France-Le gouvernement s'efforce de reprendre la main en Corse

le , mis à jour à 17:00
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    * "L'Etat ne reculera jamais" en Corse, jure Valls 
    * Cazeneuve relaye son message dans l'île 
    * Valls rejette toute idée de "séparation" de la Corse 
    * Etat et nationalistes se disent prêts au dialogue 
 
 (actualisé avec discours de Cazeneuve et réactions) 
    AJACCIO, 30 décembre (Reuters) - Le gouvernement s'efforce 
de reprendre la main en Corse après les violences de la semaine 
dernière à Ajaccio et la victoire surprise aux élections 
régionales de décembre des nationalistes, avec lesquels il se 
dit cependant prêt au dialogue. 
    "L'Etat ne reculera jamais" en Corse, a assuré le Premier 
ministre, Manuel Valls, dans une interview publiée mercredi par 
Le Parisien. Un message relayé sur l'île par Bernard Cazeneuve. 
    "L'Etat doit incarner et faire respecter l'unité de la 
République tout en prenant en compte la riche singularité de 
votre île", a dit le ministre de l'Intérieur aux élus locaux, 
dans un discours à la fin de son déplacement. 
    Il a pris soin de féliciter les élus nationalistes pour leur 
victoire aux régionales et de leur adresser ses voeux de succès. 
    La veille de Noël, deux pompiers et deux policiers, selon le 
ministre, ont été agressés dans la cité populaire des Jardins de 
l'Empereur où ils intervenaient contre un incendie criminel. 
    Deux jours de manifestations teintées de racisme, parfois au 
cri de "les Arabes dehors", ont suivi à Ajaccio, et une salle de 
prière musulmane a été saccagée. Deux hommes ont été mis en 
examen mardi pour les violences du 24 décembre.    
    Bernard Cazeneuve a rencontré à Ajaccio pompiers, forces de 
l'ordre, élus et représentants de la communauté musulmane. 
    En marge d'une visite de la cité et de la salle de prière 
vandalisée, il a exprimé sa "réprobation la plus ferme à l'égard 
de ceux qui ont commis des actes anti-musulmans racistes et 
xénophobes qui n'ont pas leur place dans cette île". 
    Il a annoncé plus tard, à la préfecture, un renforcement de 
la sécurité et de la lutte contre "toutes les formes de trafic" 
dans le quartier des Jardins de l'Empereur et promis un effort 
accru pour désenclaver et rénover cette cité. 
     
    "CERTAINS SLOGANS DOIVENT DISPARAÎTRE" 
    Dans Le Parisien, le Premier ministre a jugé tout aussi 
"intolérables" les actes des auteurs des violences du 24 
décembre et des manifestants xénophobes de vendredi et samedi. 
    "L'Etat prendra toutes ses responsabilités en combattant 
tous les appels à la haine et à la violence", promet-il. 
    Il invite les nationalistes corses à "faire le ménage" dans 
leurs propres rangs : "Certains slogans doivent disparaître." 
    Il dit notamment vouloir proscrire "définitivement" les 
groupuscules identitaires comme Vigilance nationale corse, y 
compris "en étudiant leur dissolution". 
    Les élus nationalistes se sont efforcés depuis le début de 
la semaine de ramener le calme par des gestes d'apaisement. Le 
nouveau président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, et 
son homologue du conseil exécutif territorial, Gilles Simeoni, 
ont ainsi reçu des représentants de la communauté musulmane. 
    Manuel Valls, qui précise dans Le Parisien qu'il ira en 
Corse au premier semestre 2016, rejette toute idée de 
"séparation" de l'île de la République française.  
    "Certains parlent d'une nation corse. Mais je ne sais pas 
trop ce que cela veut dire", explique-t-il. "Il n'y a qu'une 
seule nation, la nation française." 
    L'île a un "statut particulier" du fait de son histoire et 
de sa culture mais "l'attachement de la Corse à la République 
française (...) ne sera jamais négociable", ajoute-t-il. 
     
    "PAS DE SURENCHÈRE" 
    Manuel Valls rejette aussi de nouveau les revendications des 
nationalistes, dont le transfert des "prisonniers politiques" 
sur l'île et un statut de langue officielle pour le corse. 
    Gilles Simeoni y a vu un discours de "fermeture" plutôt que 
de fermeté. "Nous avons dit au ministre (Bernard Cazeneuve) que 
nous comprenions bien les contraintes de Paris mais on ne peut 
pas imaginer que le gouvernement ne tienne pas compte des 
délibérations de l'Assemblée de Corse", a-t-il dit à Reuters. 
    Pour Jean-Guy Talamoni les propos du Premier ministre 
relèvent avant tout d'une "posture" à destination de l'opinion 
publique française : "Peut-être imaginaient-ils d'autres 
interlocuteurs mais les Corses ont porté démocratiquement nos 
idées au pouvoir", a-t-il déclaré à Reuters. 
    "Nous avons d'ailleurs eu un échange très apaisé avec le 
ministre de l'Intérieur", a-t-il précisé sur iTELE. "Nous 
n'avons pas l'intention de faire de la surenchère." 
    Bernard Cazeneuve a pour sa part assuré les nouveaux 
dirigeants de l'Assemblée territoriale de la volonté de l'Etat 
de travailler avec eux "en confiance et en toute transparence".  
 
 (Emmanuel Jarry et Service France, édité par Jean-Baptiste Vey) 
 
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