France-Le PS entre mea culpa, refondation, bataille idéologique

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* Des motions concurrentes mais des convergences * Le PS redoute une hégémonie culturelle de la droite * Ses différents courants tendent la main aux écologistes par Emmanuel Jarry PARIS, 12 avril (Reuters) - Les principales motions soumises ce week-end aux socialistes français pour leur congrès de juin mêlent autocritique, propositions d'inflexion de la politique gouvernementale et de réorganisation du parti, avec de nombreux points communs. Le premier et non des moindres est une volonté commune de reconquérir le terrain perdu dans la bataille idéologique contre la droite et l'extrême droite, ce qui s'est soldé par quatre déroutes électorales du Parti socialiste depuis 2012. La motion du N°1 du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui a l'ambition de rassembler, des "réformateurs" proches du Premier ministre Manuel Valls aux amis de la maire de Lille Martine Aubry, s'alarme de l'"effet ciseaux" d'un manque de résultats économiques conjugé à la perte d'un "avantage idéologique". Les auteurs de ce texte déplorent la "banalisation du Front national", la "destruction des digues" entre partis républicains et extrême droite et la diffusion des thèses identitaires et "déclinistes" dans la société française. "Une véritable hégémonie culturelle s'est installée autour de ces thèmes, préparant les conditions d'une victoire possible" de ces idées, s'inquiètent-ils. "Il faut travailler, travailler sans relâche à réinstaller nos valeurs au coeur du débat (...) Il faut les rendre à nouveau attractives." "Nous proposons à tous les socialistes de mener cette bataille culturelle sans laquelle, à force d'emprunter les mots des adversaires, nous nous laisserons coloniser par ces idées", renchérissent "frondeurs" et gauche du PS dans leur motion. Un troisième texte, présenté par un groupe d'élus "non alignés" menés par la député Karine Berger, propose pour sa part de faire du PS la "fabrique" de nouvelles idées. CONVERGENCES Ces motions concurrentes convergent aussi sur les baisses de charges en faveur des entreprises dans le cadre du pacte de responsabilité ou du crédit d'impôt emploi-compétitivité (Cice). La motion Cambadélis propose ainsi de réorienter les 15 milliards d'euros du pacte restant à allouer vers des aides directes à l'emploi, les investissements privés et publics et les PME exposées à la concurrence internationale. "Frondeurs" et gauche du PS veulent rediscuter "dès à présent" du redéploiement de ces 15 milliards en faveur du "verdissement" de l'économie, du logement et des transports. Les "non-alignés" suggèrent quant à eux d'affecter en priorité le Cice aux PME. Ces trois textes demandent également une modulation de l'impôt sur les sociétés en fonction du partage des bénéfices entre investissements et dividendes et une séparation stricte entre les activités spéculatives des banques et leurs activités de dépôt et de crédit aux entreprises et aux ménages. On y retrouve les mêmes objectifs de réforme de la fiscalité des ménages, de "sécurité sociale professionnelle", de mutualisation des dettes souveraines de l'Union européenne ou de "réorientation" de l'UE vers une politique d'investissement plus active pour favoriser la croissance et l'emploi. Les signataires de la motion Cambadelis souhaitent ainsi que la France oeuvre en faveur d'un doublement à 200 milliards d'euros par an de l'enveloppe prévue par le plan Juncker. DÉPASSER LE PS ? Les auteurs des trois motions plaident enfin pour une forme de "big-bang organisationnel" du PS, selon la formule retenue par le texte de son premier secrétaire, qui se fixe pour objectif d'atteindre 500.000 militants. "Le Parti socialiste doit se reformuler et repenser en profondeur ses modes d'action et de mobilisation, renouveler les têtes", lit-on ainsi dans cette motion, qui juge "à bout de souffle" le PS né du congrès d'Epinay en 1971. Les trois motions proposent de "dépasser" le PS pour aller vers un "éco-socialisme" intégrant les enjeux environnementaux, engager la France dans la voie de la "sociale-écologie" et d'un nouveau modèle de croissance "verte". "Nous croyons indispensable la recherche d'un nouveau contrat de majorité dès maintenant, qui ré-élargisse notre socle politique vers nos partenaires de gauche et de l'écologie", lit-on dans la motion de Jean-Christophe Cambadélis. "Cette ambition d'un renouveau du Parti socialiste et d'une nouvelle alliance débouchera nécessairement sur un dépassement du PS", ajoutent les auteurs de ce texte à vocation majoritaire. "Frondeurs" et gauche du PS proposent également un "nouveau contrat de majorité". Mais ils exigent aussi des primaires ouvertes aux autres formations de gauche pour désigner un candidat pour la présidentielle de 2017. Une vraie divergence. Réponse sur RTL du ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, proche du président François Hollande : engager un débat sur des primaires au congrès du PS "ce n'est pas répondre à la question posée par les Français." (édité par Jean-Stéphane Brosse)

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