France-Premier procès d'une filière djihadiste après les attentats

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    * Le premier procès du genre depuis les attentats du 13 
novembre 
    * Six prévenus présents, Benghalem grand absent 
    * Benghalem, bourreau présumé de Daech 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 1er décembre (Reuters) - Le procès de sept 
djihadistes présumés, dont Salim Benghalem, considéré comme un 
des membres francophones les plus influents de l'Etat islamique 
et qui sera jugé en son absence, s'est ouvert mardi, deux 
semaines après les attentats de Paris. 
    Ils sont soupçonnés d'avoir participé en 2013 à une filière 
d'acheminement de militants islamistes vers la Syrie. 
    Originaire de Bourg-la-Reine, près de Paris, Salim 
Benghalem, alias Abou Mohamed, un homme de 35 ans visé par un 
mandat d'arrêt international depuis le 9 mai 2014, est aussi 
soupçonné d'être l'un des bourreaux de Daech en Syrie.  
    C'est le "grand manipulateur de toutes les recrues 
françaises de Daech", estime Roland Jacquard, président de 
l'observatoire international du terrorisme.  
    D'après lui, le Belge Abdelhamid Abaaoud, chef opérationnel 
présumé des attaques qui ont fait 130 morts à Paris et 
Saint-Denis, tué dans un assaut des forces de l'ordre le 18 
novembre, était sous ses ordres au sein d'une brigade 
francophone à Rakka. 
    Depuis septembre 2014, Benghalem, qui a d'abord rejoint les 
rangs du Front al Nosra, groupe affilié à Al Qaïda, à son 
arrivée début 2013 en Syrie, est inscrit sur une liste 
américaine de "combattants terroristes étrangers". 
    Soupçonné d'avoir été l'un des geôliers de journalistes 
français retenus en Syrie début 2014, aux côtés de Mehdi 
Nemmouche, auteur présumé de la fusillade qui a fait quatre 
morts en mai 2014 au Musée juif de Bruxelles, il est par 
ailleurs visé depuis fin juillet par une enquête pour 
séquestration et enlèvement.  
             
    "MAXIMUM DE DÉGÂTS" 
    Condamné cinq fois par la justice française entre 2001 et 
2010, notamment pour tentative de meurtre, Salim Benghalem est 
connu depuis de nombreuses années des services de renseignement, 
notamment pour ses liens avec certains membres d'une filière 
pakistano-afghane du 19e arrondissement de Paris. 
    C'est dans le cadre de ce réseau que Chérif Kouachi, l'un 
des auteurs de l'attaque contre Charlie Hebdo qui a fait douze 
morts en janvier à Paris, sera condamné en mai 2008 à trois ans 
de prison dont 18 mois avec sursis.      
    Jusqu'à fin 2012, Benghalem fréquente la mosquée de Cachan 
(Val-de-Marne), son dernier lieu de domicile connu en France, 
avant de s'installer quelques mois en Tunisie, fin 2012, avec 
femme et enfants, et de rejoindre seul la Syrie début 2013.  
    D'après son épouse, entendue en garde à vue en janvier 2014, 
c'est à partir de 2011 qu'il se radicalise.  
    En juillet de la même année, il disparaît pendant trois 
semaines et se rend au Yémen, où il se forme à la manipulation 
des armes, comme elle l'expliquera aux enquêteurs. 
    "Il avait reçu pour mission de commettre un attentat en 
France contre des Américains, à l'encontre (...) d'une 
université américaine", détaillera-t-elle, selon une source 
judiciaire. Mais il ne passera jamais à l'acte. 
    En Syrie, Benghalem combat et, en tant que membre de la 
police islamique, participe aux interrogatoires de prisonniers, 
assure-t-elle.   
    Il lui dit vouloir mourir en martyr, et ne pas avoir 
l'intention de rentrer en France. "Si (je rentre), ce sera pour 
faire un attentat, un maximum de dégâts", lui aurait-il déclaré. 
     
    INQUIÉTUDE DES AVOCATS 
    Dans un reportage de janvier 2015 attribué à l'Etat 
islamique, Benghalem salue les actes de Mohamed Merah, qui a 
selon lui fait "quelque chose d'extraordinaire" en assassinant 
sept personnes à Toulouse en mars 2012.  
    Les six autres prévenus, âgés de 23 à 37 ans, devront 
répondre de leur participation, à des degrés divers, à cette 
filière présumée d'acheminement de combattants vers la Syrie. 
Cinq d'entre eux y ont séjourné entre 2013 et 2014, de quelques 
jours à quelques mois. 
    "On aborde (ce procès) avec une grande inquiétude", a 
déclaré à la presse Xavier Nogueras, l'un des avocats de la 
défense. "Les événements de ces derniers jours vont forcément 
influer sur cette longue audience, peut-être impacter la 
sérénité dont on a besoin pour juger ces hommes", a-t-il ajouté. 
    L'un des prévenus, Younes C., est connu pour ses liens avec 
Mohamed Achamlane, fondateur et émir du groupuscule islamiste 
Forsane Alizza, dissous en mars 2012 par le gouvernement, et 
condamné le 10 juillet à neuf ans de prison ferme.   
    Un autre, Paul M., a eu "une longue conversation" en prison 
avec Mehdi Nemmouche le 28 juillet 2014, juste avant sa remise à 
la Belgique.  
    Le procès est prévu jusqu'au 7 décembre. 
 
 (avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse) 
 
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