France-Les rivaux de l'ex-SNCM ne désarment pas

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    * Les ex-candidats à la reprise se lancent dans le fret 
    * Les syndicats de l'ex-SNCM redoutent les conséquences 
    * Le nouvel exécutif corse entre dans la bataille 
 
    par Jean-François Rosnoblet 
    MARSEILLE, 4 janvier (Reuters) - Les navires de la Société 
nationale Corse Méditerranée (SNCM) effectuent lundi leurs 
dernières rotations avant le transfert mardi des actifs de la 
compagnie maritime au transporteur corse Patrick Rocca, qui est 
contraint par ses anciens rivaux à livrer une bataille 
incertaine entre Corse et continent. 
    Tous les navires seront bloqués à quai mardi avant que la 
flotte de l'ex-SNCM ne renaisse sous ses nouvelles couleurs. 
    La future compagnie, dont le nom définitif n'a pas été 
dévoilé par Patrick Rocca, voit cependant poindre la menace 
d'une concurrence accrue de deux anciens candidats à la reprise 
de la SNCM qui entendent lancer dès mardi une nouvelle ligne de 
fret entre Bastia et Marseille. 
    L'armateur Daniel Berrebi s'est associé au consortium 
d'entreprises Corsica Maritima pour poursuivre sur mer un combat 
perdu devant le tribunal de commerce de Marseille, qui a retenu 
le 20 novembre l'offre de reprise du transporteur corse.  
    "Cette ligne peut venir siphonner le fret en cassant les 
prix puisqu'elle utilise des navires sans passagers, donc moins 
coûteux en exploitation. On parle déjà d'un prix à la remorque 
divisé par deux", précise-t-on de source proche du dossier, 
évoquant le risque d'un nouveau plan social dans l'ex-SNCM. 
     
    ATTAQUE FRONTALE  
    Objet de toutes les polémiques, le navire Stena Carrier a 
accosté samedi dans le port de commerce de Bastia. Ce roulier, 
qui navigue sous pavillon danois, doit rallier Marseille, le 
point de départ mardi de sa première traversée officielle. 
    Face à l'incertitude de la situation, un risque 
d'embrasement social sur le port marseillais reste possible. 
    La CGT a appelé les salariés de l'ex-SNCM et future "MCM" - 
son nom provisoire - à cesser le travail mardi pour une durée de 
24 heures reconductibles, un mouvement de grève uniquement suivi 
par le syndicat majoritaire. 
    Les sept centrales syndicales de la société ont en revanche 
adressé une lettre commune au préfet des Bouches-du-Rhône pour 
dénoncer cette "ouverture de lignes régulières concurrentes" 
opérées "sous pavillon international". 
    "Cette attaque frontale va bien au-delà des recours 
juridiques prévus par la loi", soulignent-elles dans le courrier 
en date du 26 décembre dans lequel elles demandent à l'Etat de 
se positionner face à ce "nouveau rebondissement du dossier". 
    Les syndicats estiment que les engagement de l'Etat sur la 
sécurisation sociale et industrielle de la SNCM sont remis en 
cause par cette situation "qui remet totalement à plat un 
quelconque avenir pour les salariés de la nouvelle compagnie." 
    De source proche du dossier, l'élection des nationalistes à 
la tête de la Collectivité territoriale Corse pourrait favoriser 
l'initiative portée par des entrepreneurs du consortium Corsica 
Maritima, proches de la nouvelle majorité. 
    "Les compagnies maritimes traditionnelles doivent enfin 
comprendre qu'aucun lobby ou interlocuteur privé ou public 
n'imposera ses vues ou ses options par la pression à la nouvelle 
majorité territoriale et au gouvernement de la Corse", prévient 
l'Assemblée de Corse sur son site internet. 
     
    TABLE RONDE CORSE 
    La collectivité dénonce une "situation d'incertitude 
potentiellement conflictuelle" qui "ne peut perdurer en l'état 
sous peine de provoquer des conséquences incalculables". 
    Le conseil exécutif de Corse a annoncé jeudi la tenue d'une 
table ronde "début janvier" avec les acteurs économiques 
concernés et les partenaires sociaux sur les "conditions de mise 
en oeuvre économiques et juridiques d'une compagnie maritime 
corse maîtrisée par les institutions de l'île". 
    L'élaboration d'une nouvelle délégation de service 
public(DSP) maritime "recentrée autour des intérêts de la Corse, 
de son peuple, et des acteurs économiques et sociaux" est aussi 
à l'ordre du jour de cette réunion. 
    Le tribunal de commerce a retenu le 20 novembre l'offre de 
Patrick Rocca pour la reprise des actifs de la SNCM. Les 
syndicats de l'entreprise ont signé un plan de sauvegarde de 
l'emploi (PSE), qui entérine le licenciement de 563 des 1.500 
salariés de la compagnie maritime. 
    Les actionnaires de la SNCM, détenue jusqu'ici 
majoritairement par Transdev, coentreprise entre Veolia  VIE.PA  
et la Caisse des dépôts, se sont engagés à apporter 85 millions 
d'euros à l'appui de ce plan social. 
    La Commission européenne a donné son aval à cette reprise, 
constatant une "discontinuité économique" qui ouvre la voie à 
l'abandon des recours européens à l'encontre de la compagnie 
pour perturbation de la concurrence, soit quelque 440 millions 
d'euros d'aides publiques jugées illégales. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 

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