France-Les retraites complémentaires de nouveau sur le métier

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* La caisse des cadres est la première menacée * Selon la Cour des comptes, il faut au moins 5,5 Mds euros * Une "boîte à outil" mais de profondes divergences par Emmanuel Jarry PARIS, 15 février (Reuters) - L'avenir des retraites complémentaires françaises, menacées par une accumulation de déficits, sera à partir de mardi au coeur d'un nouveau bras de fer entre le patronat et les syndicats, dont les marges de manoeuvre sont plus étroites que jamais. Les mesures correctrices décidées en mars 2013 par les partenaires sociaux, gestionnaires de l'Arrco et de l'Agirc, n'ont eu qu'un impact marginal sur l'érosion des réserves accumulées par ces deux caisses entre 1998 et 2008. Ces deux régimes versent à 12 millions de retraités plus de 70 milliards d'euros par an et leur assurent ainsi un complément de revenu représentant entre 25% et 50% de leur pension globale, voire jusqu'aux deux tiers pour des cadres supérieurs. Mais si rien n'est fait, les réserves de l'Agirc, caisse des cadres et assimilés, seront épuisées en 2018. Celles de l'Arrco, à laquelle sont affiliés la quasi-totalité des salariés du secteur privé, subiraient le même sort vers 2023-2025. "Mettre les régimes à l'abri d'un risque de rupture de paiement suppose d'adopter des mesures à même de repousser au moins à 2030 l'horizon d'épuisement des réserves", expliquait le 18 décembre le premier président de la Cour des comptes. "Améliorer le solde des régimes de 5,5 milliards d'euros dès 2018 semble raisonnable", ajoutait Didier Migaud, qui invitait les partenaires sociaux à n'avoir aucun tabou. Si patronat et syndicats souscrivent à l'objectif, tout en doutant qu'il soit atteignable dès 2018, ils divergent très fortement sur les moyens d'y parvenir. BOÎTE À OUTILS Un groupe de travail s'est penché ces derniers mois sur une "boîte à outils" dans laquelle les négociateurs pourront puiser. Cela va de la moindre revalorisation des pensions au recul de l'âge légal pour l'ouverture des droits, en passant par une décote dégressive sur les pensions, une hausse de cotisations ou une réduction du taux des pensions de réversion. Autant de pistes dont les partenaires sociaux ont demandé à l'Agirc et l'Arrco de chiffrer l'impact. ID:nL5N0VN40F Sans surprise, le patronat est catégoriquement hostile à toute augmentation des cotisations, une solution que préconise au contraire la CGT, notamment, pour l'Agirc. La CGT estime également que l'égalité de salaire homme-femme permettrait de résoudre une bonne partie du problème en gonflant la masse salariale sur laquelle reposent les cotisations. Le Medef défendra le report des bornes d'âge (actuellement fixées à 62 ans pour l'âge légal de la retraite et 67 ans pour la suppression de toute décote, comme pour le régime de base), et le principe d'abattements temporaires. Deux pistes jugées inacceptables par les syndicats. Quant à la sous-indexation ou au gel des pensions, son effet est limité par l'absence d'inflation. Les partenaires sociaux sont aussi divisés sur une fusion Agirc-Arrco, prônée par la Cour des comptes qui y voit un moyen de faire des économies de gestion mais qui est vue par la CGC, notamment, comme une remise en cause du statut des cadres. En tout état de cause, aucune des hypothèses envisagées n'est de nature à régler seule le problème et la solution réside nécessairement dans un panachage de mesures. QUESTION DE MÉTHODE "Ça va être une négociation difficile. Il n'y a pas de bonne nouvelle à attendre", prévient Jean-Louis Malys, de la CFDT. Le Premier ministre, Manuel Valls, a mis sous pression patronat et syndicats en chargeant en octobre le Haut conseil du financement de la protection sociale de réfléchir à une nouvelle gouvernance de la Sécurité sociale et à une rationalisation du recouvrement des cotisations, dont celles de l'Agirc-Arrco. Une initiative rejetée, notamment, par FO, qui y voit les prémices d'une remise en cause du paritarisme. Le chef de la délégation du Medef, Claude Tendil, président de Generali France, vient pour la première fois de l'assurance, ce qui nourrit chez les syndicats un soupçon sur les arrière-pensées de la première organisation patronale française. Le bras de fer attendu sur les retraites complémentaires dissimule enfin une bataille sur la méthode, rallumée en janvier par l'échec des négociations sur la réforme du dialogue social. La CGT et FO, notamment, comptent ainsi poser d'entrée de jeu la question d'un autre lieu que le siège du Medef. Selon le chef de la délégation de la CGT, Eric Aubin, le Medef serait prêt à accepter que les sessions suivantes aient lieu au siège de l'Agirc-Arrco. (Edité par Yves Clarisse)

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  • ch.jesti le dimanche 15 fév 2015 à 14:21

    il serait temps de rationaliser la gestion des 2 regimes ce qui donnerait beaucoup d'economies de gestion. le paritarisme c'est bon mais n'est pas suffisamment optimisé.