France-Lunel, une petite ville face au phénomène djihadiste

le
1

* Six jeunes de Lunel ont trouvé la mort en Irak ou en Syrie * Le député local dénonce un "terreau de gens malfaisants" * Le taux de chômage élevé de la ville pointé du doigt par François Revilla LUNEL, Hérault, 29 janvier (Reuters) - Lunel, 26.000 habitants, une vingtaine de jeunes partis combattre en Irak et en Syrie, où six d'entre eux ont été tués, soit 10% des morts français dans le djihad au Moyen-Orient: la petite ville de l'Hérault est sous le choc de ce qui lui arrive. Cinq hommes soupçonnés d'avoir recruté des volontaires pour le djihad et de les avoir aidés financièrement ont été arrêtés mardi dernier lors d'une opération menée à l'aube par le Raid et le GIPN à Lunel et dans deux villages voisins. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, s'est félicité du démantèlement d'une filière "particulièrement dangereuse et organisée", précisant que plus de dix Lunellois avaient depuis un an quitté la France pour rejoindre le seul l'Etat islamique en Syrie. Les élus locaux de cette ville paisible située entre Nîmes et Montpellier se félicitent de cette opération policière préparée depuis plusieurs mois. "Nous avons eu affaire dans cette ville à un terreau de gens malfaisants qui ont endoctriné des jeunes et les ont encouragés à partir combattre, des salopards qui embrigadaient de la chair à canon", a déclaré à Reuters Patrick Vignal, le député socialiste de cette circonscription de l'Hérault. "Nous avons tapé fort contre eux, il s'agit maintenant de passer à la phase deux et de reconstruire. Le travail social n'a pas été fait, il faut retourner dans les quartiers." L'élu pointe notamment le taux de chômage des jeunes Lunellois, "situé entre 18 et 20 %". "UNE POIGNEE DE LOUPS" Le conseiller municipal socialiste Philippe Moissonnier déplore que l'initiative du gouvernement, qui vient de lancer un site Internet de prévention de la dérive djihadiste, ne soit pas intervenue plus tôt. "Je regrette qu'il n'y ait pas eu de grande campagne nationale d'information sur cette dérive sectaire liée à l'islam, il faut que les familles sachent comment ça se passe pour faire de la prévention", dit l'élu d'opposition qui prône un nouveau contrat de ville pour lutter contre l'enclavement et la pauvreté ainsi qu'une nouvelle carte scolaire pour assurer la mixité avec une partie de la population originaire du Maghreb. "On avait affaire ici à une poignée de loups, une vingtaine de personnes qui se différenciaient par l'attitude ou la façon de s'habiller. J'avais eu des échos sur le fait que certains mettaient la pression sur ceux qui buvaient de l'alcool par exemple. Mais on ne se doutait pas que l'on en était arrivé à ce point-là", a-t-il dit à Reuters. Des témoins qui refusent que leur nom soit donné affirment que des recruteurs pour le djihad intervenaient aux alentours de la mosquée "El Baraka" affiliée au Tabligh, un mouvement piétiste et prosélyte d'origine pakistanaise. La mosquée accueille également une école coranique. Dans les colonnes du quotidien Le Midi Libre, Lahoucine Goumri, l'ancien président de cette mosquée, avait refusé en décembre de condamner les départs de jeunes vers la Syrie. La préfecture de l'Hérault avait alors dénoncé "l'irresponsabilité affichée par cette autorité religieuse". L'IMAM DE LA MOSQUEE REMPLACE Lahoucine Goumri a été remplacé le 12 janvier, quelques jours après les attentats djihadistes qui ont fait 17 morts en France, par un nouveau président, Rachid Belhadj désormais à la tête de l'Union des musulmans de Lunel. Les nouveaux dirigeants de cette mosquée récente située dans une zone commerciale excentrée affirment qu'ils n'avaient rien à voir avec une éventuelle filière djihadiste. "Ces jeunes qui sont morts en Syrie, il est vrai que c'est des jeunes qui fréquentaient la mosquée. Pour la plupart, on les connaissait. La mosquée est un lieu de culte, on n'est pas des policiers. Tout le monde peut rentrer. Mais je peux l'affirmer très fort, la mosquée n'a jamais été en quoi que soit à la source de cette fameuse filière djihadiste qu'il y aurait à Lunel", dit Djamel Benabelkader, porte-parole et vice-président de l'association des musulmans de Lunel. Selon un jeune Lunellois tenant à rester anonyme et qui connaissait certains des jeunes partis en Syrie, les motivations de ces derniers étaient "humanitaires". "Lunel est une ville tranquille, où il ne se passe rien, ce n'est pas OK Corral", estime Pascal Gomez, un militant associatif qui a organisé deux rassemblements dans la ville après les attentats de début janvier. "Lors de ces rassemblements, nous avons ramené des jeunes avec qui plus personne n'arrivait à parler. Leur pays c'est la France, ils sont originaires d'Algérie ou du Maroc, qui ne les reconnaissent pas. La France ne fait rien pour eux, il faut qu'ils trouvent leur place", dit-il. (Edité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • p.pouzel le jeudi 29 jan 2015 à 13:31

    Pourquoi ne pas créer un impôt, local et national, dont le produit serait versé directement aux jeunes sur une base cultuelle ?Cela favoriserait l'insertion. C'est déjà la réalité, mais diffuse.