France-Le PS reste tiraillé par ses débats internes

le , mis à jour à 16:13
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* Le congrès du PS de Poitiers est une étape, juge Valls * Les "frondeurs" continuent de jouer les trouble-fête * Martine Aubry, ralliée mais vigilante par Emmanuel Jarry POITIERS, Vienne, 7 juin (Reuters) - Le congrès du Parti socialiste, qui devait être ce week-end à Poitiers celui de l'unité retrouvée derrière François Hollande à moins de deux ans de l'élection présidentielle, n'a pas réussi à masquer la persistance de fortes contradictions en son sein. "Le congrès s'est bien passé", répétaient à l'envi dimanche avec une pointe de soulagement dirigeants et ministres, dont le premier d'entre eux, qui y a participé presque de bout en bout. Manuel Valls s'est montré satisfait de son discours de samedi ( ID:nL5N0YS0BC ), clou d'un rituel sans suspense, destiné à rassurer un PS en proie au doute face à la montée du chômage et de l'extrême droite, et à l'érosion de sa base militante. "Ce que les Français veulent, c'est une explication, c'est du sens, c'est du leadership", a-t-il confié à des journalistes. "C'est là où je pense que j'ai été bon." Il a cependant admis que tout n'était pas réglé et qu'il serait abusif de croire définitivement tournée la page de la "fronde" d'une quarantaine de députés, qui refusaient de voter la loi sur l'activité et la croissance du ministre de l'Economie Emmanuel Macron en première lecture à l'Assemblée et ont poussé le gouvernement à engager sa responsabilité pour faire passer le texte. "Mais ce congrès est une étape importante, on a consolidé les choses, et il y aura d'autres étapes", a-t-il ajouté. Pendant tout le week-end, le PS a montré à Poitiers, au-delà des voeux de rassemblement et d'élargissement à d'autres forces de gauche, l'image d'un parti à la limite de la schizophrénie. Les militants avaient certes approuvé le 21 mai par 60% des suffrages la motion d'orientation soutenue par le gouvernement, contre 28,5% pour celle des "frondeurs", et reconduit le 28 leur premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis avec 70% des voix. DES "FRONDEURS" TROUBLE-FÊTE Mais l'aile gauche et les "frondeurs" ont joué les trouble-fête en critiquant la politique de l'exécutif, trop libérale à leurs yeux, dans des interventions souvent plus applaudies que les orateurs de la motion majoritaire et du gouvernement. "Il faut poursuivre les réformes de fond. Ce n'est pas le moment de renverser la vapeur ni de changer de conducteur", a déclaré dimanche Jean-Christophe Cambadélis en conclusion du congrès, emboîtant le pas à Manuel Valls. Tout juste a-t-il dit vouloir engager un "débat amical avec le gouvernement" sur des "inflexions" en matière de fiscalité et de ciblage des aides publiques aux entreprises, qu'il a souhaité voir intégrées à la discussion budgétaire de l'automne. "Maintenant, il faut finir le job !", a-t-il lancé au Premier ministre. "Et nous avons confiance dans ta détermination et ton sens de l'écoute des aspirations du Parti socialiste." Mais il n'est pas parvenu à convaincre les "frondeurs" de se joindre à "l'Adresse au peuple de France" dont il voulait faire un symbole de rassemblement du parti derrière le gouvernement. Les contestataires n'ont pas obtenu que les "erreurs" de la politique économique menée depuis 2012 soient reconnues et que des propositions de réformes communes aux différents courants, comme la diminution du taux de contribution sociale généralisée (CSG) ou la réorientation de 15 milliards d'euros de baisses de charges prévus pour les entreprises, soient reprises. LA STATUE DU COMMANDEUR ET L'IMPRÉCATEUR Le texte adopté est essentiellement une déclaration d'intention générale, qui juge le redressement du pays "en oeuvre", tout en admettant la nécessité d'"ajuster" la politique menée par le gouvernement à la "nouvelle période". "Nous ne voterons pas ce texte parce que nous voulons indiquer au pays qu'il reste des socialistes (...) qui vont continuer à se battre (...) pour rectifier le cours de ce quinquennat", a expliqué à la tribune Laurent Baumel, un des chefs de file des députés "frondeurs". La maire de Lille, Martine Aubry, poids lourd du parti, qui a aussi critiqué par le passé la politique gouvernementale mais s'est ralliée à la motion majoritaire, a joué les statues du commandeur muettes et fait de ce silence un moyen de pression. Elle a confié au Journal du dimanche (JDD) qu'elle entendait revenir au bureau national du parti, où elle n'a plus mis les pied depuis l'été 2012, et averti qu'elle serait vigilante quant à l'application des engagements de la motion majoritaire. "Je ferai entendre ma voix quand il le faudra", dit-elle. L'ex-trublion du gouvernement Arnaud Montebourg, absent de Poitiers et flanqué du banquier Matthieu Pigasse, a quant à lui joué les imprécateurs dans le JDD en attaquant une politique à laquelle il a participé plus de deux ans. ID:nL5N0YT068 Manuel Valls lui a répondu sèchement : "Moi j'assume ma responsabilité et je laisse l'irresponsabilité aux autres." (Edité par Grégory Blachier)

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