France-Les Alsaciens manifestent contre une mégarégion

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* 7.000 à 15.000 manifestants * Des organisateurs proches de l'UMP (Avec détails) par Gilbert Reilhac STRASBOURG, 11 octobre (Reuters) - Plusieurs milliers d'Alsaciens ont manifesté samedi à Strasbourg contre le projet de fusion de leur région avec la Lorraine et la Champagne-Ardennes, un espace jugé surdimensionné et incohérent. Contre cette fusion décidée le 23 juillet par un amendement de l'Assemblée nationale au projet de loi sur la réforme territoriale, ils soutiennent la création d'une seule collectivité alsacienne, qui réunirait le conseil régional et les conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Ce rassemblement festif était organisée par "L'Alsace, ma région", un collectif réunissant le conseil régional et les deux conseils généraux sous étiquette UMP, les partis de la droite et du centre, les chambres consulaires et plusieurs associations et organisations professionnelles. A quelques jours d'une seconde lecture du projet de loi au Sénat, cette manifestation a réuni 7.000 personnes selon la police, plus de 15.000 selon les organisateurs. "Ce qu'on est en train d'imaginer, c'est ce qu'on appelle 'l'Alca' (pour Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne)", a ironisé à la tribune le président du conseil régional, Philippe Richert. "Alca, plus personne ne saura ce que c'est, alors qu'aujourd'hui l'Alsace c'est une région qui est connue dans le monde entier", a-t-il poursuivi. "Notre projet n'est pas de nous opposer à la réforme, ce n'est pas un combat de fermeture mais c'est le combat de l'efficacité", avait-il expliqué avant la manifestation. Il juge ingérable un espace de 56.000 kilomètres carrés, "plus grand que la Suisse, plus grand que les Pays-Bas". "La région trinationale du Rhin-supérieur (espace de coopération transfrontalière avec les régions voisines de Suisse et d'Allemagne) est notre avenir", a appuyé Jean-Louis Hoerlé, président de la chambre régionale de commerce et d'industrie. "FIERTÉ" Pour favoriser la venue des manifestants, le conseil régional avait mis en place des trains supplémentaires et une tarification spéciale, à cinq euros l'aller-retour, pour tous les trains à destination de Strasbourg. Une nuée de drapeaux alsaciens rouge et blanc, parfois ornés de l'écusson aux six couronnes d'or du département du Haut-Rhin, fleurissaient une place de Bordeaux encadrée de tracteurs, où prises de parole et groupes de rock alsacien se sont succédés. "Hollande, los d'Finger von unserem Land", "Hollande, touche pas à notre région", proclamait la pancarte d'un manifestant. "Fiers de notre régime local et de notre droit local", déclarait pour sa part la CFTC, seul syndicat de salariés ayant appelé à manifester, pour dire ses craintes quant à la pérennité du régime d'assurance maladie et du droit social particuliers à l'Alsace et à la Moselle. "Notre conscience n'est pas prise en compte. On est toujours fautif d'être germanique, on n'a pas le droit d'avoir une double culture", a pour sa part dit à Reuters Christiane Muller, assistante dans une école d'ingénieurs, qui a voté pour François Hollande à l'élection présidentielle de 2012 mais se sent aujourd'hui "humiliée" par le projet de réforme territoriale. Plus radical, Yannick Febvay, 18 ans, en recherche d'un emploi de commercial, a dit être venu manifester pour "protéger (sa) fierté" d'Alsacien : "Les Vosges (département lorrain) sont en bas de l'échelle, leur économie est pourrie et Champagne-Ardenne, c'est pareil." A ceux, notamment au parti socialiste, qui accusent "L'Alsace, ma région" de prôner le repli sur soi, Philippe Richert a répondu en affichant son esprit d'ouverture. "Nous croyons à une Alsace ouverte sur le Rhin", a-t-il dit, avant de conclure par un très gaullien "Vive l'Alsace, vive la République, vive la France" et d'inviter l'assistance à entonner la Marseillaise. (Edité par Emmanuel Jarry)

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