France-Les regrets de l'agent qui a coulé le Rainbow Warrior

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* L'ex-officier dit avoir la mort d'un innocent sur la conscience * L'ordre était bien de couler le bateau de Greenpeace * Greenpeace demande à Paris d'honorer la mémoire de la victime PARIS, 6 septembre (Reuters) - L'agent des services secrets français qui a placé les explosifs à bord du Rainbow Warrior dans le port d'Auckland en juillet 1985 a présenté dimanche ses excuses à la famille du photographe portugais qui a trouvé la mort dans le naufrage du chalutier de Greenpeace. "Trente ans après les événements, avec les passions qui se sont apaisées, et aussi le recul que j'ai par rapport à ma vie professionnelle, j'ai pensé que c'était une occasion pour moi d'exprimer à la fois mes profonds regrets et mes excuses", déclare le colonel Jean-Luc Kister dans une interview à Mediapart. L'officier, qui a quitté l'armée en 2000, a donné en parallèle une interview à la télévision néo-zélandaise pour exprimer là aussi ses regrets pour cette opération ordonnée par le gouvernement socialiste de l'époque, dont Laurent Fabius était le Premier ministre. Alors capitaine et membre de l'unité des nageurs de combats de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), il avait été responsable de l'équipe chargée de poser les charges à bord du Rainbow Warrior. Il s'agissait alors de neutraliser le bateau, un ancien chalutier avec lequel l'organisation écologique Greenpeace comptait perturber une campagne d'essais nucléaires français dans le Pacifique. "J'ai la mort d'un innocent sur la conscience, et ça pèse, c'est sûr", dit Jean-Luc Kister à propos de Fernando Pereira, un photographe portugais qui s'est noyé en tentant de récupérer son matériel à bord du Rainbow Warrior au moment où le navire sombrait. "Je voulais aussi m'excuser auprès des membres de Greenpeace qui étaient à bord du Rainbow Warrior cette nuit-là. Et puis auprès du peuple néo-zélandais qui, il ne faut pas l'oublier, est un pays ami et allié, dans lequel nous avons conduit une opération clandestine mal à propos." "IL FAUT LE COULER" Trois équipes de la DGSE ont participé à l'opération, dont une, chargée de la coordination et des ultimes repérages, a été identifiée et arrêtée après coup. L'affaire avait provoqué un scandale retentissant qui avait entraîné la démission du ministre de la Défense, Charles Hernu, et du patron de la DGSE. Selon Jean-Luc Kister, qui est aujourd'hui âgé de 63 ans, les donneurs d'ordre ont écarté tous les scénarios autre que l'attentat pour neutraliser le Rainbow Warrior. "On nous dit : non, il faut le couler", raconte-t-il, assurant que, "jusqu'au dernier moment, les chefs d'équipe ont toujours eu à l'esprit de faire en sorte qu'il n'y ait pas de dommages collatéraux". D'où le choix de recourir à deux charges, une pour faire évacuer le bateau, l'autre pour le faire basculer. "Le temps fait que les passions se sont apaisées, dans mon esprit aussi, mais ma conscience me dictait quand même de faire ces excuses, d'expliquer, de tenter d'expliquer parce que je comprends bien que, pour les victimes, c'est très difficile de comprendre mes explications plus ou moins techniques", dit encore l'ancien officier, ajoutant : "Mais ce qu'il faut savoir, c'est qu'on n'est pas des tueurs de sang-froid." Le colonel Kister indique encore qu'il n'a demandé aucune autorisation pour sa démarche et reproche aux responsables politiques d'avoir fait fuiter son identité dans les mois qui ont suivi les faits, une initiative qu'il assimile à de la "haute trahison" "Je ne me sens pas lié par une clause de confidentialité dans la mesure où mon nom a été révélé à la presse", indique-t-il. Pour Greenpeace France, ces excuses "ne feront pas revenir Fernando mais elles prouvent, une fois de plus, que notre camarade est un innocent qui a été sacrifié au nom d'une raison d'Etat que même l'un de ses serviteurs remet en cause." L'organisation demande aux mairies de France, "et plus particulièrement celle de Paris, la capitale des grandes décisions politiques françaises", d'honorer la mémoire du photographe en lui donnant le nom d'une rue ou d'une place. (Yann Le Guernigou, édité par Guy Kerivel)

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