France-Le Medef dénonce une loi santé sans vision et incohérente

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PARIS, 17 mars (Reuters) - Le président du Medef s'est livré mardi à une attaque en règle du projet de loi sur la santé déjà critiqué par les professionnels du secteur, un texte qu'il a jugé "sans vision" et incohérent à l'orée de son examen à l'Assemblée. Plusieurs milliers de professionnels libéraux ont manifesté dimanche à Paris contre ce projet de la ministre de la Santé Marisol Touraine dont la mesure phare est la généralisation du système du tiers payant, qui permet de ne pas avancer le montant de la consultation lors du passage chez le médecin. "Nous ne comprenons absolument pas cette loi", a déclaré Pierre Gattaz lors de sa conférence de presse mensuelle. "Les conséquences, si elle va jusqu'au bout, seront un système de santé plus coûteux, plus complexe, une augmentation des dépenses publiques et, in fine, une probable destruction d'emplois." La principale organisation patronale française est favorable à une réforme du système de santé, afin d'assurer son équilibre financier tout en améliorant la qualité des soins -- "faire mieux avec moins" -- a-t-il poursuivi. Le Medef juge aussi l'organisation des soins trop centrée sur le système hospitalier, qui représente selon Pierre Gattaz 37% des dépenses de santé en France au lieu de 29% en moyenne dans les pays de l'OCDE. Le projet de loi Touraine n'est qu'un ensemble de "mesures juxtaposées sans cohérence" et souffrant d'une "totale absence de vision et d'ambition", a-t-il estimé. "Quelle est notre stratégie nationale de santé ? On ne la connaît pas. On nous annonce une grande conférence de la santé dans quelques mois, assez curieusement : on aura fait la loi avant et on aura défini la vision après." Selon le président du Medef, les futures dispositions n'auront qu'un impact "très marginal" en termes d'économies. Pour lui, la généralisation du tiers payant "n'est pas opportune" et coûtera cher "sans répondre à une nécessité", car il existe déjà des dispositifs pour les publics défavorisés. Il estime par ailleurs que l'extension "sans étude d'impact sérieuse et dans la précipitation" des actions de groupes aux dommages corporels risque d'entraîner une "hyperjudiciarisation" et de décourager l'innovation et les efforts de compétitivité. Quant au développement, selon lui "positif", de la chirurgie ambulatoire, il est annoncé sans que soit prévue l'organisation ad hoc de l'hôpital, déplore encore Pierre Gattaz. Il a enfin dénoncé une "stigmatisation" des cliniques privées, selon lui "systématiquement ponctionnées alors que leur offre est complémentaire de celle de l'hôpital". "Les cliniques privées représentent 25% de l'offre, 34% de l'activité mais ne touchent que 17% des financements ; leurs tarifs sont 22% moins élevés que dans le public ; et pourtant le projet de loi les pénalise encore", estime-t-il. (Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)

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