France-Le gouvernement en quête d'une majorité sur la loi Travail

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    * Le gouvernement pris en tenaille entre les opposants au 
projet 
    * Myriam El Khomri en appelle à l'unité nationale 
    * L'exécutif n'est pas assuré d'une majorité 
 
 (Avec début du débat sur la loi travail) 
    par Emile Picy et Emmanuel Jarry 
    PARIS, 3 mai (Reuters) - La ministre du Travail Myriam El 
Khomri s'est efforcée mardi de convaincre des bienfaits de son 
projet de réforme du marché du travail les détracteurs de tous 
bords de ce texte très contesté, lors du coup d'envoi de son 
examen par l'Assemblée nationale. 
    Le gouvernement n'est en rien certain d'avoir une majorité 
pour faire voter le 17 mai en première lecture ce qui devrait 
être la dernière grande réforme du quinquennat. 
    Il est pris en tenailles entre une partie de la gauche et 
les syndicats contestataires, pour qui il s'agit d'une 
"régression sociale", une droite déjà entrée dans la campagne 
pour la présidentielle de 2017 et un patronat qui tempête contre 
une réforme jugée trop peu favorable aux entreprises.  
    Bien que déjà retouché en commission parlementaire et, selon 
la droite et le patronat, vidé de sa substance, ce texte est 
l'objet de près de 5.000 propositions d'amendements. 
    Plus de 2.400 ont été déposés par le Front de gauche, décidé 
à prolonger dans l'hémicycle la bataille menée par la CGT, Force 
ouvrière et une vingtaine d'organisations de jeunes dans la rue 
pour exiger son retrait ou au moins une profonde réécriture. 
    La jeune ministre du Travail, 38 ans, souvent jugée trop 
tendre par ses critiques pour porter une telle réforme, a fait 
appel à la corde sensible et à l'expérience de sa génération, 
qui n'a guère connu que la crise et le chômage de masse. 
    "On fait souvent le procès aux responsables politiques 
d'être coupés des réalités. Pour ma part (...) je revendique 
avec la plus grande force ma proximité avec cette génération." 
     
    DIALOGUE SOCIAL 
    Face à la montée d'une précarité durable, "l'unité nationale 
devrait aller de soi", a lancé Myriam El Khomri, avant d'inviter 
une gauche souvent accusée de nier l'évolution du monde à se 
montrer "capable de cerner le réel". 
    Elle a renvoyé dos-à-dos opposants de droite et de gauche, 
patronaux ou syndicaux à son texte, dénonçant les "caricatures", 
les "postures" et la "mauvaise foi" qui ont "pollué le débat". 
    Ce texte réforme notamment tout un pan du Code du travail et 
renforce le rôle des accords d'entreprises.   
    La ministre a déploré que la société française "s'enlise 
dans une culture de l'affrontement", où les "conservateurs de 
tous bords s'indignent toujours du 'trop' ou du 'trop peu' mais 
s'entendent toujours in fine pour ne rien faire". 
    "Le premier pilier de ce texte est tout simplement de faire 
du dialogue social le moteur de la transformation de notre 
économie et de notre société", a expliqué Myriam El Khomri. 
    Mais si le texte renforce les moyens des représentants 
syndicaux, il entend également donner de nouvelles "marges de 
manoeuvre" aux entreprises pour s'adapter aux mutations 
économiques et investir de nouveaux marchés", a-t-elle dit. 
    Le texte définit notamment les critères pouvant justifier 
des licenciements économiques. Mais Myriam El Khomry a démenti 
toute volonté de les "faciliter" : "Il s'agit de les encadrer" 
sans "confondre souplesse et blanc-seing". 
    "Le monde de l'entreprise n'est pas la caricature que 
certains s'obstinent à en faire", a insisté la ministre. 
     
    VERS LE 49-3 ? 
    Quant au futur compte personnel d'activité (CPA), qui 
regroupera les droits du salarié, notamment en matière de 
formation, et le suivra toute sa carrière, ce sera "la clef de 
voûte d'un nouveau modèle social", a-t-elle dit. 
    "Je vous le demande avec gravité : sommes-nous prêts à 
renoncer à l'ensemble de ces avancées ?"   
    Le député du parti Les Républicains (LR) Jean-François Copé 
a déposé immédiatement, au nom de la principale formation de 
droite, une motion de rejet préalable. 
    "De reculade en reculade (...) nous sommes face à un texte 
si dénaturé que ne pouvons plus le soutenir", a-t-il expliqué. 
    Cette motion a été rejetée, ce qui a amené le groupe LR à 
présenter dans la foulée une motion de renvoi en commission 
parlementaire, qui a subi le même sort. 
    François Hollande avait auparavant mis son poids dans la 
balance pour éviter d'avoir à recourir à l'article 49-3 de la 
Constitution, seule issue en cas d'absence de majorité. 
    Ce texte est un "compromis dynamique et juste", a-t-il 
déclaré lors d'un colloque sur la gauche et le pouvoir. "C'est 
un texte de progrès qui a trouvé plus que son équilibre, plus 
que le sens qui, un moment, a pu lui manquer." 
    Selon les comptes du rapporteur du texte, le député 
socialiste Christophe Sirugue, il manque à ce stade une 
quarantaine de voix au gouvernement pour le faire voter. 
    Le gouvernement a refusé jusqu'ici d'envisager le recours à 
la procédure du 49-3, qui lui permettrait de faire adopter le 
texte sans vote en engageant sa responsabilité, ce qui serait 
coûteux en termes d'image à un an de l'élection présidentielle. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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