France-Les trois djihadistes présumés placés en garde à vue

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* Les trois hommes placés en garde à vue après leur reddition * Une initiative "malencontreuse" de la Turquie, dit Le Drian * Enquête sur les dysfonctionnements en France (Actualisé avec Cazeneuve, procureur) par Johanna Decorse PARIS/TOULOUSE, 24 septembre (Reuters) - Les trois djihadistes présumés dont l'arrivée en France en provenance de Turquie a fait l'objet mardi d'un gros cafouillage sur lequel le gouvernement a ouvert une enquête de police ont été placés mercredi en garde à vue après s'être rendus. "Ces trois djihadistes sont aujourd'hui neutralisés", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. Les trois hommes, dont le beau-frère de Mohamed Merah, qui avait tué sept personnes à Toulouse et Montauban avant d'être abattu par la police, avaient atterri mardi soir à Marseille sans être interpellés par les forces de l'ordre. Ils ont loué une voiture à Marseille pour se rendre mercredi à la gendarmerie de Caylar (Hérault), un village de 446 âmes, où ils ont trouvé porte close et ont appuyé sur l'interphone pour signifier leur volonté de s'expliquer, ont dit leurs avocats . "Ils veulent être entendus par les services de gendarmerie", a déclaré Apollinaire Legros-Gimbert, avocat de Gaël Maurize, un des trois hommes soupçonnés d'avoir mené le djihad en Syrie. "Ils étaient étonnés de ne pas avoir été interrogés hier", a ajouté le défenseur de ce boulanger converti à l'islam. Le procureur de Montpellier, Patrick Desjardin, a déclaré à Reuters qu'ils avaient été placés en garde à vue à Lodève (Hérault) dans le cadre d'une instruction ouverte pour "association de malfaiteurs à visée terroriste". Ils devaient ensuite être transferés à Montpellier, où ils seront pris en charge par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), puis à Paris. UNE SÉRIE DE RATÉS Leur arrivée en France a été entourée d'une série de ratés. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a accusé mercredi sur France Info les autorités turques d'être à l'origine du "gros cafouillage" intervenu la veille. Les policiers français attendaient les suspects à Paris mais le commandant de bord de l'avion qu'ils devaient prendre leur a refusé l'embarquement. Ils ont pris un autre avion à destination de Marseille sans qu'Ankara avertisse les autorités françaises. "Ce dysfonctionnement dans la relation entre les services turcs et les services français mérite qu'une concertation approfondie s'engage", a dit à la presse Bernard Cazeneuve, qui a annoncé qu'il allait se rendre en Turquie pour le résoudre. Un porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères a toufefois déclaré que la Turquie "avait fait ce qui devait être fait sur ce dossier", se refusant à tout autre commentaire. A leur arrivée à Marseille, les trois hommes soupçonnés d'avoir participé au djihad en Syrie ont passé les contrôles sans encombre et se sont étonnés de repartir libres de l'aéroport, ont rapporté leurs avocats. Le système de contrôle des passeports était en panne à Marseille au moment de leur arrivée. "J'ai demandé à ce qu'il y ait une inspection de l'Inspection générale de l'administration et de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), qui fassent le point sur l'ensemble des événements qui se sont produits hier", a déclaré Bernard Cazeneuve, avant un débat sur l'engagement de la France dans des frappes aériennes contre l'Etat islamique en Irak. L'opposition UMP a réclamé mercredi la création d'une commission d'enquête parlementaire sur ce pataquès. LES TROIS CRAIGNAIENT POUR LEUR VIE "Alors que nos compatriotes ont besoin de se sentir en sécurité compte tenu de la menace terroriste qui pèse sur notre pays, je tiens à dénoncer avec force le cafouillage incompréhensible et intolérable, créé hier par le gouvernement, autour du retour de Syrie de trois présumés djihadistes français", a écrit le député Eric Ciotti dans un communiqué. Mais aucun membre de l'opposition n'a réclamé la démission de Bernard Cazeneuve, qui a renvoyé la droite aux dysfonctionnements de l'enquête sur Mohamed Merah lorsqu'elle était au pouvoir. Le tueur était suivi par les services et aurait pu être arrêté avant de passer à l'acte. "Toutes les polémiques lancées de façon excessive, outrancière, de la part d'un certain nombre d'acteurs notamment de l'opposition, qui ont eu à connaître l'affaire tragique des assassinats de Toulouse perpétrés par Mohammed Merah, relèvent de la politique politicienne", a-t-il dit. Pierre Le Bonjour, avocat d'Abdelouahab el Baghdadi, le compagnon de la soeur de Mohamed Merah, Souad Merah, a déclaré que les trois hommes voulaient quitter la Syrie et que l'un d'eux, Imad Djebali, a même demandé à son avocat de contacter l'ambassade de France à Ankara pour organiser leur retour. Christian Etelin, qui était l'avocat de Mohamed Merah et conseille aujourd'hui sa soeur Souad, a dit mardi avoir été en contact à plusieurs reprises avec Abdelouahab el Baghdadi quand celui-ci était détenu en Turquie. "Ils sont persuadés d'avoir été condamnés à mort par l'Etat islamique et c'est pour cette raison qu'ils ont tout fait pour s'échapper et qu'ils se sont livrés à la police turque et ont demandé l'aide et la protection des autorités turques." Selon les autorités, le nombre de Français impliqués dans les filières djihadistes en Syrie et en Irak est passé de 555 à 932 depuis le 1er janvier. Trente-six d'entre eux ont été tués, 185 combattants ont quitté le théâtre des opérations et 118 sont de retour en France. Quelque 230 personnes auraient des velléités de départ. (Avec Marion Douet à Paris, édité par Yves Clarisse)

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