France-Le maintien de Sentinelle en l'état continue de diviser

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    * 10.000 hommes mobilisés sur le territoire 
    * La forme et le maintien en l'état sont contestés 
    * Valls défend le dispositif, ouvert à des évolutions 
 
    PARIS, 6 septembre (Reuters) - Manuel Valls a défendu mardi 
le dispositif de sécurité Sentinelle, dont la forme est 
contestée depuis plusieurs mois et dont le maintien à son niveau 
maximal est qualifié de "confort politique" par l'ancien Premier 
ministre Jean-Pierre Raffarin. 
    Mise en place dans la foulée des attentats de janvier 2015, 
l'opération a mobilisé à son lancement plus de 10.000 militaires 
chargés de surveiller les sites sensibles.  
    Ce dispositif a été par la suite pérennisé à hauteur de 
7.000 militaires avant d'être une nouvelle fois porté à 10.000 
après les attentats de novembre dernier. 
    Son maintien en l'état fait débat ces derniers mois, l'armée 
de terre étant déjà sollicitée sur les théâtres extérieurs. 
    "On a demandé à la Défense de faire tapis, en montant 
d'entrée de jeu au plafond de 10.000 hommes, avec de trop 
éphémères redescentes à 7.000", a estimé mardi Jean-Pierre 
Raffarin, président de la commission défense du Sénat, lors de 
l'université d'été de la Défense à Paris. 
    "En conséquence, les tensions sont fortes pour l'armée de 
terre, au moins jusqu'à fin 2017, et les entraînements et les 
rythmes d'activité resteront perturbés", a-t-il souligné.  
    "Les forces armées ne sont pas là pour pallier les carences 
des autres institutions (...) l'ordre public est du ressort des 
forces de sécurité intérieures", a-t-il ajouté, chaudement 
applaudi par le parterre de militaires.  
    Face à ce constat, l'ancien Premier ministre, "appelle à la 
fois à une meilleure répartition des rôles entre les armées et 
les forces de sécurité intérieures et à un allégement dynamique 
de Sentinelle." 
    "Le confort politique, c'est le statu quo à 10.000, c'est 
vraiment du confort", poursuit le sénateur de la Vienne, soutien 
d'Alain Juppé. "Le besoin du pays lui, c'est de redonner des 
marges de manoeuvres" à nos armées. 
     
    "POINT D'EQUILIBRE" 
    S'exprimant après lui dans le cadre d'une table ronde, 
Manuel Valls a pris la défense du dispositif, appelant au 
pragmatisme tout en se disant ouvert à des évolutions.  
    "On ne peut pas dire que nous faisons face à une menace sans 
précédent, qu'il y a un continuum entre sécurité intérieure et 
extérieure, et ne pas y impliquer pleinement nos armées y 
compris sur le territoire intérieur", a-t-il dit. 
    "C'est vrai que c'est un vrai changement dans lequel 
l''armée de terre est plus particulièrement impliquée (mais) je 
constate que les Français plébiscitent ce choix". 
    "S'il y a continuum je plaide pour qu'on garde sous une 
forme qui peut toujours évoluer cette opération Sentinelle même 
si je suis conscient que c'est un effort très important de nos 
armées", a-t-il ajouté. "Il va falloir continuer à réfléchir et 
à innover, trouver le bon point d'équilibre".  
    Les détracteurs du dispositif jugent inadaptées les gardes 
statiques devant les édifices sensibles et pointent la 
sous-exploitation du savoir-faire militaire dans cette mission 
de surveillance ainsi que les mauvaises conditions de vie des 
soldats. 
    "10% des soldats de Sentinelle campent pour huit semaines 
dans des lits de camp en plein Paris, ils ne se plaignent pas 
(...) mais à quelle autre administration du pays pourrait-on 
demander un effort de cette nature?", s'interroge Jean-Pierre 
Raffarin. 
    Un rapport parlementaire présenté fin juin recommandait de 
réduire les gardes statiques pour privilégier les patrouilles et 
de ramener le dispositif de 10.000 à 7.000 militaires. 
    Une préconisation reprise par la commission d'enquête 
parlementaire sur les moyens de lutte contre le terrorisme qui 
prône un retrait progressif de Sentinelle, accompagné du 
recrutement de 2.000 policiers et gendarmes pour muscler le plan 
Vigipirate.  
    Face aux critiques, François Hollande a défendu en juillet 
sa décision de maintenir l'opération à son niveau maximal tout 
en annonçant des mesures, notamment financières, pour les 
militaires.  
    Quelque 11.000 soldats supplémentaires doivent être recrutés 
d'ici fin 2017 pour répondre aux besoins de Sentinelle et 
obtenir une force opérationnelle terrestre de 77.000 hommes. 
 
 (Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse) 
 
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