France-Les inégalités territoriales s'aggravent-Rapport

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    * Quinze métropoles concentrent la croissance en France 
    * Les disparités s'aggraveront encore d'ici dix ans 
    * France Stratégie propose d'investir plus dans les 
métropoles 
 
    PARIS, 7 juillet (Reuters) - Les inégalités territoriales 
entre une quinzaine de grandes métropoles françaises et une 
France périphérique et rurale à l'écart des grands courants 
économiques s'aggravent, selon une note de France Stratégie 
publiée jeudi. 
    Paradoxalement, cet organisme gouvernemental, placé auprès 
du Premier ministre, plaide cependant pour un renforcement de 
l'investissement public dans ces métropoles ou sur leur pourtour 
au nom de l'efficacité économique. 
    Les ressorts de la croissance font défaut à beaucoup de 
villes moyennes et de territoires ruraux et les écarts en 
matière d'égalité des chances et d'accès aux services ne se 
résorbent plus, écrivent les auteurs de la note. 
    Les 15 aires urbaines de plus de 500.000 habitants 
concentrent 40% de la population, 55% de la masse salariale, 
plus de 50% de l'activité économique, deux tiers des étudiants. 
    Le PIB par habitant y est en moyenne 50% plus élevé que dans 
le reste du pays. C'est aussi dans ces métropole que 75% de la 
croissance s'est concentrée entre 2000 et 2010, ainsi que plus 
de 70% des créations nettes d'emplois entre 2007 et 2014. 
    Mais la concentration de population dans ces grands centres 
a aussi un coût en termes de pollution, de sécurité, de prix, et 
les inégalités de revenus y sont les plus importantes. 
    Les inégalités territoriales se sont notamment creusées à 
cause d'une forte désindustrialisation, à l'oeuvre depuis une 
trentaine d'années, en particulier dans le nord-est du pays. 
    "Contrairement à une idée reçue, c'est l'Île-de-France, et 
avant tout Paris et sa couronne, qui a vu le poids relatif de 
l'industrie décliner le plus fortement", constatent les auteurs. 
    Mais l'Île-de-France s'est massivement réorientée vers les 
services à haute valeur ajoutée, alors que le Nord et l'Est 
connaissent un déclin économique "significatif", ajoutent-ils. 
    Le vieillissement de la population est aussi plus marqué 
dans ce pays périphérique. Dans la moitié des départements, le 
rapport entre personnes âgées et en âge de travailler devrait 
augmenter de plus de 25 points d'ici 2040. 
    Jusqu'à présent, la protection sociale et les politiques 
publiques en faveur des territoires défavorisés ont permis 
d'atténuer ces inégalités, notamment en matière de revenu. 
     
    PLUS D'INVESTISSEMENTS DANS LES MÉTROPOLES 
    Mais aires urbaines de moins de 100.000 habitants et zones 
rurales, globalement positionnées sur des secteurs d'activité en 
perte de vitesse, pourraient voir leur décrochage économique 
s'accélérer dans les dix années à venir, avec un accès de plus 
en plus difficile aux services d'intérêt général. 
    La réorganisation liée à la réduction du nombre de régions 
prendra du temps, estiment encore les auteurs, qui prônent une 
révision de la politique d'aménagement du territoire. 
    Celle-ci a longtemps cherché à redynamiser les territoires 
en déclin par l'investissement. "Or, les évolutions économiques 
récentes amènent à repenser cette orientation", dit la note. 
    Selon ses auteurs, la recherche de l'efficacité "inciterait 
(...) à investir davantage de ressources publiques dans les 
grandes métropole ou à leur pourtour, pour développer les 
infrastructures, la recherche et l'innovation". 
    "En particulier, dans ce schéma, il faudra veiller à ce que 
Paris puisse jouer pleinement le rôle de ville-monde de premier 
plan au sein de l'Union européenne à 27", ajoutent-ils, en 
prenant acte de la décision du Royaume-Uni de sortir de l'UE. 
    Selon eux, une telle politique augmenterait la compétitivité 
de l'économie française et assurerait des recettes fiscales 
supplémentaires, qui pourraient bénéficier aux territoires 
défavorisés par le biais, notamment, de la protection sociale. 
    Sans doute conscients du caractère provocateur de leur 
thèse, ils suggèrent cependant une "solution de compromis".  
    Elle consisterait à concentrer l'investissement sur les 
métropoles, tout en soutenant les territoires les plus exposés à 
un décrochage définitif, mais en investissant moins dans les 
"territoires intermédiaires". 
    La note s'interroge néanmoins sur la nécessité de prendre en 
compte la dimension territoriale lors de la localisation des 
investissements d'avenir et que sur la définition d'un "panier 
de services minimaux" garantis par l'Etat sur tout le pays. 
    Enfin, dans la mesures où des inégalités territoriales 
"seront toujours difficiles à réduire", elle s'interroge sur la 
solution qui consisterait à favoriser la mobilité géographique, 
tout en reconnaissant le risque d'effets secondaires négatifs.  
 
 (Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse) 
 
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