France-Nicolas Sarkozy, une reconquête qui "patine"

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* Bygmalion, un "boulet" judiciaire * Copé, la nouvelle menace politique? * Sarkozy en manque de "sang neuf" par Sophie Louet PARIS, 19 octobre (Reuters) - Nicolas Sarkozy a fait des cahots de sa carrière politique autant de tremplins pour se relancer, mais les obstacles judiciaires et politiques qui se sont dressés récemment sur son chemin brouillent singulièrement son scénario de "reconquête". La charge inattendue de Jérôme Lavrilleux, l'ex-directeur adjoint de la campagne de 2012 et ancien bras droit de Jean-François Copé à la tête de l'UMP, a rappelé à l'ancien président l'acuité de la menace Bygmalion, cette enquête sur de fausses factures présumées pour financer sa campagne dont l'issue pourrait survenir en 2016, année de la primaire. "On n'est pas du tout à la fin de l'instruction, d'autant qu'il y a une expertise en cours. Il faut compter plusieurs mois", précise à Reuters Me Patrick Maisonneuve, avocat de la société de communication Bygmalion. "Il va traîner cette affaire comme un boulet", juge un parlementaire des Républicains. Le revirement de Jérôme Lavrilleux, qui accuse dans L'Obs Nicolas Sarkozy, après l'avoir défendu, de mentir et de ne pas "assumer" sa responsabilité dans les dérapages financiers de 2012, signe aussi le réveil des "copéistes" qui, entre blessures d'amour-propre et sentiments de trahison, pourraient jouer leur carte à la primaire. Brice Hortefeux, lieutenant de Nicolas Sarkozy, a précisé dans Le Journal du Dimanche avoir demandé la semaine dernière à Jean-François Copé, qui revient dans le jeu politique à pas mesurés après un an de silence, de n'utiliser ses "qualités" "que pour construire un destin collectif." "Outre Juppé, Fillon et Le Maire, il a à nouveau Copé dans les pattes qui a bien l'intention de venir troubler le jeu des primaires. On vient de voir Lavrilleux se rappeler à la mémoire des uns et des autres. Tout ça n'est pas bon du tout pour Sarkozy", commente un député "copéiste" des Républicains. SARKOZY SE DIT SEREIN L'entourage du président des Républicains affiche sérénité et confiance, en assurant n'attacher "aucune importance" et "aucune crédibilité" aux propos de Jérôme Lavrilleux. Eric Woerth, qui fut confronté aux vicissitudes judiciaires, vante une équipe "en ordre de marche" pour l'alternance en 2017. "La machine est lancée à l'intérieur des Républicains pour produire des idées. On est dans un temps d'accélération", déclare le député chargé du projet présidentiel du parti. Une plateforme de contribution, inspirée du "pacte présidentiel" de la candidate socialiste Ségolène Royal en 2007, a été ouverte sur internet pour que "chaque Français puisse y déposer ses idées". En novembre, trois conventions se succéderont sur les thèmes de la sécurité, de l'agriculture et de la fonction publique. "On n'est pas obligés à la médiocrité du projet parce que chaque candidat a son cadrage", souligne Eric Woerth. Un élu centriste se gausse de la soudaine conversion de Nicolas Sarkozy à "la démocratie participative" qui révèle selon lui un futur candidat en mal de renouvellement. BOÎTE A IDÉES "Le principal point faible de Nicolas Sarkozy, c'est qu'il n'a pas de boîte à idées. (...) Il n'a plus autour de lui cette équipe qui avait fait la magie de la campagne de 2007", estime le politologue Thomas Guénolé. Récemment, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, bien que rentré dans les bonnes grâces de son ex-rival et ennemi, réclamait du "sang neuf". "Ce ne serait pas très réjouissant de revoir le match Sarko-Hollande de 2012. Je crois que les Français en ont marre des deux", relève un député LR, pourtant peu soupçonné d'anti-sarkozysme. "Ça patine, Sarkozy donne parfois l'impression de ne pas trop y croire et s'inquiète, comme le montre sa tentative de vouloir réduire le nombre de bureaux de vote pour la primaire (interne de 2016 pour la désignation du candidat de la droite-NDLR). L'affaire Morano n'a pas arrangé les choses", dit-il. Selon un sondage Odoxa, plus de deux tiers des Français (67%) estiment que Nicolas Sarkozy ne pourra pas représenter les Républicains en 2017 en raison des affaires. ( ID:nL8N12G3W5 ) Réponse de Brice Hortefeux dans le JDD : "Je suis certain que les attaques, insultes et tentatives de déstabilisation dont il a fait l'objet deviendront le moment venu un atout pour lui." Une autre enquête, réalisée par Elabe en septembre, montre que si Nicolas Sarkozy fait la course en tête à ce stade pour la primaire grâce au noyau dur de ses sympathisants, le nombre considérable de participants potentiels au vote -- plus de 4,5 millions -- élargit le champ des possibles pour ses adversaires, au premier rang desquels Alain Juppé. (avec Emile Picy et Gérard Bon, édité par Yves Clarisse)

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