France-Le Parlement vote la pénalisation des clients de prostituées

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    * 1.500 euros d'amende, 3.750 euros en cas de récidive 
    * Le délit de racolage est supprimé 
    * Les prostituées mécontentes, les féministes satisfaites 
 
    PARIS, 6 avril (Reuters) - Le Parlement français a adopté 
définitivement mercredi un texte qui sanctionne les clients de 
prostituées d'une amende de 1.500 euros et supprime le délit de 
racolage, un texte salué par les associations féministes mais 
combattu par les prostituées. 
    L'Assemblée nationale, qui a constitutionnellement le 
dernier mot, a procédé mercredi à la lecture définitive de cette 
proposition de loi socialiste qui divise tous les groupes alors 
que le Sénat, où la droite est majoritaire, refusait d'entériner 
ses deux principales dispositions. 
    Ce vote met fin à un long parcours parlementaire commencé en 
décembre 2013 d'un texte qui reprend un engagement de François 
Hollande lors de sa campagne présidentielle de 2012. 
    Tous les groupes avaient laissé la liberté de vote à leurs 
députés, qui ont adopté le texte par 64 voix contre 12. Le PS et 
le Front de gauche ont majoritairement voté pour. Les groupes 
écologiste et des radicaux de gauche ont majoritairement voté 
contre, de même que celui des Républicains (LR). 
    Si des associations réclamant l'abolition de la prostitution 
sont favorables à la pénalisation des clients, des associations 
de prostituées y sont hostiles, estimant qu'elle va les conduire 
vers la clandestinité et les fragiliser davantage. 
    "Les personnes prostituées ne seront plus considérées comme 
des délinquantes, quand elles seront agressées elles pourront 
aller porter plainte dans un commissariat de police, ce qu'elles 
n'osaient jamais faire jusque-là", a expliqué à Reuters 
Claire Quidet porte-parole de l'association Le Nid.  
    "Le rapport de force avec leurs clients va être complètement 
différent", a-t-elle ajouté.  
     
    UNE LOI "HYPOCRITE" ? 
    Quelque 150 prostituées ont en revanche manifesté leur 
colère devant l'Assemblée nationale avant le vote. 
    "Si les clients sont pénalisés ils vont avoir peur, les 
filles vont devoir se cacher pour pouvoir exercer leur métier et 
le client pourra imposer ses choix et notamment des rapports non 
protégés", a dit Elisabeth Lansey, membre de l'association Les 
amis du bus des femmes, jugeant la mesure "hypocrite".  
    Le texte prévoit de sanctionner le recours à une prostituée 
par une contravention punie d'une amende de 1.500 euros. En cas 
de récidive, la sanction devient un délit puni d'une amende de 
3.750 euros avec inscription au casier judiciaire. 
    Le recours à la prostitution de personnes mineures ou 
particulièrement vulnérables est passible d'une peine 
d'emprisonnement de trois ans et de 45.000 euros d'amende et 
jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 100.000 euros d'amende 
lorsqu'il s'agit d'un mineur de quinze ans. 
    Le texte supprime le délit de racolage que la droite avait 
réintroduit en 2003 et comporte une série de mesures visant à 
améliorer la protection et la réinsertion des personnes 
prostituées en leur facilitant l'accès à une titre de séjour, à 
un soutien financier et à un logement. 
    Il s'inspire des travaux d'une mission parlementaire sur la 
prostitution qui avait abouti en 2011 au vote à l'unanimité 
d'une résolution dénonçant la prostitution. 
    Selon le rapport de la commission spéciale chargée 
d'examiner cette proposition de loi, au moins 30.000 personnes 
se prostituent en France, dont 85% de femmes, le taux 
d'étrangères étant passé à 90%, la plupart venant de Roumanie, 
de Bulgarie, du Nigéria ou de Chine. 
    Plusieurs pays pénalisent déjà le recours à la prostitution 
comme l'Islande, la Norvège et la Suède. D'autres, comme la 
Grande-Bretagne et la Finlande, pénalisent les clients de 
prostituées victimes d'exploitation. 
 
 (Emile Picy, avec Pauline Ades-Mevel, édité par Yves Clarisse) 
 
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