France-Le PS déchiré poursuivra le débat interne à La Rochelle

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* Université d'été au terme d'une semaine de crise politique * Vifs débats en perspective sur les choix du gouvernement * L'aile gauche du PS "sidérée" par l'accueil de Valls au Medef par Elizabeth Pineau LA ROCHELLE, Charente-Maritime, 28 août (Reuters) - Digérer une crise politique susceptible d'aggraver leurs divisions : c'est la mission des socialistes français réunis en université d'été à partir de vendredi à La Rochelle, où les choix économiques de l'exécutif feront plus que jamais débat. Manuel Valls clôturera dimanche trois jours de travaux au terme d'une séquence qui l'a vu changer de gouvernement, en remplaçant notamment le réfractaire Arnaud Montebourg au ministère de l'Economie, et recevoir l'ovation debout des patrons du Medef réunis à Jouy-en-Josas. ID:nL5N0QX3S2 Le Premier ministre, qui "aime l'entreprise" et veut "sortir des postures", peut-il compter sur un accueil aussi chaleureux de la part des militants de sa famille politique ? Rien n'est moins sûr, même si le soutien à François Hollande de 200 députés exprimé jeudi dans une tribune montre qu'une majorité des 290 membres socialistes de l'Assemblée nationale partage la ligne de l'exécutif. ID:nL5N0QY2LE "Nous voulons réussir ensemble et non perdre les uns contre les autres", écrivent-ils dans ce texte en disant s'inscrire "dans le chemin" social-démocrate défini par l'exécutif. Mais les images de Jouy-en-Josas ont "sidéré" les tenants de l'aile gauche du PS, en total désaccord avec le choix de François Hollande et Manuel Valls de tout miser sur le pacte de responsabilité qui prévoit des baisses de charges et d'impôts en faveur des entreprises, alors que leur politique n'a pour l'instant donné aucun résultat sur la croissance ni l'emploi. La nomination au ministère de l'Economie de l'ancien banquier Emmanuel Macron fait aussi des vagues dans les rangs des militants, surtout après ses propos sur le réaménagement des 35 heures, immédiatement salués par la droite. "ÇA VA PARTIR DANS TOUS LES SENS" Les services de Manuel Valls ont dû préciser jeudi qu'il n'entendait pas revenir sur la durée légale du travail, après la publication d'une interview d'Emmanuel Macron réalisée avant sa nomination et dans laquelle il prône des dérogations à la règle en cas d'accord avec les salariés. ID:nL5N0QY11J "C'est facile de se faire applaudir par le Medef quand on cède aux caprices du patronat", a déclaré à Reuters le député Christian Paul à propos du discours du Premier ministre devant le Medef. "Il n'y a pas eu un mot pour les salariés". Dans un tel contexte de tension, l'université d'été "sera bordélique, ça va partir dans tous les sens", prédit un fidèle du chef de l'Etat. "En même temps, les socialistes savent que casser la baraque aboutirait à une dissolution et donc à une catastrophe politique. C'est là-dessus que joue Manuel Valls". Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a estimé dans une interview publiée jeudi par Le Monde que les socialistes étaient condamnés "à surmonter leurs divergences" pour donner une majorité au nouveau gouvernement et conjurer le risque d'une dissolution de l'Assemblée. "Collectivement, il faut être à la hauteur de la conjoncture historique", dit-il au moment où l'UMP elle-même refuse l'idée d'une cohabitation avec François Hollande. Mais pour le député Pascal Cherki, membre des "frondeurs" socialistes, on ne peut "faire de la politique en jouant à la roulette" avec la menace d'une dissolution. "Ce qui s'est passé à Jouy-en-Josas, ça va choquer beaucoup de militants", dit l'élu, qui se demande lui-même "ce qu'il y a encore de gauche dans ce gouvernement". "Il va falloir gérer cette sidération", renchérit le député européen Emmanuel Maurel. "François Hollande et Manuel Valls ont pris le risque d'installer une fracture durable. La Rochelle doit être un lieu de débat et de confrontation". LES FRONDEURS NE VEULENT PAS DE CHEF Il demande l'organisation "d'urgence" d'un congrès du PS "afin de donner la parole aux militants, qui doivent se prononcer sur les choix qui ont été faits, qui n'ont rien à voir avec ce qui avait été annoncé en 2012". Jean-Christophe Cambadélis animera à La Rochelle sa première université d'été, prélude aux états généraux du parti organisés du 1er septembre au 6 décembre. Une vaste consultation qui se conclura par un rassemblement national à Paris, en attendant le Congrès prévu, pour l'heure, en 2015. Le premier secrétaire a placé sa mission sous le signe d'une indépendance "vigilante" vis-à-vis d'un exécutif aussi impopulaire que sourd aux propositions de son aile gauche, qui n'a jusqu'ici empêché le vote d'aucun texte au Parlement. La question de son soutien va de nouveau se poser de façon aiguë pour le vote du budget 2015, à l'automne. "Réinventons-nous pour la gauche, pour la France" est le thème de La Rochelle, où chaque branche du PS tiendra sa propre réunion en divers coins du port, les "frondeurs" ayant rendez-vous samedi autour du thème "Vive la gauche". "Je ne retiens pas l'idée d'une opposition interne", dit Christian Paul. "Il faut un débat sur les orientations économiques et sur l'avenir politique du PS". Plébiscitée l'an dernier, Martine Aubry, qui est sortie de sa réserve en juillet pour réclamer une réorientation du quinquennat, sera absente de l'édition 2014. Silencieuse ces jours-ci, elle devrait reprendre la parole "dans les semaines qui viennent", assure un proche. Face aux difficultés de l'équipe au pouvoir, la maire de Lille, tout comme Arnaud Montebourg, font figure de chefs de file potentiels des contestataires de gauche. Un leadership dont les "frondeurs" ne veulent pour l'instant pas entendre parler. "Nous sommes un collectif sans chef et n'aspirons pas à en avoir un pour l'instant", déclare Pascal Cherki. (Edité par Yves Clarisse)

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