France-Razzia sur Charlie Hebdo dans les kiosques français

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* Charlie Hebdo tiré à trois millions d'exemplaires * Les survivants de la rédaction hébergé par Libération PARIS, 14 janvier (Reuters) - Les kiosques à journaux ont été pris d'assaut dès les premières heures mercredi en France par des lecteurs en quête du numéro de Charlie Hebdo rédigé par les survivants de la rédaction de l'hebdomadaire satirique, décimée il y a une semaine par deux tueurs, Saïd et Chérif Kouachi. Bien avant 7h00, de nombreux points de vente parisiens étaient en rupture de stocks de l'hebdomadaire, pourtant tiré exceptionnellement à trois millions d'exemplaires. ( ID:nL6N0US40T ). "Les gens attendaient à l'ouverture du magasin à six heures. J'avais dix exemplaires, ils sont partis tout de suite", a dit à Reuters une libraire du quartier Jules Joffrin, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Des queues de plusieurs dizaines de personnes patientaient devant le kiosque de la station de métro Jules Joffrin ou à la porte d'un point de vente de la rue Ordener, non loin de là. Les plus chanceux sont repartis en serrant précieusement le journal, les autres restant dans l'espoir d'une prochaine livraison. "Revenez demain, nous en aurons d'autres demain", conseillait aimablement un vendeur. "Rupture de Charlie Hebdo partout! Alors d'abord merci et rassurez-vous, on va réimprimer et redistribuer", a déclaré le médecin urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur de Charlie Hendo, dans un tweet. Les mêmes scènes se répétaient un peu partout à Paris, ainsi qu'en banlieue et en province. "Je ne l'ai jamais acheté, ce n'est pas vraiment ma couleur politique mais c'est important pour moi de l'acheter aujourd'hui et de soutenir la liberté d'expression", a confié à Reuters David Sullo, en patientant dans une file d'attente d'une vingtaine de personnes dans le quartier Strasbourg-Saint-Denis. "C'est important pour moi d'être solidaire en l'achetant et pas seulement en manifestant", a renchéri son voisin, Laurent, 42 ans, en faisant allusion aux défilés qui ont réuni au moins 3,7 millions de personnes dimanche en France en réaction aux attentats de la semaine dernière. "TOUT EST PARDONNÉ" Un jeune homme a pour sa part confié s'être levé à trois heures du matin pour être sûr de trouver ce numéro très spécial. Les frères Kouachi, qui ont tué 12 personnes mercredi dernier avant d'être eux mêmes abattus vendredi aux termes d'une traque de 48 heures, ont dit avoir voulu "venger le prophète Mohammed", dont Charlie Hebdo a publié des caricatures. La première page du numéro de mercredi répond à cette revendication des tueurs : sur fond vert, la couleur de l'islam, le prophète penaud et la larme à l'oeil, croqué par le dessinateur Luz, rescapé du massacre, brandit le slogan "Je suis Charlie", devenu un cri d'indignation international. Il est surmonté par une petite phrase délibérément à double sens, dans ce contexte : "Tout est pardonné". Fidèle à son esprit caustique et irrévérencieux Charlie publie sur 16 pages des croquis des dessinateurs assassinés -- Charb, Cabu, Tignous, Wolinski -- et des articles de contributeurs eux aussi tués, comme l'économiste Bernard Maris, alias Oncle Bernard, ou la psychanalyste Elsa Cayat. Charlie Hebdo, dont la rédaction a trouvé refuge dans les locaux du quotidien Libération, revient aussi sur la tuerie du 7 janvier et sur l'enquête, notamment dans un article intitulé : "Terrorisme, des trous dans le filet". Comme à son habitude, le journal présente en dernière page à ses lecteurs les couvertures auxquelles ils ont échappé, dont l'une dit : "Terroriste, un métier de feignant et de branleur". Et en page intérieure, il revient en dessins sur les manifestations du week-end sous le titre : "Dimanche 11 janvier 2015, plus de monde pour 'Charlie' que pour la messe". (Emmanuel Jarry et Ingrid Melander, édité par Yann Le Guernigou)

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