passé récent", a souligné le secrétaire CGT du 
Comité d'entreprise de MCM, Jean-François Simmarano. 
     
    MER AGITÉE 
    Depuis sa prise de contrôle de l'ex-SNCM, le 5 janvier, 
Patrick Rocca a été confronté à une situation économique et 
politique mouvante, marquée par une féroce concurrence de la CM 
Holding présidé par François Padrona, chef de file de la grande 
distribution en Corse. 
    Conjointement créée par le consortium Corsica Maritima et 
l'armateur Daniel Berrebi, deux anciens candidats à la reprise 
de la SNCM, Corsica Linea a ouvert en janvier une ligne de fret 
concurrente entre la Corse et le continent qui a contribué à 
davantage fragiliser la situation de la nouvelle compagnie MCM. 
    "La mer n'a pas été calme depuis un an dans ce dossier hors 
norme", a reconnu l'avocat de MCM, Alain Guidi. 
    L'offensive, jugée illicite et déloyale par le Comité 
d'entreprise (CE) de MCM et par les administrateurs judiciaires, 
a fait l'objet jeudi d'une audience devant le juge des référés 
qui rendra sa décision lundi prochain. 
    Les repreneurs potentiels de la SNCM avaient en effet signé 
une lettre de confidentialité qui prévoyait notamment de ne pas 
solliciter les services de clients de la compagnie. 
    "On est en présence d'un acte de piraterie, d'un coup de 
force pour étrangler M. Rocca émanant d'un candidat évincé qui 
veut revenir dans le dossier", a estimé l'avocat du CE, 
Guillaume Bordet, qui a réclamé une astreinte de 150.000 euros 
pour toute nouvelle infraction constatée de Corsica Linea. 
    La fusion annoncée entre les deux anciens rivaux corses 
s'inscrit dans la volonté de la collectivité territoriale de 
Corse (CTC), dirigée depuis décembre par les nationalistes, de 
créer d'ici l'été une compagnie régionale pour assurer les 
liaisons entre la Corse et le continent. 
    "On a une solution corse dans l'intérêt de la Corse", a 
résumé à la barre l'avocat de CM Holding, Maurice Lantourne. 
    MCM compte aujourd'hui 903 salariés contre près de 1.500 
avant la reprise de l'ex-SNCM par Patrick Rocca. 
 
 (Yves Clarisse) 
 
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