France-Manuel Valls passe encore en force sur la loi Travail

le , mis à jour à 17:52
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    * Valls dénonce une alliance entre frondeurs PS et droite 
    * Les frondeurs avaient proposé un compromis de dernière 
minute 
    * La droite renonce à présenter une motion de censure 
    * Les opposants manifestent, la CGT promet une rentrée 
agitée 
 
 (Avec déclaration de Manuel Valls, réactions) 
    PARIS, 5 juillet (Reuters) - Manuel Valls a de nouveau 
engagé mardi à l'Assemblée nationale la responsabilité du 
gouvernement sur le projet de loi Travail, faute de majorité sur 
ce texte contesté au même moment dans la rue par une douzième 
mobilisation syndicale en quatre mois.  
    Le Premier ministre a défendu un "texte de progrès social" 
nécessaire face à la concurrence internationale, et renvoyé dos 
à dos "frondeurs" socialistes et opposition de droite, hostiles 
pour des raisons opposées à cette réforme du marché du travail. 
    "Nous constatons une alliance des contraires, une alliance 
des conservatismes et des immobilismes", a-t-il lancé. "Cette 
alliance, c'est celle de ceux qui ne veulent rien changer et 
qui, au fond, se satisfont du marché du travail tel qu'il est." 
    En vertu de l'article 49-3 de la Constitution invoqué mardi 
par Manuel Valls, si aucune motion de censure n'est présentée et 
votée contre le projet d'ici mercredi à 15h15, le texte sera 
réputé adopté et effectuera une dernière navette entre le Sénat 
et l'Assemblée avant son adoption définitive le 20 juillet. 
    Les frondeurs du PS, qui avaient refusé en mai de voter le 
texte en première lecture et contraint déjà Manuel Valls au 
49-3, avaient proposé une tentative de compromis mardi matin. 
    Mais le Premier ministre leur a opposé une fin de non 
recevoir : "Il y a ceux qui prétendent artificiellement vouloir 
le compromis et il y a ceux qui patiemment le construisent." 
    "On est face à un mur d'intransigeance", a dit le "frondeur" 
Laurent Baumel, qui tente avec ses alliés de déposer une motion 
de censure de la "gauche de la gauche", malgré les menaces de 
sanction de la direction du Parti socialiste. 
    Celle-ci a averti que les signataires d'une telle motion 
seraient exclus du parti et ne pourraient donc pas obtenir leur 
investiture pour les élections législatives de 2017. 
    Le 11 mai, lors de la première lecture, un projet de motion 
de censure de gauche n'avait recueilli que 56 signatures de 
députés au lieu des 58 requises. 
     
    LA CGT DONNE RENDEZ-VOUS À LA RENTRÉE 
    Contrairement à ce qui s'est passé en mai, la droite a 
renoncé à déposer une telle motion. Les présidents des groupes 
Les Républicains (LR) et UDI (centristes) ont fait savoir que 
leurs troupes ne voteraient pas une motion de censure déposée 
par la gauche de la gauche. 
    "Nous avons décidé de stopper cette mascarade et de laisser 
Valls au milieu du champ de ruines qu'il a créé", a déclaré le 
chef du groupe LR à l'Assemblée, Christian Jacob. 
    Le président du Medef, Pierre Gattaz, avait pour sa part 
appuyé par avance l'utilisation du 49-3 "pour fermer la 
parenthèse" de quatre mois de contestation sociale. 
    Le dirigeant patronal a redit à la presse que ce projet de 
réforme était pour lui une "immense déception" dans sa version 
actuelle, la quatrième, édulcorée par rapport à la première pour 
satisfaire les syndicats réformistes, dont la CFDT. 
    Les syndicats opposés au texte, CGT et Force ouvrière en 
tête, organisaient mardi une 12e journée d'action en forme de 
baroud d'honneur avant les congés d'été, avec des défilés, 
notamment à Paris. Mais l'assistance était maigre.   
    Le recours au 49-3 est "un nouvel aveu d'échec pour le 
gouvernement", a déclaré en tête de cortège le secrétaire 
général de la CGT, Philippe Martinez. "On donne rendez-vous à 
tous les mécontents à la rentrée." 
    "Le mécontentement s'accentue avec un gouvernement qui, même 
quand sa majorité lui propose des modifications, les refuse et 
veut passer en force", a-t-il ajouté. 
    Plus de 120 députés PS avaient signé un amendement visant à 
empêcher un accord d'entreprise de fixer un taux de majoration 
des heures supplémentaires inférieur à 25% pour les huit 
premières et à 50% pour les suivantes, comme actuellement. 
    Manuel Valls a rejeté cette proposition, qui remettait en 
partie en cause l'article 2, le plus emblématique mais aussi le 
plus contesté d'un texte qui instaure la primauté des accords 
d'entreprise en matière d'organisation du travail, comme pour 
les heures supplémentaires et leur rémunération.   
    "Devant cette incapacité à réformer le pays sans le 
brutaliser, nous sommes très nombreux (à nous) interroger sur 
son aptitude à gouverner", a réagi Christian Paul, l'un des 
chefs de file des frondeurs. 
 
 (Emmanuel Jarry, avec Sophie Louet et Emile Picy, édité par 
Yves Clarisse) 
 
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