France-Nouveau cap pour la compagnie Corsica Linea

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    * Le comité d'entreprise conteste les conditions de la 
cession 
    * La direction veut gagner des parts de marché 
    * Les nationalistes veulent en faire une compagnie régionale 
 
    par Jean-François Rosnoblet 
    MARSEILLE, 3 mai (Reuters) - La direction de l'ex-SNCM 
devenue Corsica Linea a fixé mardi des objectifs ambitieux à la 
nouvelle compagnie maritime, qui devra louvoyer entre 
l'offensive judiciaire menée par son propre comité d'entreprise 
et la Collectivité territoriale de Corse, où les nationalistes 
veulent en faire une compagnie régionale. 
    "J'ai trouvé une entreprise fatiguée, qui a vécu 18 mois 
compliqués", a reconnu son directeur général, Pierre-Antoine 
Villanova, ancien cadre de Suez-Environnement qui présidera aux 
destinées de l'entreprise de 870 personnes, moitié moins que 
l'ex-SNCM placée en redressement judiciaire. 
    Le nouveau dirigeant veut mettre en place un "management 
simple, pragmatique et axé sur une forte proximité" pour 
retrouver les parts de marchés perdues par la compagnie au terme 
de plusieurs années d'errance et de démêlés judiciaires. 
    Pour 2016, il prévoit un chiffre d'affaires de 165 millions 
d'euros, ce qui représente entre 450.000 et 500.000 passagers 
transportés et 900.000 mètres linéaires de fret, soit une 
augmentation respective de 5 et 10% par rapport à l'an passé. 
    "On veut remplir les bateaux sur l'ensemble de l'année, au 
meilleur tarif et avec une qualité de service exemplaire", 
résume-t-il. le but est de "multiplier rapidement" par trois les 
12% de parts de marché actuellement détenues par la compagnie 
sur les dessertes entre la Corse et le continent. 
    Corsica Linea annonce aussi un investissement annuel de 18 
millions d'euros dans la rénovation des bateaux et des remises 
de 30 à 50% sur le prix de produits ciblés pour s'attaquer au 
leadership de Corsica Ferries. 
    "Notre terrain de jeu, c'est la Méditerranée occidentale. On 
a un double ancrage avec la Corse, qui pèse 60% de nos 
activités, et Marseille, qui est et restera le port naturel de 
Corsica Linea", souligne Pierre-Antoine Villanova. 
    La crainte d'un transfert du siège social de la compagnie 
maritime en Corse est l'une des raisons de l'action en justice 
des salariés du comité d'entreprise de l'entreprise, qui 
contestent la fusion entre la MCM et la CM Holding. 
     
    UNE COMPAGNIE RÉGIONALE ? 
    Ils estiment que cette alliance entre deux anciens rivaux 
pour la reprise de la SNCM ne respecte pas les modalités du plan 
de cession présenté par le repreneur désigné par le tribunal de 
commerce de Marseille en novembre dernier. Il réclame 
l'annulation de la cession des titres de MCM à CM Holding.  
    Le tribunal de commerce examinera le dossier le 18 mai. 
    "Tout ce que nous faisons s'inscrit dans la continuité de ce 
qui a été présenté par M. Rocca au tribunal de commerce. Je ne 
suis pas inquiet", affirme l'un des 15 actionnaires principaux 
et président de Corsica Linea, Pascal Trojani. 
    Le dirigeant a évoqué la signature des accords sociaux, la 
création effective d'une fiducie sur deux bateaux de la flotte 
et la signature d'un bail pour les locaux de la société qui fait 
de Marseille le "coeur opérationnel" de la compagnie, même si le 
siège social doit être transféré à Ajaccio fin 2017. 
    D'ici là, les discussions avec la Collectivité territoriale 
de Corse (CTC) auront abouti. Dominée depuis décembre 2015 par 
les nationalistes, la CTC n'a jamais caché sa volonté de créer 
une compagnie régionale pour assurer les liaisons entre la Corse 
et le continent, et de se positionner au coeur du futur système. 
    "On est sur une discussion globale avec la CTC, dont 
l'échéance est la mise en place d'une nouvelle délégation de 
service public (DSP). L'activité de Corsica Linea ne peut pas 
continuer sans DSP", indique Pascal Trojani en référence aux 
subventions pour relier la Corse et le continent toute l'année. 
    La Commission européenne avait donné son aval à la reprise 
de la SNCM, placée en redressement judiciaire en novembre 2015, 
constatant une "discontinuité économique" qui ouvrait la voie à 
l'abandon des recours européens pour obtenir le remboursement de 
440 millions d'euros de subventions illégales. 
    "Tout a été mis en place pour que cette discontinuité soit 
avérée. Nous avons remis un dossier en ce sens à Bruxelles", a 
conclu le président de Corsica Linea. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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