France-Le sort de Proglio lié à la transition énergétique

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* EDF appelé à être un acteur clef de la transition énergétique * Le poids des décisions à prendre plaide pour la continuité * L'Etat pourrait être tenté par une réforme de la gouvernance par Emmanuel Jarry PARIS, 13 octobre (Reuters) - Le conseil d'administration d'EDF EDF.PA fournira jeudi un indice sur la façon dont l'Etat actionnaire (84,5%) entend mettre en oeuvre la loi de transition énergétique (LTE), qui aura été votée en première lecture mardi par les députés. Henri Proglio, en fin de mandat, saura alors s'il fait partie des administrateurs proposés au vote des actionnaires et donc s'il est reconduit à la présidence de l'opérateur historique, appelé à être un acteur-clef de cette transition. Ce choix éminemment politique sera le prélude à une cascade d'autres nominations ou reconductions à la direction des grandes entreprises françaises de l'énergie. ID:nL6N0S71HD Le projet de LTE prévoit de ramener de 75% à 50% la part de l'énergie nucléaire dans la production d'électricité en France à l'horizon 2025 et fixe pour objectif une réduction de 50% de la consommation énergétique finale en 2050 par rapport à 2012, avec un objectif intermédiaire de -20% en 2030. L'actuel patron du premier opérateur nucléaire mondial - 58 réacteurs en France, 14 au Royaume-Uni, 175.000 salariés - nommé en 2009 sous la présidence de Nicolas Sarkozy et favori à sa propre succession, peut-il incarner cette feuille de route ? "Je ne suis pas complètement rassuré par ce que dit Henri Proglio", confie sans surprise le député Vert Denis Baupin. Henri Proglio défendait encore en mai devant une commission parlementaire l'idée que les besoins de la France en électricité ne pouvant que croître, cela réduirait mécaniquement la part du nucléaire à 50% sans qu'il soit besoin de fermer des réacteurs. Il a pris soin depuis lors de mettre en sourdine ce discours en contradiction avec l'objectif de réduction de la consommation d'énergie inscrit dans le projet de loi. PRÉSERVER LA FILIÈRE NUCLÉAIRE François Hollande est pour la première fois en position d'imprimer sa marque sur un secteur dans lequel il a hérité d'équipes dirigeantes et de stratégies mises en place sous ses prédécesseurs. Mais ses marges de manoeuvre sont étroites. "Aujourd'hui, la stratégie des grands groupes paraît largement indépendante des personnes qui seront nommées", estime ainsi Jacques Percebois, expert des questions énergétiques à l'université de Montpellier, pour qui les cartes sont déjà largement distribuées entre EDF et GDF Suez GSZ.PA . "Mon sentiment est que les fondamentaux des grands groupes n'ont pas aujourd'hui de raisons majeures de changer, sauf peut-être pour Areva AREVA.PA , qui doit améliorer sa situation financière et être plus offensif à l'international", dit-il. Le futur patron d'EDF, quel qu'il soit, aura rapidement à assumer une série de décisions lourdes de conséquences, comme le prolongement de la durée de vie de centrales à 50 ans ou leur remplacement, l'avenir de l'EPR, le développement d'un réacteur plus petit, voire de quatrième génération. Il devra améliorer un taux de disponibilité des centrales existantes jugé insuffisant, renforcer le positionnement d'EDF sur les énergies renouvelables et à l'international, consolider des relations en voie d'apaisement avec Areva. Si la question de la fermeture d'une centrale ne se pose pas tant que l'EPR de Flamanville, premier du genre en France, n'est pas opérationnel, le président d'EDF devra aussi préparer le choix de réacteurs à fermer pour maintenir à 63,2 GW la capacité de production globale, comme le prévoit le projet de LTE. Le tout sans déstabiliser une filière qui demeure un des pôles d'excellence industrielle français, malgré l'impact de la catastrophe de