France-Les époux Cahuzac nient avoir organisé un système de fraude

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    * Pas de système de fraude familiale, assurent les époux 
    * Les comptes de la mère ont servi à du blanchiment 
    * Cahuzac dit l'avoir fait pour "préserver" sa famille 
    * Son présumé goût du luxe brocardé par sa femme 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 13 septembre (Reuters) - Jérôme Cahuzac et son 
ex-femme Patricia Ménard, jugés à Paris pour fraude fiscale et 
blanchiment, ont démenti mardi avoir mis en place un "système 
organisé" de fraude familiale. 
    Leurs comptes cachés, qu'ils ont abondé avec une partie de 
leurs revenus professionnels, ont tous servi, à des degrés 
divers, à des dépenses familiales ou immobilières.  
    "De mon point de vue, il n'y a pas un système organisé", a 
assuré Jérôme Cahuzac à la barre.  
    Pour lui, le compte de l'Ile de Man, ouvert en 1997 par sa 
femme à leurs deux noms en 1997, était un compte de gestion, et 
non patrimonial. Il jure ne pas avoir su l'utilisation qu'en 
faisait sa femme, et l'avoir cru clôturé dès 2003.  
    Quant aux sommes déposées entre 2003 et 2010 sur deux 
comptes de la mère du ministre déchu, l'un des réceptacles du 
blanchiment dont ils sont accusés, et auxquels l'audience de 
mardi était consacrée, elles finançaient des loisirs.  
    Il explique sa "fuite en avant" par un premier compte en 
Suisse ouvert en 1992 dans le but de financer le courant 
rocardien. Le reste - un second compte en Suisse à son nom, 
transféré en 2009 à Singapour - n'est que la "suite logique et 
mécanique", mue en partie par la peur, dit-il. 
    Et de souligner qu'il n'a déposé des revenus sur son compte 
suisse qu'à deux reprises, en 2000 et 2001.  
    Pourquoi avoir alors décidé, en 2003, de recourir aux 
comptes de sa mère, pour blanchir d'autres revenus perçus dans 
la clinique d'implants capillaires où il exerce avec sa femme ?  
    Pour "préserver" des vacances en famille après une période 
d'absences qui a causé des "dégâts" dans son couple, explique 
Jérôme Cahuzac. En 2003, quand les dépôts sur le compte de sa 
mère commencent, il vient de perdre les législatives. 
    "Je n'ai pas voulu sacrifier l'impératif familial, je n'ai 
pas su sacrifier l'impératif politique", a-t-il déclaré mardi. 
"Utiliser les comptes de ma mère, c'est la preuve de cet échec." 
     
    HÔTELS DE LUXE 
    Près de 240.000 euros ont été déposés entre 2003 et 2010 sur 
deux comptes de la mère du chirurgien de formation, échappant 
ainsi à l'impôt. Ils ont servi à payer des vacances et les 
études de leur fils au Royaume-Uni.  
    Dès lundi, Jérôme Cahuzac a lié sa chute à son incapacité à 
lever la "contradiction" entre ses vies publique et privée, avec 
des responsabilités accrues, des revenus moindres, mais une 
volonté de conserver un certain train de vie. 
    "Dès 1998, les revenus de ma femme sont sensiblement 
supérieurs aux miens, le reproche m'en est fait", a-t-il ajouté 
mardi. "Je ne veux pas qu'il me soit aussi reproché de ne pas 
pouvoir payer les vacances."    
    "Une grosse erreur d'appréciation", selon son ex-épouse. 
    "Je savais que pour mon mari c'était important de passer des 
vacances dans de beaux endroits, dans des hôtels de luxe. Ça ne 
l'était pas pour moi", a-t-elle déclaré à la barre. "Ça n'a 
jamais contribué pour moi à ressouder quoi que ce soit." 
    L'utilisation des comptes de la mère divise les ex-époux. 
    Jérôme Cahuzac assure qu'ils ont "fait ça ensemble", d'un 
commun accord, remettant "collectivement" les chèques à sa mère, 
et choisissant chacun quels honoraires prendraient ce chemin. 
    Patricia Ménard, elle, affirme que c'est son mari qui était 
à l'initiative, qu'il était chargé de la répartition des 
chèques, et que c'est lui qui les remettait à sa mère.  
    "Ça avait l'air d'être important pour lui, donc j'ai 
accepté", a-t-elle dit mardi, évoquant un climat de "fraude 
ambiante" dans le milieu médical qui a selon elle contribué à 
"anesthésier" son "sentiment de honte".  
    La question de la remise des chèques à la mère de Jérôme 
Cahuzac est cruciale : l'ancien ministre assure en effet avoir 
arrêté toute fraude après son élection à la présidence de la 
commission des Finances de l'Assemblée nationale, en février 
2010. Or un chèque a été encaissé le 3 novembre 2010.  
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 
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