France-Prudence face à une éventuelle livraison d'armes en Irak

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* Doutes sur la capacité de la France à jouer les premiers rôles * Les armes pourraient tomber dans de mauvaises mains PARIS, 11 août (Reuters) - La classe politique française s'est globalement prononcée lundi pour une livraison d'armes aux forces kurdes irakiennes qui font face aux combattants de l'Etat islamique (EI), équipés en armes lourdes, tout en appelant à la prudence pour éviter qu'elles ne tombent entre les mains des djihadistes radicaux. En visite en Irak, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a évoqué dimanche la possibilité d'une fourniture d'armes aux combattants kurdes, les Peshmerga, précisant qu'une décision en ce sens pourrait être prise dans les jours qui viennent en liaison avec ses partenaires européens. A l'heure où la mobilisation de la communauté internationale commence à prendre forme, les observateurs émettent des doutes sur la capacité de la France, déjà engagée sur d'autres fronts en Afrique, à jouer un rôle de premier plan en Irak, zone d'influence des Etats-Unis qui multiplient depuis plusieurs jours les frappes aériennes sur des positions de l'EI. A l'image de ses partenaires européens, le soutien de la France pourrait donc se traduire par une aide humanitaire - Paris a acheminé sa première livraison dimanche - et un appui militaire limité via une livraison d'armes sans pour autant intervenir directement en Irak. "Quand on n'intervient pas directement, on a besoin de troupes au sol qui viennent appuyer une action par exemple aéroportée et ça suppose de livrer des armes", a déclaré le porte-parole du Parti socialiste Olivier Faure, sur RTL. "En même temps, on sait que ces livraisons posent parfois des difficultés quand elles tombent dans de mauvaises mains, on l'a vu en Libye", a-t-il ajouté. En 2011, lors de l'opération internationale lancée par la France et la Grande-Bretagne contre les forces libyennes de Mouammar Kadhafi, des armes avaient été fournies aux rebelles. Certaines de ces armes avaient par la suite été récupérées par les djihadistes et réutilisées, pour certaines, au Mali, où les forces françaises ont intervenues début 2013 pour contrer l'avancée de groupes islamistes armés. "DISPROPORTION" "Il faut dans ces domaines-là faire extrêmement attention", a déclaré l'ancienne ministre UMP de la Défense Michèle Alliot-Marie sur France Inter. "Je pense qu'il faut les soutenir mais faire très attention sur ce qu'on leur donne comme moyens d'intervention supplémentaires". En Irak, la prise de Mossoul le 10 juin dernier par l'Etat islamique a permis à l'organisation sunnite de mettre la main, selon des experts, sur de l'armement lourd de fabrication américaine et de progresser rapidement dans le nord du pays. Face à cette disproportion entre l'arsenal des Peshmerga et de l'EI, il est d'autant plus urgent de fournir des armes aux forces kurdes irakiennes, a jugé lundi l'ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. "Pour le moment il faut leur donner les moyens de se défendre, ils ne nous demandent pas de troupes au sol, ils nous demandent du matériel car ils n'en ont pas", a-t-il souligné sur Europe 1. "Je crois que ce serait par rapport à l'idée qu'on a de l'humanité une bonne chose de leur livrer". "Et on peut très bien le contrôler parce que c'est une région (le Kurdistan irakien) qui marche", a-t-il ajouté. Depuis le précédent libyen, la France s'est montrée très prudente dans la livraison d'armes, notamment dans le cas du conflit syrien, refusant d'approvisionner les rebelles en armes en raison du caractère hétérogène de l'armée libre syrienne (ASL) et de son infiltration par des combattants djihadistes. (Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse)

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