France-Le Seuil ne publiera pas un livre controversé sur le Maroc

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PARIS, 31 août (Reuters) - Les éditions du Seuil ont annoncé lundi qu'elles ne publieraient pas le livre des deux journalistes français soupçonnés d'avoir réclamé de l'argent au Maroc pour ne pas publier cet ouvrage censé être à charge contre le souverain chérifien. Les deux journalistes, mis en examen pour chantage et extorsion de fonds et placés sous contrôle judiciaire dans la nuit de vendredi à samedi, ont fait savoir dans la matinée qu'ils entendaient publier leur livre malgré cette affaire. "Catherine Graciet et Eric Laurent ont publiquement reconnu avoir accepté de ne plus rien écrire sur le royaume du Maroc, contre rémunération, violant ainsi délibérément les engagements contractuels qu'ils avaient pris avec les Editions du Seuil", peut-on lire dans un communiqué de la maison d'édition. "La relation de confiance nécessaire à la publication des œuvres de création, relation qui unit l'éditeur, ses auteurs et les lecteurs dans un même pacte, s'en trouve de facto dissoute", poursuit le texte. "Dans ces conditions, la publication envisagée ne saurait avoir lieu." Sur France Inter, Eric Laurent, qui a déjà publié un ouvrage à charge contre Mohammed VI, a déclaré ne pas être étonné de la décision du Seuil et indiqué qu'il chercherait un autre éditeur. "Je ferai le livre", a-t-il dit. "J'irai publier ailleurs." Selon Eric Dupont-Moretti, l'un des avocats du Maroc, Eric Laurent aurait réclamé trois millions d'euros à un avocat envoyé par Rabat pour ne pas publier son ouvrage. "PAS DE MENACE", SELON LAURENT Lors d'une réunion organisée jeudi dernier à Paris sous le contrôle de la police et du parquet français après le dépôt d'une plainte par le Maroc, les deux auteurs ont accepté de l'argent et signé un contrat, a-t-il ajouté. Eric Laurent et Catherine Graciet ont reconnu l'existence d'une transaction, mais ils nient toute tentative de chantage, et assurent que c'est l'avocat du Maroc qui est à l'origine de cette proposition financière. "Il n'y a aucune demande de ma part. Il y a encore moins de menace de chantage", a déclaré Eric Laurent dans un entretien au Monde. "A un moment donné, (l'envoyé du Maroc) me dit : 'On pourrait peut-être envisager une rémunération, une transaction, en contrepartie d'un retrait écrit'. C'est lui qui m'amène à cette idée", a-t-il ajouté. Dans les colonnes du Parisien, Catherine Graciet, qui dit s'être "laissée tenter" et avoir eu un "accès de faiblesse", estime être "tombée dans un piège". "Le Maroc a voulu se débarrasser de quelqu'un de gênant pour le Palais", dit-elle. "Dans cette histoire, c'est le Palais qui propose, le Palais qui corrompt." D'après Eric Laurent, cet ouvrage, qui aurait pu, dit-il, "ébranler" la monarchie marocaine, portait sur l'héritage de Hassan II, les affrontements liés à cet héritage au sein de la famille royale, et son "train de vie dispendieux". La France et le Maroc ont rétabli fin janvier leur coopération judiciaire, après un an de brouille liée à une enquête engagée à Paris contre un haut responsable marocain accusé de torture et complicité de torture. (Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

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