France-Pas d'arrêt de soins pour Lambert, protection demandée

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* Vincent Lambert maintenu en vie en l'absence de décision * Les médecins invoquent un problème de "sécurité" * Le procureur saisi en vue d'une saisie du juge des tutelles (Actualisé avec avocat de l'épouse, background) PARIS, 23 juillet (Reuters) - Le collège de médecins chargés de statuer sur le cas de Vincent Lambert, patient tétraplégique en état végétatif dont le sort déchire sa famille, a suspendu jeudi la procédure, les conditions de "sérénité" n'étant selon lui pas réunies. Les proches du patient ont précisé que Daniela Simon, médecin responsable de la procédure, les avait informés qu'elle allait s'en référer au ministère de la Santé quant aux suites à donner et qu'elle saisissait le procureur en vue d'une saisie d'un juge des tutelles qui devra désigner un représentant légal. "Les conditions de sérénité et de sécurité nécessaires à la poursuite de cette procédure, tant pour Vincent Lambert que pour l'équipe soignante, ne sont pas réunies", dit le CHU de Reims dans un communiqué, sans plus de précision. "En conséquence, le médecin en charge de Vincent Lambert a décidé de suspendre la procédure collégiale placée sous sa responsabilité." L'avocat de l'épouse de Vincent Lambert, Rachel, a regretté que les médecins n'aient pas pris de décision claire alors que la justice avait ouvert la voie à un arrêt de l'alimentation, comme le souhaitent Rachel Lambert et une partie de la famille. "Cette décision des médecins relève d'un manque de courage ou peut-être que la pression était tellement forte qu'ils ont cherché une porte de sortie, mais un jour ou l'autre, ils devront se prononcer", a dit Me Laurent Pettiti à Reuters. Les parents et le demi-frère du patient, qui refusent toute aide à mourir, se sont, eux, dits soulagés. Devant la presse, ils ont expliqué que le docteur Daniela Simon avait fait état de menaces sur son équipe et d'un "projet d'enlèvement". Me Pettiti a évoqué, lui, les actes "d'un fou, sur internet, qui a menacé d'enlever tout le monde". VÉGÉTATIF OU HANDICAPÉ Le médecin "estime que Vincent a besoin de protection, son personnel aussi, elle estime devoir saisir le procureur sur sa protection globale", a dit Viviane Lambert, mère du patient. Vincent Lambert, ancien infirmier de 38 ans, a été victime d'un accident de la route en 2008. Par deux fois, les médecins avaient décidé d'un arrêt des soins, ce qu'on validé le Conseil d'Etat et la Cour européenne des droits de l'homme. Le patient n'ayant pas rédigé de "directives anticipées", la demande d'interruption des soins émane de son épouse Rachel, de cinq de ses frères et soeurs et d'un neveu qui souhaitent qu'il puisse mourir "dignement", conformément selon eux à ses valeurs. Elle est en revanche âprement combattue par ses parents, Pierre et Viviane Lambert, et par un demi-frère qui voient en lui un simple "handicapé" qu'il faut maintenir en vie et qui ont déjà, à deux reprises, saisi la justice pour s'y opposer. La précédente procédure collégiale, qui avait été suivie d'un nouveau recours judiciaire des parents, s'était tenue en janvier 2014 et tenait compte de la nature irréversible des lésions cérébrales du patient. Une nouvelle expertise, ordonnée par le Conseil d'Etat, a rendu des conclusions similaires en mai 2014, mais l'avocat des parents, Me Jean Paillot, affirme disposer d'attestations de médecins mettant en doute l'état "végétatif" de Vincent Lambert. PLAINTES Les parents affirment que leur fils a recommencé à déglutir - ses médecins affirment en revanche qu'il n'a jamais cessé d'avoir ce réflexe indispensable à la survie - et pourrait, moyennant rééducation, être nourri par voie buccale et sortir de l'hôpital pour intégrer un établissement spécialisé. Ils ont déposé la semaine dernière à Reims une plainte pénale contre l'hôpital pour tentative d'assassinat, en référence au début de mise en oeuvre d'un premier arrêt de l'alimentation, en avril 2013, dont ils avaient obtenu l'interruption, n'ayant pas été associés à la procédure. La plainte vise aussi des faits de séquestration et de mauvais traitements infligés selon eux, depuis cette date, à leur fils, eu égard à l'interruption de certains soins dont il bénéficiait au début de son hospitalisation, tels que kinésithérapie et "mise au fauteuil". Une seconde plainte pénale a été déposée contre Rachel Lambert pour "faux, usage de faux et faux témoignage", du fait qu'elle n'aurait pas donné sa nouvelle adresse à l'hôpital en 2013, alors qu'elle avait quitté la France pour la Belgique. Elle aurait ainsi usurpé, selon Me Paillot, le statut de "protecteur naturel" de son époux, tel que reconnu par le droit en l'absence de directives anticipées données par le malade et de personne de confiance par lui désignée. L'avocat de Rachel Lambert, lui, assure qu'une décision de justice l'a confortée dans son droit à représenter Vincent Lambert dans les actes de la vie civile. (Gregory Blachier et Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse)

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