Fukushima sur le marché du nucléaire civil et les déboires de la construction du premier EPR en Finlande. CONTRE-EXEMPLE ALLEMAND "Il faut quelqu'un qui connaisse le système, qui ait une vision et évite les conflits sociaux", résume le député socialiste Jean-Yves Le Déaut, membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Cela plaide plutôt pour la continuité à la tête d'EDF, au moment où Areva, autre pilier de la filière nucléaire, se débat dans des difficultés financières et est en train de changer de mode de gouvernance, estiment des analystes. Cette continuité a des partisans dans l'entourage du chef de l'Etat et la majorité, malgré l'étiquette "sarkozyste" que porte encore Henri Proglio aux yeux de dirigeants socialistes. "Proglio va rassurer la filière nucléaire et l'entreprise, c'est sa force", estime le député PS Christophe Caresche. "C'est un bon professionnel. Quand on m'a demandé mon avis, j'ai dit 'gardez-le'", renchérit un autre élu PS. "EDF est une énorme boutique. S'il s'en va, tout l'édifice sera ébranlé." Même la ministre de l'Ecologie, peu suspecte d'appartenir à son fan-club, "se fait à l'idée" de son maintien, confie un des récents interlocuteurs de Ségolène Royal. "Le critère politique n'est pas un critère pour choisir le président d'EDF", a déclaré dimanche sur France Inter la ministre, interrogée sur les liens du PDG avec Nicolas Sarkozy. Un autre expert du secteur voit aussi dans son éventuel maintien à la tête d'EDF une garantie que "la transition énergétique ne se fera pas n'importe comment, y compris au détriment d'un des premiers acteurs concernés". La brutalité avec laquelle la chancelière Angela Merkel a décidé en 2011, après la catastrophe de Fukushima, de "sortir du nucléaire", fait à ce titre figure de contre-exemple. "L'Allemagne est en train de réviser sa politique en matière d'énergies renouvelables, qui lui coûte beaucoup trop cher", fait valoir André Merlin, président de la société Medgrid. UN DIRECTEUR GÉNÉRAL À EDF ? "Il faut faire la transition énergétique intelligemment, sans décision brutale", renchérit Christophe Caresche. Autre enjeu dans un contexte inflammable : le maintien de la paix sociale au sein de l'entreprise, domaine dans lequel Henri Proglio est également crédité d'un bon bilan, ce qui fournit aux partisans de sa reconduction un autre argument. Un ancien ministre socialiste confiait ainsi récemment à un élu : "La CGT est pour, on ne va pas créer un nouveau front." Ce qui n'est pas au demeurant un gage d'audace réformatrice, la CGT étant plutôt traditionnellement un frein. Est-ce à dire qu'une autre option serait jugée aventureuse ? Le fait est que les candidats crédibles ne se pressent guère au portillon, même si Denis Baupin se dit "sûr que François Hollande se donne les moyens d'avoir le choix". A défaut, un scénario circule, qui consisterait à profiter d'un mandat tronqué d'Henri Proglio pour cause de limite d'âge fixée à 68 ans - il en a 65 - pour séparer les fonctions de directeur général et de président du conseil d'administration, à l'instar de l'évolution en cours à GDF Suez et Areva. Les avocats de cette formule y voient un double avantage : éviter la concentration des pouvoirs entre les mains d'un seul homme et préparer le successeur d'Henri Proglio en assurant la continuité nécessaire à la mise en oeuvre de la LTE. Une ordonnance du 20 août dernier donne la possibilité à l'Etat actionnaire de dissocier ces fonctions et de nommer par décret un directeur général, sans qu'il soit dit que ce dernier doive nécessairement être membre du conseil d'administration. Deux noms sont évoqués pour le poste de directeur général : Thomas Piquemal, actuel directeur financier d'EDF, et Vincent de Rivaz, patron de sa filiale britannique, EDF Energy. (Edité par Yves Clarisse)


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