France-Le soutien aux PME-ETI doit dépasser l'enjeu de la taille

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    * Politique industrielle trop focalisée sur la montée en 
taille 
    * Des effets de seuils à 50 et 250 salariés 
    * La logique de croissance doit prendre le pas sur la 
prudence 
 
    PARIS, 30 mai (Reuters) - La politique française de soutien 
aux PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire), focalisée 
sur la croissance en taille, devrait être repensée pour 
faciliter par exemple le passage des paliers de développement 
significatifs, suggèrent les conclusions de l'Observatoire BPCE. 
  
    Les résultats de cette enquête, présentés lundi, préconisent 
également des mesures institutionnelles encourageant 
l'innovation, l'accès à l'internationalisation et le travail en 
réseaux, afin de lever les contraintes des économies d'échelle.  
    
    "On a (en France) un dispositif d'aides publiques 
particulièrement ciblé et généreux sur les jeunes entreprises en 
croissance", a rappelé Marguerite Bérard-Andrieu, membre du 
directoire de BPCE. Mais au vu des conclusions de cet 
observatoire, "il n'est absolument pas certain que ce soit là 
que les aides sont les plus légitimes ou les plus efficaces".  
    "La taille ne fait pas la croissance", résument les auteurs 
de cette étude, qui décrivent la croissance d'une entreprise 
comme un processus discontinu voyant se succéder une phase de 
croissance naturelle pour atteindre une taille critique, une 
phase de consolidation et ensuite, éventuellement, une phase de 
croissance stratégique. 
    "Toute logique de croissance exige un sacrifice de 
rentabilité, au moins temporaire", a déclaré lors d'un point de 
presse Alain Tourdjman, directeur des études économiques du 
groupe BPCE, qui a coordonné cet observatoire. 
     
    50 ET 250 SALARIÉS, DES SEUILS CRITIQUES 
    Cet effet se manifeste particulièrement lors du passage de 
la petite à la moyenne entreprise et de la transition de la 
moyenne entreprise à l'ETI, ce qui correspond aux seuils de 50 
et 250 salariés. 
    Pour Alain Tourdjman, "il semblerait donc plus efficace de 
créer les conditions permettant aux entreprises de passer 
sereinement ces seuils stratégiques que de distribuer des aides 
à des entreprises naturellement en croissance".     
    "Il faut redonner aux PME et ETI les moyens d'investir sans 
entrer dans une zone de risque", souligne-t-il en observant que 
depuis plus de quinze ans, elles ont privilégié la consolidation 
financière aux dépens de l'investissement et de l'expansion. 
    Cette logique, renforcée par la crise financière, se traduit 
en effet par "un régime de croissance collectivement 
sous-optimal mais rationnel du point de vue de chaque 
dirigeant".  
    "Depuis une dizaine d'années on a organisé autour (des 
dirigeants d'entreprise) un système de préférence pour la 
prudence plutôt que pour la croissance. Je pense que si on 
organise autour d'eux un système de préférence pour la 
croissance, à la fois sur le plan macroéconomique et sur le plan 
institutionnel, à ce moment-là leurs comportements vont 
évoluer", a expliqué Alain Tourdjman.  
    Et selon lui, comme aujourd'hui les PME et ETI sont 
"globalement solides" après avoir passé une quinzaine d'années 
d'ajustement économique, elles "pourraient pourraient redémarrer 
si on leur donnait les moyens".   
     
    LE PARADOXE DE LA TRANSFORMATION ET DE LA STAGNATION 
    "Peut-être qu'on est au point d'inflexion ou pas loin, c'est 
pas nécessairement un processus qui doit prendre dix ans, les 
choses peuvent s'enclencher assez rapidement", a-t-il estimé.    
  
    Dans ce contexte de préférence donnée à la pérennité au 
détriment de l'investissement, le parc de PME et ETI apparaît 
comme "un écosystème vivant en profond renouvellement", avec des 
flux entrants et sortants considérables: on compte 20 à 25% de 
nouvelles PME tous les trois ans mais l'ordre de grandeur des 
pertes (disparition ou passage à une taille d'entreprise 
inférieure) est comparable. 
    Malgré ces évolutions, le parc des PME et ETI affiche une 
grande stabilité entre 2003 et 2014, à la fois en nombre total 
d'entreprises (+3,7%), en nombre d'emplois (+1,1%) mais aussi 
dans sa composition.  
    Pour parvenir à ces conclusions, les auteurs ont analysé de 
façon exhaustive la "démographie", entre 2003 et 2014, des PME 
(10 à 249 salariés) et des ETI (250 à 4.999 salariés) du secteur 
privé appartenant au secteur marchand hors secteurs agricole, 
financier et assurantiel.  
    Cette étude a été combinée à des enquêtes auprès de 
dirigeants de PME et ETI, ainsi qu'une analyse approfondie d'un 
panel de 48.000 entreprises en activité sur la période étudiée.  
     
    L'étude de BPCE L'Observatoire: http://bit.ly/1WtSigN     
 
 (Myriam Rivet, édité par Sophie Louet) 
 
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