France-Le réseau de Larossi Abballa passé au peigne fin

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    * Les deux mis en examen, hommes-clés du réseau démantelé en 
2011 
    * Le nom de Fabien Clain retrouvé en perquisition 
    * Interrogations sur un lien avec Sid Ahmed Ghlam 
    * Pas de connexion à ce stade entre Abballa et ses victimes 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 20 juin (Reuters) - Les juges chargés de l'enquête 
sur l'assassinat, revendiqué par l'Etat islamique, d'un couple 
de policiers à Magnanville (Yvelines) cherchent à déterminer le 
réseau relationnel du djihadiste, Larossi Abballa, et de deux de 
ses proches, mis en examen dimanche. 
    Tous trois ont été condamnés, le 30 septembre 2013, pour 
leur participation à un réseau de recrutement et d'acheminement 
de candidats au djihad vers le Pakistan. 
    A ce stade, les magistrats n'ont pas retenu de complicité 
directe de Charaf-Din Aberouz, 29 ans, ni de Saad Rajraji, 27 
ans, dans le meurtre de Jean-Baptiste Salvaing et Jessica 
Schneider. 
    Mais leurs fréquentations sont au coeur de l'enquête.  
    A l'été 2010, les deux hommes, présentés respectivement 
comme "l'émir" du groupe et "l'homme de confiance" du créateur 
de la cellule, sont les premiers recrutés.  
    Charaf-Din Aberouz et Saad Rajraji ont fait connaissance via 
Facebook, au gré de discussions portant sur la légitimité du 
djihad armé, les attentats suicide ou l'Afghanistan.  
    Tous deux avaient "la rage contre les Américains", comme 
l'expliquera Charaf-Din Aberouz aux enquêteurs.  
    En raison d'un "charisme" et d'une "autorité morale" évoqués 
par toute la bande, Charaf-Din Aberouz est rapidement nommé 
"émir". A ce titre, il définit les modalités pratiques des 
séances d'entraînement du groupe, dans des parcs à Argenteuil 
(Val-d'Oise) ou La Courneuve (Seine-Saint-Denis).  
     
    "FUTUR MOUJAHIDINE QUI AIME LE SANG" 
    Désigné "à l'unanimité" par les autres membres du groupe 
pour le premier -- et finalement unique -- envoi de 
"combattants" au Pakistan, il quitte la France le 23 janvier 
2011 pour rejoindre Lahore via Bruxelles, aux côtés d'un autre 
homme, choisi en raison de ses origines pakistanaises. 
    C'est Charaf-Din Aberouz qui a initié les autres membres de 
la troupe à l'égorgement de lapins vivants, lors d'une séance 
organisée dans la forêt de Cormeilles-en-Parisis (Val-d'Oise).  
    Sur le ton de la plaisanterie, il expliquera par la suite à 
Saad Rajraji que la première fois qu'il a égorgé un animal, il 
avait tellement aimé cela qu'il voulait travailler dans un 
abattoir. Avant de se décrire comme "un futur moudjahidine qui 
aime le sang".  
    C'est aussi lui qui a favorisé le recrutement dans le groupe 
de Larossi Abballa, d'origine marocaine comme lui. Ils ont 
grandi dans le même immeuble et se connaissent depuis l'enfance. 
    Charaf-Din Aberouz sera finalement arrêté le 2 mai 2011, dès 
son arrivée en France, après avoir été expulsé du Pakistan.  
    Quant au Franco-Marocain Saad Rajraji, "émir" à son tour 
après le départ de Charaf-Din Aberouz pour le Pakistan, il se 
distingue en 2011 par son "prosélytisme spectaculaire" et son 
rôle privilégié dans le recrutement, d'après les juges. 
    C'est ainsi qu'il tentera de recruter deux jeunes de 16 ans, 
à Monaco et Caen (Calvados). "Il choisissait souvent des jeunes 
gens fragiles, parfois mineurs, qu'il entreprenait de convaincre 
de la légitimité du djihad", dit une source judiciaire. "Il leur 
demandait s'ils étaient prêts à mourir, évoquait les opérations 
martyres et leur justification au nom de la foi", ajoute-t-elle. 
     
    LE NOM DE FABIEN CLAIN SURGIT 
    Devant les enquêteurs, en 2011, les deux hommes ont nié 
catégoriquement toute intention de mener une action violente en 
France. Mais au moment de rendre leur jugement, en septembre 
2013, les magistrats n'ont pas exclu cette possibilité.  
    "On forme un puzzle à nous tous, et la pièce maîtresse c'est 
toi, car tu as les commandes", disait le 20 février 2011 Larossi 
Abballa à Saad Rajraji.  
    Cinq ans plus tard, c'est un nouveau puzzle que les juges 
vont devoir assembler. En tentant notamment de mettre au jour 
les liens existant entre ces trois hommes et d'autres nébuleuses 
djihadistes.  
    L'email de Fabien Clain, qui a revendiqué les attentats du 
13 novembre, a été retrouvé sur un bout de papier au domicile de 
Saad Rajraji, aux côtés de son numéro d'écrou, apprend-on de 
source judiciaire, confirmant une information de BFM TV.  
    Un éventuel lien entre Larossi Abballa et Sid Ahmed Ghlam, 
soupçonné d'avoir préparé un attentat contre une église en 2015, 
est aussi à l'étude, même si la connexion entre les deux hommes 
semble faible à ce stade, indique une source judiciaire. Abballa 
a été aperçu dans une camionnette en compagnie d'un homme 
soupçonné d'avoir apporté une aide logistique à Ghlam, d'après 
une source proche du dossier.  
    L'enquête s'attache par ailleurs à vérifier si Larossi 
Abballa connaissait l'une de ses victimes avant son passage à 
l'acte, lundi dernier. "Mais pour l'instant, on ne trouve pas", 
indique une source judiciaire. 
 
 (édité par Sophie Louet) 
 
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