France-Les tensions s'exacerbent autour du burkini

le
1
    * La verbalisation d'une femme voilée alimente la polémique 
    * Le CFCM reçu en urgence au ministère de l'Intérieur 
    * "Cela va alimenter la propagande de l'EI", dit un 
spécialiste 
 
    PARIS, 24 août (Reuters) - Les tensions autour du port du 
burkini sur les plages françaises se sont avivées mercredi avec 
les abus reprochés aux policiers de plusieurs villes qui ont 
pris des arrêtés contre ce costume de bain pour femmes 
musulmanes. 
    Elles surviennent à la veille de l'examen par le Conseil 
d'Etat, la plus haute juridiction administrative française, de 
la requête de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) contre un 
arrêté anti-burkini pris à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes). 
    Après l'affaire d'une Toulousaine qui dit avoir été 
verbalisée à Cannes pour un simple voile, les photos publiées 
par le quotidien britannique The Daily Mail d'une femme invitée 
à retirer une tunique ont fait le tour du Web. 
    Pour David Thomson, reporter de RFI spécialisé dans le 
djihadisme, les photos de Nice "vont alimenter des années de 
propagande djihadiste". 
    "Les sympathisants djihadistes semblent eux-mêmes surpris 
que la police municipale de Nice fasse leur travail de 
propagande à leur place", dit-il sur France info. "Pour eux, 
c'est du pain béni. Le récit djihadiste martèle depuis des 
années qu'il serait impossible pour un musulman de vivre sa 
religion dignement en France." 
    Joint par Reuters, Abdallah Zekri, président de 
l'Observatoire national contre l'islamophobie, déplore une 
"stigmatisation qui ne fait qu'encourager les recruteurs de 
Daech" (l'Etat islamique, NDLR). 
    Une Toulousaine de 34 ans a déclaré mardi avoir été 
verbalisée le 16 août à Cannes, où le maire Les Républicains a 
signé fin juillet un arrêté proscrivant les vêtements religieux 
en bord de mer, et compte saisir la justice.   
    Jugeant que l'affaire a pris une "tournure préoccupante", le 
président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a été 
reçu à sa demande mercredi après-midi par le ministre de 
l'Intérieur Bernard Cazeneuve.  
     
    AUCUNE POLEMIQUE A CASSIS 
    Venu exprimer la "forte émotion des musulmans de France et 
au-delà", Anouar Kbibech a dit après l'entretien avoir été 
"rassuré" par le ministre, qui lui a affirmé que les principes 
de l'état de droit seraient respectés.  
    Rappelant que le Conseil d'Etat devait se prononcer, Bernard 
Cazeneuve a estimé que de tels arrêtés anti-burkini pouvaient 
être pris "en cas de trouble à l'ordre public", mais "dans un 
cadre où les mesures sont proportionnées".   
    "Les arrêtés pris ne doivent pas conduire à la 
stigmatisation ou à la division", a-t-il dit. 
    Le Premier ministre, Manuel Valls, a apporté la semaine 
dernière son soutien aux maires qui ont pris de telles mesures, 
car, a-t-il dit, les plages doivent être "préservées des 
revendications religieuses".  
    Mais le Parti socialiste voit dans l'affaire de Cannes "une 
dérive particulièrement dangereuse", qu'il s'agisse des 
conditions de l'intervention de la police ou "de l'attitude de 
la foule présente ce jour-là sur cette plage". 
    "On ne peut qu'exprimer une incompréhension sur les 
fondements même de cette verbalisation qui ne saurait être 
compatible avec les principes de notre droit", dit-il dans un 
communiqué. 
    Dans un communiqué distinct, le Jeunes socialistes font part 
de leur "colère" à la vue des images montrant cette fois la 
police municipale de Nice "encercler une femme portant le voile" 
et parlent de d'"humiliations publiques" mais aussi de "traque". 
     
    "ON PARLE BEAUCOUP TROP DE TOUT ÇA" 
    Sur Twitter, plusieurs députés socialistes se sont insurgés. 
Parmi eux, Sébastien Denaja s'est dit "révulsé" et Mathieu 
Hanotin s'est déclaré "très choqué par les atteintes à la 
liberté auxquelles nous assistons". 
    Pour Christian Estrosi, premier adjoint Les Républicains au 
maire de Nice, la police municipale a "parfaitement fait 
respecter l'arrêté en vigueur" dans sa ville.  
    Dénonçant dans un communiqué une "manipulation", il annonce 
des poursuites en justice "contre ceux qui diffusent des 
photographies de nos policiers municipaux".  
    Après le maire de Cannes, David Lisnard, d'autres villes 
balnéaires du Nord et du Sud-Est, dont le Touquet et la Ciotat, 
ont pris des arrêtés similaires. 
    A Cassis, une des trois villes des Bouches-du-Rhône à avoir 
pris un arrêté municipal interdisant le port du burkini, la 
décision de la maire (Les Républicains) Danielle Milon ne 
suscite ni polémique, ni même commentaires en l'absence de 
présence sur les plages de contrevenantes à la loi. 
    Aucun panneau ne signale l'existence de l'arrêté municipal. 
"On a été informé de cette possibilité mais cela ne change pas 
fondamentalement nos missions", dit un policier chargé de faire 
respecter le stationnement. 
    "On parle beaucoup trop de tout ça", lâche sur le bord de 
mer une femme aux cheveux cachés sous un foulard, les membres 
dissimulés par un pantalon de toile et un gilet de coton. 
    Sur le sable, elle enlèvera ses vêtements pour laisser 
apparaître un maillot une pièce de couleur noire et cachera 
aussi ses jambes sous un paréo sombre. "Le plus dur, c'est pour 
elle. Cela va vite devenir intenable avec la chaleur qui frôle 
les 40°C sur le sable", souligne Karine, une Lilloise de 30 ans 
qui juge "disproportionné" la prise d'un arrêté anti-burkini. 
 
 (Gérard Bon, avec Matthias Galante et Jean-François Rosnoblet, 
édité par Emmanuel Jarry) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M7163258 il y a 3 mois

    Encore un "spécialiste qui nous dit que si nous avons des attentats c'est du fait que nous ne voulons pas nous soumettre, que nous n' acceptons pas de remettre en question nos principes fondamentaux, nos valeurs, qui sont en autre l'égalité homme femme. Alors que bien d'autres spécialistes disent que c'est la victimisation, les théories du complot, le rejet de la laïcité et des lois de la république, la judéophobie et la haine de la France qui aident à passer à l'acte les esprits fragiles