France-Nicolas Sarkozy tente de rebondir par l'autocritique

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    * L'ancien président tente le pari de la "vérité" 
    * Le "Tout sauf Sarkozy" s'amplifie à droite 
    * 72% des Français ne veulent plus de lui 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 21 janvier (Reuters) - Plus de trois ans et demi 
après sa défaite, Nicolas Sarkozy sacrifie finalement au droit 
d'inventaire sur son bilan présidentiel, un va-tout inéluctable 
tant la défiance à son égard grandit dans l'électorat et son 
camp. 
    Le défi tient en un livre, "La France pour la vie", dont la 
couverture est révélée jeudi sur le compte Twitter de l'ancien 
président avant sa parution lundi. 
    En cette période d'effervescence littéraire chez les 
candidats, déclarés ou non, à la primaire de la droite et du 
centre de novembre, Nicolas Sarkozy promet la "vérité sur  s es 
erreurs et  s es réussites". "Mission impossible? Peut-être. 
Mais au moins me serai-je exposé personnellement et aurai-je 
essayé", écrivait-il lundi sur son compte Facebook. 
    Le président des Républicains prend soin d'inscrire sa 
démarche dans le contexte d'une "crise de confiance" entre les 
Français et les gouvernants, dans l'espoir d'apparaître 
au-dessus des histoires de la "famille" LR, qu'il continue 
d'appeler ainsi malgré les attaques répétées à son endroit. 
    "Essayer de parler le plus librement et le plus franchement 
possible, ce que j'ai essayé de faire dans un livre qui sortira 
bientôt, c'est me semble-t-il la seule réponse crédible à la 
crise de confiance qui existe", a-t-il plaidé jeudi en marge 
d'un déplacement à Nîmes, où il a passé deux jours dans le cadre 
de son tour de France pour la primaire. 
    Nicolas Sarkozy, distancé dans les sondages par Alain Juppé, 
tire du passé la conviction que cette offensive éditoriale peut 
le relancer. "Libre", écrit après sa traversée du désert de 
1999-2001, et "Ensemble", paru au début de sa campagne 
victorieuse de 2007, avaient été des succès et des moteurs. 
     
    IL "A FAIT SON TEMPS" 
    "Parmi les éléments qui expliquent la dégradation de son 
image, l'élément structurant n'est pas tant sa ligne politique 
que le jugement porté sur sa personnalité. (...) Si l'inventaire 
porte uniquement sur le bilan et pas sur sa gouvernance et sur 
lui-même, l'exercice sera déceptif", estime Bernard Sananès, 
président d'Elabe, dans L'Opinion. 
    Selon un sondage de l'institut réalisé les 19 et 20 janvier, 
plus de sept Français sur dix (72%), dont 60% des sympathisants 
de la droite et du centre, jugent que Nicolas Sarkozy "a fait 
son temps" et 64% qu'il est un handicap pour la droite; 53% des 
sympathisants du centre et de la droite pensent le contraire. 
    "C'est un vrai trou d'air", concédait mardi Claude Guéant, 
son ancien secrétaire général de l'Elysée.  
    Il est loin le temps où Christian Estrosi, aujourd'hui 
sarkozyste quasi repenti, vantait en Nicolas Sarkozy le "leader 
naturel" de la droite. C'était à l'été 2012, quand le droit 
d'inventaire était encore tabou malgré l'amertume de la défaite. 
    L'ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot, 
aujourd'hui retirée de la politique, s'y était bien essayée la 
première, sans succès. "La lucidité est toujours douloureuse. 
Mais celui qui ne pratiquera pas la lucidité bâtira la 
construction sur du sable", avait-elle osé en juin 2012. 
    Les voix se sont longuement tues, elles éclatent aujourd'hui 
avec virulence. 
     
    RENCONTRE COPÉ-JUPPÉ 
    "Je n'entends que des Français et des Françaises de droite 
qui disent qu'ils ne veulent pas que Nicolas Sarkozy soit 
candidat", répète le député-maire LR Hervé Mariton. "Si Nicolas 
Sarkozy se présente, nous aurons Hollande qui sera reconduit", 
considère pour sa part le député LR de Paris Bernard Debré. 
    Même le député Frédéric Lefebvre, ancien lieutenant de la 
Sarkozie, se lance dans la course à la primaire présidentielle 
via une lettre aux maires dans laquelle il dénonce le "théâtre 
d'ombres qu'est devenue la politique nationale". 
    "Le débat est salutaire, le débat est nécessaire", a 
relativisé Nicolas Sarkozy mercredi soir lors d'un discours 
devant un millier de partisans à Nîmes. Un élu fidèle s'irrite 
de la tentation du "procès stalinien". 
    "Je veux bien que les autres essayent d'accélérer pour me 
rattraper : il ont beaucoup de retard, et surtout je crois 
qu'ils n'ont pas fait l'autocritique suffisante pour bâtir un 
projet", a commenté jeudi sur Europe 1 l'ancien Premier ministre 
de Nicolas Sarkozy, François Fillon. 
    Nicolas Sarkozy a réaffirmé mercredi soir travailler à "un 
projet politique fort" qui réconcilie les Français avec le 
travail, assume "les racines chrétiennes de la France" et fasse 
le choix de "l'assimilation" des immigrés. 
    "Je ne ferai pas le cadeau à la gauche d'idées qui nous 
couperaient de nos compatriotes alors que ma volonté, c'est que 
nous parlions à tous les Français", a-t-il prévenu dans une 
claire allusion à la ligne centriste d'Alain Juppé. 
    Le maire de Bordeaux s'est entretenu jeudi matin avec 
Jean-François Copé, un échange qualifié de "cordial" et 
"fructueux" par l'entourage du député-maire LR de Meaux. 
    L'ancien président de l'UMP, revenu sur la scène politique 
après être tombé en disgrâce sous le poids de l'affaire 
Bygmalion, ménage le suspense sur ses intentions pour la 
primaire, mais candidat putatif ou pas, il s'impose comme une 
menace de plus pour Nicolas Sarkozy. 
 
 (avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse) 
 
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